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Le collectif Mind The Gap découpe à la hache le cinéma d’horreur

J'aurais mieux fait d'utiliser une hache, Mind The Gap © Marie Charbonnier

Au CDN de Sartrouville, dans le cadre du festival Impatience, le jeune collectif dévoile J’aurais mieux fait d’utiliser une hache, une déconstruction théâtrale et ludique des films d’épouvante.

Le pouvoir de fascination exercé par le cinéma d’horreur fait rarement l’objet d’appropriations scéniques, comme si les mécaniques de la terreur n’étaient pas une affaire de théâtre. Rares sont ceux qui parviennent à recréer à la scène des ambiances de films de genre. Ils nous ont oubliés de Séverine Chavrier, avec son ambiance glauque de forêt nocturne, ses bruits inquiétants et ses coups de hache dans les murs, constitue un des rares exemples récents en la matière. Dans J’aurais mieux fait d’utiliser une hache, le collectif Mind The Gap, lui, fait du genre horrifique l’objet d’une dissection au plateau, sur une scène transformée en atelier, en s’attaquant directement par la technique cinématographique — le doublage, la répétition des prises.

Dans les codes du genre
J'aurais mieux fait d'utiliser une hache, Mind The Gap © Marie Charbonnier

Camp Scott, 1977 : seul un panneau à l’avant-scène permet de situer la première partie du spectacle dans ce contexte probablement étasunien. Le reste du décor est sonore. Dans un studio de bruitage installé sur scène, les interprètes dressent un paysage de bruits et de chuchotements. Les campeurs installent les tentes, se font peur pour rigoler, avant de basculer dans l’horreur. Convoquer les codes des genres qui travaillent sans cesse à leur propre examen, par auto-citations et remakes à tours de bras, n’est pas une proposition révolutionnaire ; toutefois, on s’amuse à reconnaître les lignes de quelques grandes références du cinéma d’horreur, entre La colline a des yeux et Evil Dead.

La deuxième partie du spectacle donne à voir une scène tout aussi typique, très Scream : une jeune femme, seule dans sa cuisine, après un appel des plus banals, reçoit un coup de fil où unevoix caverneuse masculine lui fait comprendre qu’elle est observée. « À tout de suite », dit l’inconnu en raccrochant, puis une ombre encagoulée surgit aussitôt pour assassiner l’innocente. Première prise, puis deuxième, troisième, etc. : au fur et à mesure à mesure qu’elle est rejouée sur scène, la séquence se décompose, laisse apparaître ses fils et la mécanique se grippe, dévoilant la méticuleuse fabrication derrière l’art de la surprise que constitue le cinéma d’horreur.

Horreur méta
J'aurais mieux fait d'utiliser une hache, Mind The Gap © Marie Charbonnier

Mind The Gap, collectif né des bancs du conservatoire d’Orléans, réunit aujourd’hui cinq comédiens revendiquant de prendre part à égalité à la mise en scène de leurs spectacles. Ceux-ci font partie des découvertes du festival Impatiences, grand rendez-vous francilien de la création émergente. Très théorique, reposant presque exclusivement sur son idée « méta », J’aurais mieux fait d’utiliser une hache pourrait gagner en incarnation (le plateau, certes ingénieux, est trop propre) et donner ainsi davantage d’épaisseur à un genre dans lequel les ambiances sont clé.

On aimerait finalement en découvrir davantage, au-delà du jeu structuraliste, du regard et de la sensibilité de ces artistes. D’autant que les cinq interprètes et auteurs (Thomas Cabel, Julia de Reyke, Solenn Louër, Anthony Lozano et Coline Pilet) forment un ensemble charismatique. La tournée qui attend la pièce devrait déjà donner plus d’aisance à cette proposition hors des cadres. Et même si l’on n’y sursaute pas (ce n’est pas le but de ce film d’épouvante déconstruit), J’aurais mieux fait d’utiliser une hache peut se targuer de pousser le jeu jusqu’au bout et de faire atterrir avec succès tous ses gags, jusqu’au plus gore.

Samuel Gleyze-Esteban

J’aurais mieux fait d’utiliser une hache du collectif Mind The Gap
Festival Impatiences
Théâtre de Sartrouville et des Yvelines – CDN
Pl. Jacques Brel
78500 Sartrouville

Tournée
Du 8 au 18 Mars 2023 au Théâtre Le Monfort – Paris
Les 27 et 28 Janvier 2023 au Théâtre Georges Simenon – Rosny-sous-Bois

De et avec Thomas Cabel, Julia de Reyke, Solenn Louër, Anthony Lozano et Coline Pilet
Dramaturgie Léa Tarral
Création sonore et régie son Estelle Lembert
Lumières Quentin Maudet
Régie lumière Théo Tisseuil
Scénographie et costumes Clémence Delille
Administration et production Margot Guillerm

Crédit photos © Marie Charbonnier

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