Festival Komidi, le théâtre pour tous dans le sud de La Réunion

Depuis 2008, il existe dans le sud de La Réunion, un festival hors-norme, crée par Philippe Guirado. Un professeur d’Histoire et de Géographie, qui a fait le pari d’amener du spectacle vivant, du théâtre, denrée rare dans cette région. 14 ans plus tard, la belle utopie est devenue une aventure formidable.

Hiver 2020, l’attachée de presse Sandra Vollant me demande si cela pouvait intéresser notre publication de couvrir le festival Komidi à La Réunion. Je connaissais mais seulement de réputation, tant j’en avais entendu parler avec ferveur par des artistes qui s’y étaient produits. La date est prise pour début mai, période à laquelle se déroule la manifestation. La Covid arrive, le confinement et l’annulation de l’édition 2020. Celle de 2021 sera, pour les mêmes raisons, reportée en novembre. En pleine rentrée théâtrale parisienne, il était impossible de m’y rendre. Le virus ayant décidé de nous oublier un peu et de laisser la vie reprendre son cours, je peux aller enfin à La Réunion et découvrir la 14e édition de ce festival atypique.

Une équipe de choc

Komidi La caverne des hirondelles ©MCN

En mai, en métropole le printemps est bien installé pour nous préparer à l’été, à La Réunion, c’est l’automne et l’hiver pointe son nez. OK, il fait dans les 30° dans la journée et 13°, au pire, dans la soirée. Et les moustiques n’hibernent pas ! Céline, une des nombreuses bénévoles, me récupère à l’aéroport. Je comprends tout de suite le charme de ce festival dont on m’a tant vanté les mérites. Il faut savoir que toute l’organisation est tenue par des amateurs bénévoles, soixante permanents et plus de 130 durant le festival. Ils sont au service des spectateurs (de la billetterie à l’accueil), mais aussi au service des artistes, techniquement bien sûr, mais également tout au long de leur séjour. Ils sont retraités, membres du corps enseignant, des voisins, des amis et même d’anciens festivaliers. Je suis hébergée divinement chez Marie-Christine et Gilles sera mon chauffeur attentionné. Il faut savoir qu’ici, personne n’est payé, même les compagnies qui viennent. En contrepartie, durant toute la durée du festival, même s’ils ne jouent que trois fois, tous leurs frais de séjour, jusqu’à la location de la voiture, sont pris en charge. La notion d’amitié est très forte et bien des comédiens ont fini par créer des liens avec certains bénévoles. Tous les soirs, nous nous retrouvons tous pour boire des verres et dîner à la caverne des hirondelles, ornée des toiles de Framboise Chadim. On est plongé au cœur même de la région et de ses habitants. L’ambiance est à la fête.

Celui par qui tout arrive

Komidi Philippe Guirado - Conférence de presse ©MCN

En rencontrant Philippe Guirado, le fondateur et président de Komidi, l’on comprend l’ambiance et le ton. Il est à l’image de ces enseignants que l’on rêve tous d’avoir, charismatique, passionnant, doux et généreux. Quand on lui demande comment est née l’idée de ce festival, il répond : Nous étions un petit groupe d’enseignants qui se désespérait de la place de la culture dans notre région. Nous avons réfléchi à comment amener du théâtre chez eux pour qu’ils ne puissent plus s’en passer. Le premier point fort est de le rendre financièrement accessible, car cette région de La Réunion connaît un gros taux de chômage et de précarité. C’est ainsi que les billets ne coûtent que 2 ou 3 €. Le deuxième point fort est d’atteindre ces spectateurs de demain, c’est-à-dire, les jeunes à travers les représentations scolaires. « L’idée était de se dire qu’un l’élève est un public captif, même s’il n’a pas décidé de venir, puisque ce sont les profs qui l’amènent. On se disait que dans le lot, un certain nombre d’entre eux allaient se rendre compte que le théâtre c’était génial et qu’ils allaient y revenir par eux-mêmes ensuite. » La consécration fut cette jeune élève qui pour la première fois a vu du théâtre à Komidi et à trouver sa vocation, Mathilde Hasemann, qui depuis a fait l’ESAD et appartient au collectif La maison sans porte.

Une région et des villes

Ce festival est né à Saint-Joseph qui comme le dit son maire Patrick Lebreton est la ville la plus australe d’Europe. Puis, devant le succès de la première édition, il s’est étendu, comme l’explique le président : l’année suivante, la commune voisine de Petite-Île nous a sollicités. Puis ça a été la commune de St-Philippe, puis de St-Pierre. C’est allé jusqu’à St-Paul. Là, c’est un peu particulier, parce qu’on n’est pas en partenariat avec la commune, mais avec le théâtre, L’Espas culturelle Leconte de Lisle, qui pendant les quinze jours du festival fait la programmation Komidi sur St-Paul. Rien ne fonctionnerait sans les aides et les partenariats. Avec leur sponsor Zeop, qui fait de la téléphonie et de l’internet, il a été mis en place une idée géniale, qu’ils ont appelé, en créole, le komidi Zeop Ensemb. Avant l’ouverture de la billetterie, les enfants des écoles, des collèges et des lycées sont invités à acheter des places au tarif de 2 € pour inviter leurs parents. Il faut savoir que dès que les spectacles sont mis en vente, les gens se précipitent, et en 2h, tout est parti. Et pour ceux qui se réveillent à la dernière minute, sachez que le festival garde toujours un petit quota de places pour le jour même.

Komidi dessin d’Alain, léquipe au travail ©DR

Quand on a commencé le festival nous étions à 3 000 spectateurs, nous avons terminé en 2019, avant l’épisode Covid, à 34 000 spectateurs, en comptant les représentations scolaires et les tous publics. Ce qui veux dire que le festival a grandi mais qu’il y a aussi plus de gens qui souhaitent venir et, parmi eux, il y a ceux que l’on peut appeler la petite génération Komidi, déclare fièrement Philippe Guirado. Si le public a répondu présent et s’est étoffé tout au long des éditions, cela signifie que la proposition artistique a séduit. La programmation, chinée au Off festival d’Avignon, est éclectique et tous publics, parce que peu importe la porte par laquelle le spectateur va entrer du moment qu’il entre. L’édition de cette année comprend 155 représentations, par 36 Compagnies, dont 13 Réunionnaises et 23 venues de Métropoles, de Belgique, d’Espagne et d’Italie. Il y en a pour tous les goûts et toutes les curiosités.

Pour tous les goûts

Komidi Spectacle Globe Story ©DR

J’ai organisé les spectacles en fonction des critères de représentativité du festival et du temps que j’avais. Toutes les salles étaient pleines à craquer de spectateurs enthousiasmes ! J’ai donc assisté à un spectacle pour les scolaires, des lycéens, qui était aussi une création réunionnaise : Frénésies de Florent Jousse, inspiré par Sur la route de Kerouac. Un jeune public musical, L’enfant de l’orchestre de Morgane Raoux. Du côté de l’international et du visuel, ce fut Globe story de la compagnie espagnole El Perro Azul. Dans la série humour, j’ai découvert le dernier spectacle de Yohann Métay, Le sublime sabotage. Et cerise sur le gâteau, le fameux Thé sur la banquise d’Eric Bouvron. A noté cette année, pour la première fois, la création d’un spectacle estampillé Komidi, Danlor, l’insolent Roland Garros d’Eric Bouvron et Vincent Roca, qui passera juin à Paris au festival Phénix puis dans le Off festival d’Avignon. Le Komidi est un grand et beau festival qui j’espère fera plein d’émules autour de lui, car il est nécessaire. Et si jamais vous avez envie de découvrir cette belle et lointaine région de France, choisissez le mois de mai et allez au spectacle.

Marie-Céline Nivière, envoyée spéciale

Komidi festival
Saint-Joseph – Ile de La Réunion
Du 4 au 15 mai 2022

Affiche et dessins ©Alain Ducros. Photos ©MCN ©Globe story-DR

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