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Les Épis noirs s’emparent pour notre plus grand bonheur de Britannicus

Britannicus © Olivier Brajon

Le ton Épis noirs, c’est comme le Canada Dry® ! Leur Britannicus, tragic circus sonne comme du Racine mais n’en est pas ! Le détournement d’œuvre classique avec respect et irrévérence, on adore et c’est à voir au théâtre du Balcon !

Après L’Odyssée, en 2007, Andromaque, fantaisie rock en 2011 ! (Mon Dieu, cela ne nous rajeunit pas et c’est tant mieux !), la compagnie des Épis Noirs continue d’explorer les classiques. C’est autour de Britannicus de passer à la moulinette de Pierre Lericq. Le fondateur de la compagnie n’a pas son pareil pour s’emparer des grands textes fondamentaux et de leur redonner un coup de fouet ! Cela fonctionne aussi lorsqu’il s’attaque à l’histoire de France, comme avec son précédent spectacle, Allons Enfants ! Les Épis noirs, c’est un ton, un style, un univers ! On tombe dedans et on est foutu. Cela fait 30 ans, que cette compagnie nous régale avec ses créations.

On revisite ses classiques

Après l’héroïne troyenne, c’est autour du fils de Messaline de se faire déraciner ! Dirigés par un Monsieur Loyal (Pierre Lericq) dictatorial et à bout de souffle, les artistes d’un théâtre ambulant doivent exécuter la pièce de Racine en version rock and roll. On vous rassure, pas besoin de connaître sur le bout des doigts la trame de la tragédie pour comprendre ce qui est raconté. Et l’on prévient les puristes, la version est expurgée ! L’information peut rassurer les néophytes. Ce qui intéresse Lericq et, par là même le spectateur, est la corrélation entre le monstre de la Rome antique et celui qui menace le monde d’aujourd’hui.

The show must go on
Britannicus - tragic circus © Olivier Brajon @

Le cirque, dont il est question, est plus proche de l’univers du film de Tod Browling, Freaks (La monstrueuse parade) que de celui de la famille Bouglione. Ce Monsieur Loyal est aussi despotique que Néron, cet empereur qui, dans sa folie, et pour la beauté du geste, incendia Rome. Tyrannique, il mène sa troupe à la baguette mélangeant l’intrigue de Britannicus avec la propre décrépitude de son univers. Il sait que la fin de son empire est proche. Malgré tout, les derniers artistes, restés près de lui, s’échinent à faire entendre l’histoire. Ils vont donner toutes leurs ardeurs, leurs passions de leur métier pour que cela se passe plus ou moins bien. C’est formidable.

Vivent les artistes !

Les numéros s’enchaînent dans une éclatante mise en abîme. Les chansons rocks, qui parsèment l’intrigue, sont dans le ton. La mise en scène de Lericq, ne laissant aucun temps mort, nous entraîne dans une création fantasque et réjouissante. La troupe est au diapason pour faire résonner la folle histoire concoctée par leur patron qui se prend pour Narcisse. Jules Fabre (Britannicus et souffre-douleur), Gilles Nicolas (Albin-Albine et bonne pâte dévouée), Tchavdar Pentchev (Néron et fils du patron), Marie Réache (Agrippine et fidèle compagne), Juliette de Ribaucourt (Junie et la jeune apprentie comédienne) sont formidables. On adhère totalement !

Marie-Céline Nivière

Britannicus – tragic circus, Texte, mise en scène et musique originale de Pierre Lericq.
Festival d’Avignon OffThéâtre du Balcon.
38, rue Guillaume Puy 84000 Avignon.
Du 7 au 30 juillet 2022 à 19h55, relâche les 12, 19 et 26 juillet.
Durée 1h20.

Avec Jules Fabre, Pierre Lericq, Gilles Nicolas, Tchavdar Pentchev, Marie Réache, Juliette de Ribaucourt.
Assistante mise en scène Bérangère Magnani.
Scénographie d’Yves Kuperberg.
Lumière de François Alapetite.
Son de Jules Fernagut.
Costumes de Chantal Hocdé Del Pappas.

Crédit photos © Olivier Brajon

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