Le duo Lesort-Hecq magnifie l’infiniment petit

À L’Athénée-Théâtre Louis Jouvet, Le Voyage de Gulliver d’après Jonathan Swift est une œuvre riche d’images et de sens. Menant avec dextérité, doigté et extravagance, une troupe fantastique, le couple Lesort-Hecq, à la conception et à la mise en scène signe un spectacle burlesque, fou, qui enchante et émerveille. 

Depuis quelques années, le travail inventif et créatif de Valérie Lesort et de Christian Hecq, en solo comme en duo, ne cesse de nous surprendre, de nous étonner et surtout de nous ravir. Ils n’ont pas leur pareil pour jouer sur le registre du burlesque et du visuel. Qu’ils s’attaquent à leurs propres créations, aux contemporains ou aux classiques, ils font mouche et nous touchent. C’est donc toujours avec une grande fébrilité que l’on attend leur création. Après 20 000 lieues sous les mers de Jules Verne à la Comédie-Française, qui a connu un immense succès, l’annonce qu’ils allaient s’attaquer au Voyage de Gulliver, un autre grand chef-d’œuvre de la littérature, ne pouvait que titiller la curiosité. D’autant que le roman de Swift se perçoit, évidemment, comme propice à leur imaginaire et aux arts de la marionnette.

Au pays de Liliput

Le voyage de Gulliver, adapté librement du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort. Mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort ©Fabrice Robin

En quelques mots, on a tous en tête l’histoire de Gulliver, ce naufragé qui se retrouve sur Lilliput, une île perdue peuplée de petits êtres. Perçus comme un géant, les lilliputiens vont d’abord l’enchaîner puis, se rendant compte de l’utilité que sa taille procure, s’en servir. Les Lilliputiens vivent sous un régime qui au début semble à Gulliver bien plus avancé que celui de l’Angleterre de son époque (le XVIIIe siècle), mais il comprend très vite que cela n’est pas le cas. En effet, le roi des Lilliputiens, du genre autoritaire, est en guerre avec la reine, tout aussi tyrannique, de l’île voisine de Blefuscu. La raison, des plus improbables, les uns mangent leurs œufs à la coque par le haut et les autres par le bas. Chacun sa doctrine et n’en démord pas ! C’est la haine entre les Gros-Boutistes et les Petits-Boutistes. Ranger au rayon de la littérature enfantine, on a fini par oublier l’essence même de ce qu’est le texte de Swift, une satire sociale et politique, qui n’a pas perdu de sa véracité. L’excellente adaptation de Valérie Lesort va en ce sens.

Un show grandeur nature 

Voilà pour le fond, abordons maintenant la forme. Lesort et Hecq savent utiliser toutes les possibilités qu’offre cette boîte noire qu’est la scène. Ils vont jouer sur les perspectives pour donner cette impression d’immensément grand, à travers le personnage de Gulliver, et d’infiniment petit, à travers tout le reste, décors, animaux et autres personnages. Les habitants de Lilliput et de Blefuscu sont interprétés par des comédiens marionnettes hybrides, c’est-à-dire une tête humaine dans un corps de marionnette. L’effet est des plus saisissants ! On a vraiment le sentiment qu’ils ne font que cinquante centimètres. S’ils sont petits en taille, ils sont hauts en couleur ! Ce qui permet bien des gags, des situations cocasses, des loufoqueries. Visuellement, c’est une réussite totale.

Des artistes haut en couleur

Le voyage de Gulliver, adapté librement du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort. Mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort ©Fabrice Robin

Ces étranges créatures prennent véritablement vie par la grâce des talents de David AlexisValérie KeruzoréValérie Lesort (en alternance avec Emmanuelle Bougerol), Thierry LopezLaurent MontelPaumine Tricot et Nicolas Verdier. D’un geste, d’un regard, d’une rythmique, ils s’amusent avec la palette des sentiments, forçant à la manière de la commedia dell’arte certains, où se faisant subtils pour d’autres. Le strip-tease de la sexy et capricieuse Cachaga (Valérie Lesort) est impayable. Le soir de notre venue Gulliver était incarné par l’excellent Eric Verdun, qui partage le rôle avec Renan Carteaux. Son jeu, en totale symbiose avec ses partenaires, est d’une grande finesse. La mise en scène de Valérie Lesort et Christian Hecq ne laisse la place à aucun temps mort. La technique, et il y en a, s’efface pour laisser place à la magie des images et des sensations. C’est superbe !

Marie-Céline Nivière 

Le voyage de Gulliver, adapté librement du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort. Mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort ©Fabrice Robin

Le voyage de Gulliver, adapté librement du roman de Jonathan Swift par Valérie Lesort
Théâtre de l’Athénée
Square de l’Opéra – Louis Jouvet

75009 Paris
Du 11 au 28 janvier
2022
Durée 1h30

Tournée 2022
Du 1 au 11 février 2022 aux Célestins – théâtre de Lyon 
Les 18 et 19 février 2022 à l’Equilibre et Nuithonie, Fribourg, Suisse
Du 23 au 26 février 2022 Théâtre National de Nice
Du 2 au 6 mars 2022 au Théâtre de Caen
Les 10 et 11 mars 2022 à La Comète – Scène Nationale de Châlons-en-Champagne
Le 15 mars 2022 au Théâtre Edwige Feuillères, Vesoul
Le 18 mars 2022 à Ma Scène Nationale, Théâtre de Montbéliard
Les 22 et 23 mars 2022 au Tangram, Scène Nationale Évreux–Louviers
Le 26 et 27 mars 2022 au Théâtre de Saint- Maur
Les 30 et 31 mars 2022 à La Maison – Maison de la Culture de Nevers Agglomération 
Les 12 et 13 avril Théâtre de Sartrouville 
Les 19 et 20 avril 2022 à La Ferme du Buisson, Scène Nationale
Le 30 avril 2022 au Carré Sainte-Maxime / 3 mai La Colonne, Miramas
Les 6 et 7 mai 2022 au Théâtre de Grasse
Le 12 et 13 mai 2022 à l’Espace Jean Legendre, Compiègne
Du 17 au 19 mai à La Coursive, Scène Nationale de La Rochelle 
Les 24 et 25 mai 2022 au Théâtre des 2 Rives, Charenton Le Pont

Mise en scène de Christian Hecq et Valérie Lesort 
Assistant à la mise en scène Florimond Plantier 
Avec David Alexis, Valérie Keruzoré, Valérie Lesort/ Emmanuelle Bougerol, Thierry Lopez, Laurent Montel, Pauline Tricot, Nicolas Verdier, Eric Verdin/Renan Carteaux
Création et réalisation des marionnettes de Carole Allemand et Fabienne Touzi dit Terzi
Assistées de Louise Digard et Alexandra Leseur-Lecocq 
Scénographie d’Audrey Vuong 
Costumes de Vanessa Sannino 
Lumières de Pascal Laajili 
Musique de Mich Ochowiak et Dominique Bataille 
Accessoires de Sophie Coeffic et Juliette Nozières 
Collaboration artistique de Sami Adjali

Crédit photos © Fabrice Robin

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