Pour les fêtes de Noël, le duo Lesort-Hecq emballe l’Opéra Comique

La petite Boutique des horreurs © S. Brion

On attendait avec une certaine impatience cette Petite boutique des horreurs revue par ce duo de metteurs en scène à l’inventivité créatrice assez exceptionnelle. Avec eux, cette comédie musicale déjantée, où il est question d’une plante carnivore, devient un véritable enchantement.

Valérie Lesort et Christian Hecq nous ravissent à chacun de leurs spectacles. L’interdisciplinarité domine leurs créations. Et ils possèdent un univers bien personnel. Marionnettes et autres créatures, manipulables ou non, sont une de leurs marques de fabrique. Les autres étant l’humour, la dérision, la fantaisie, le sens du burlesque et de la poésie. Après 20 000 lieues sous les mers, Le Bourgeois gentilhomme à la Comédie-Française, La Mouche aux Bouffes du Nord et Le voyage de Gulliver à l’Athénée, ils mettent en scène La petite boutique des horreurs à l’Opéra Comique. Un grand classique du musical à la Broadway, tirée du film culte de Roger Corman, dont on était curieux de voir ce qu’is allaient faire. Nos espérances ont été comblées par la créativité joyeuse de ce duo génial qui parsème astucieusement le spectacle d’effets et de gags. Un régal !

Ce n’est pas bon d’avoir la main verte !
La petite boutique des horreurs © S. Brion

Seymour est un jeune garçon timide, maladroit et très mal dans sa peau. Il est depuis son enfance l’homme à tout faire de Monsieur Mushnik, fleuriste de son état. La clientèle se faisant rare, la boutique doit fermer. Mais Seymour a une passion, les plantes exotiques qu’ils bichonnent en secret. L’une d’elles, née un soir de pleine lune, va faire la fortune du magasin et surtout de Seymour. Le problème est que pour s’épanouir, elle a besoin d’un engrais particulier. Pour cette plante carnivore, une mouche ne fait pas l’affaire. Lorsqu’elle crie famine, il lui en faut plus.

Une belle plante au royaume des stars

On l’attendait, cette plante, appelée amoureusement Audrey 2. On se doutait bien que Valérie Lesort et Christian Hecq allaient lui jeter un sort ! Et ils ne se sont pas privés ! C’est elle la grande vedette du spectacle. Elle démarre sa croissance timidement, toute fragile et si mignonne, pour terminer en monstre immense et glouton.

Avec sa bonne tête, en forme de Dionaea muscipula qui aurait rencontré un lézard, aux faux airs d’Alien, ce végétal curieux n’est pas si terrifiant que cela. On lui donnerait presque le bon Dieu sans confession ! Ce qui ne serait pas une bonne idée puisqu’elle le dévorerait tout cru ! Le manipulateur, Sami Adjali fait vivre avec une belle dextérité cette marionnette monumentale. La basse profonde de l’extraordinaire comédien Daniel Njo Lobé lui donne une voix à faire trembler les murs. Surtout lorsqu’elle crie : « J’ai faim ! » Quand elle dévore, la belle Audrey, ce n’est pas d’effroi que l’on hurle mais de rire.

Fan des sixties
La petite boutique des horreurs © S. Brion

Tout n’est qu’enchantement. Inscrit dans le jus des années 1960, le décor d’Audrey Vuong fait songer à un tableau d’Edward Hopper. De la bouche d’égoût en passant par l’enseigne lumineuse, chaque détail a son importance : ne les perdez jamais de vue. Cette ambiance sixties permet des costumes complètement délirants dans des couleurs flashy à souhait, signés Vanessa Sannino. Là aussi, rien n’a été pensé au hasard. Touts les vêtements en disent long sur les personnages qui les portent. Elle s’est totalement lâchée sur les tenues hautes en couleur des ineffables trois grâces que sont Crystal, Chiffon et Ronnette. Visuellement, c’est une réussite totale.

Une troupe à l’unisson

La version française du regretté Alain Marcel n’a pas pris une ride et garde toute la folie propre à ce grand amoureux du musical. L’orchestre du Balcon, dirigé par Maxime Pascal, fait résonner à merveille la nouvelle orchestration d’Arthur Lavandier. Venant du lyrique, c’est avec un bonheur visible que les chanteurs vedettes se sont glissés dans l’univers de la comédie musicale où le jeu prime autant que le chant. Marc Mauillon campe un Seymour impayable. Judith Fa pétille dans le personnage d’Audrey, aussi ingénue que bécasse. Lionel Peintre s’est glissé avec beaucoup de subtilité en M. Mushnik.

La petite boutique des horreurs © S. Brion

Incarnant plusieurs rôles, dont le dentiste psychopathe, Damien Bigourneau nous réjouit. Très swing et très glamour, Sofia Mountassir, Laura Nanou, Anissa Brahmi ont de la voix et du charme. Ces filles dignes des Supremes nous laissent sous le charme. Il ne faudrait pas oublier la troupe de danseurs qui se transforment avec talent en machine à laver, mixeur et téléviseur !

En ce soir de première, les applaudissements ont fusé dans la salle Favart comme des feux de Bengale. Pour aborder ces fêtes de Noël, il n’y a pas de plus beau cadeau que ce spectacle grandiose et totalement fou. Merci !

Marie-Céline Nivière

La petite boutique des horreurs, comédie musicale d’Alan Menken,
sur un texte d’Howard Ashman.
Opéra Comique – Salle Favart
1 place Boieldieu
75002 Paris.
Du 10 au 25 décembre 2022.
Les 10, 13, 14, 16, 18, 20, 21, 24 et 25 décembre à 20h, dimanche 11 déc. à 15h.
Durée 2h15, entracte compris.

Adaptation française d’Alain Marcel.
Nouvelle orchestration d’Arthur Lavandier.
Direction musicale de Maxime Pascal.
Mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française).
Avec Marc Mauillon, Judith Fa, Lionel Peintre, Damien Bigourdan, Sofia Mountassir, Laura Nanou, Anissa Brahmi, Daniel Njo Lobé, Sami Adjali et les danseurs smaël Belabid, Julie Galopin, Joël-Elisée Konan, Shane Santanastasio a.k.a Lil Street Ish, Justine Volo.
Orchestre Le Balcon.
Décors d’Audrey Vuong.
Costumes de Vanessa Sannino.
Lumières de Laajili.
Chorégraphie de Rémy Boissy.
Marionnettes de Carole Allemand.
Projection sonore de Florence Derex.

Crédits photos S.Brion

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