Dans les cordes, en finir avec les tabous au sein du couple

Dans les cordes de Pauline Ribat © D. Grappe

Au Théâtre 13, après le succès amplement mérité de Depuis l’Aube (Ode au clitoris) en 2017 à Avignon, Pauline Ribat poursuit son exploration de la sexualité et du désir au féminin. Dans ce nouvel opus, elle s’attaque au couple, celui figé dans les pages de papier glacé des magazines. 

Trentenaires actifs, Alix et Roman vivent dans un bel appartement parisien. Elle est belle, drôle, pétillante, féminine jusqu’au bout des ongles. Lui sexy en diable, prévenant et bien évidement pratique la boxe pour affirmer sa virilité. En gros, ils ont tout pour être heureux. Ne manque à ce tableau idyllique que le mariage et les enfants. Qu’à cela ne tienne, après lui avoir offert pour son anniversaire un magnifique Thermomix®, genou à terre, Roman se lance et fait sa demande. La suite semble écrite à un détail près, dans l’intimité, c’est le calme plat. 

La guerre du sexe
Dans les cordes de Pauline Ribat © D. Grappe

Corsetés dans les stéréotypes qu’on leur inculque depuis l’enfance, les deux amoureux, vraies stars des réseaux sociaux, car clairement comme ils aiment à le dire, c’est eux les plus beaux, n’arrivent pas à aller l’un vers l’autre, à assumer leur désir, une sexualité débridée et épanouie. Lui a peur de l’abîmer, elle de passer pour une chaudasse. Dans le dos de l’autre, chacun finit par trouver dans le virtuel un moyen de libérer sa libido. C’est le début de la fin. Le vernis craque. Faute d’arriver à communiquer, le couple implose. Dans une dernière tentative de sauver les meubles, Alix convoque Roman sur un ring de boxe. Pris au piège entre les cordes, chacun va enfin dire sa vérité. 

Les stéréotypes ont la peau dure

Si le féminisme est en marche, le patriarcat a de beau reste. L’émancipation de la femme ne peut se faire sans laisser le mâle, incapable d’évoluer, se dépêtrer de ses certitudes, KO. Surfant sur les clichés, Pauline Ribat signe un spectacle très enlevé et bien ficelé, fait de « punchlines » bien senties. Portés par la musique enveloppante de Guillaume Léglise, les comédiennes – étonnante Vanessa Bettanelumineuse Marilyne Fontaineépatante Nolwenn Korbell – et comédiens – remarquable Florian Choquart, exubérant Sébastien Desjours – , tous excellents, habitent le plateau et donnent corps à ce manifeste féminin. Pourtant à la fin quelque chose résiste, une impression, un manque. Peut-être tout simplement, un homme n’ayant pas peur d’abandonner son armure, de faire un pas vers l’autre, d’accepter les désirs charnels, érotiques et licencieux de sa moitié.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Dans les cordes de Pauline Ribat
Théâtre 13 / Bibliothèque
30 rue Chevaleret
75013 Paris 
Jusqu’au 21 janvier 2023
Du lundi au vendredi à 20h, le samedi à 18h

Mise en scène de Pauline Ribat
Avec Vanessa Bettane, Florian Choquart, Sébastien Desjours, Marilyne Fontaine, Nolwenn Korbell
Collaboration à la mise en scène – Baptiste Girard
Scénographie de Jean-Baptiste Manessier
Lumières de François Menou
Composition musicale et sound-design de Guillaume Léglise
Costumes d’Aude Desigaux
Dramaturgie de Lise Werckmeister
Régie son – Sarah Bradley
Régie plateau – Marion Plauvarel
Régie lumière et générale – Florian Delattre

Crédit photos © D. Grappe

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