Un fil à la patte comme un vent de folie

Après avoir connu un beau succès en 2018, au Théâtre Montparnasse, Un fil à la patte de Georges Feydeau, porté par une troupe au  diapason, dans une mise en scène effrénée et jazzy de Christophe Lidon, revient faire souffler son grand vent de folie au théâtre Hébertot.

Bois d’Enghien est un charmeur qui a bien profité de la vie. Il a subsisté grâce à ses rentes jusqu’à l’usure. Comme il ne sait rien faire, plutôt que de trouver un emploi, il a choisi de vendre son nom à une riche famille en mal de reconnaissance. Il épousera donc leur fille et sa dot. Mais pour cela, il lui faut se défaire de son fil à la patte, sa maîtresse, Lucette Gautier, chanteuse de cabaret. Toute la mécanique de la pièce est basée sur les nombreux efforts que cet homme va faire pour quitter sa belle. Une série de quiproquos, de malentendus, de rebondissements  vont s’évertuer à lui gâcher la vie pour notre plus grand plaisir.

Un Feydeau hollywoodien

Un fil à la patte de Feydeau - mise en scène Lidon ©Laurencine Lot

Les pièces de Feydeau sont des machines infernales destinées à faire hurler de rire les spectateurs. Si la société qu’il décrit n’existe plus, l’homme demeure le même il se débat avec ses lâchetés, ses désirs, ses rêves et les diverses conjonctions qui constituent son quotidien. Son ouvrage est tellement parfait, le temps n’en patine pas le style. Et c’est en cela que réside toute la grandeur de la mise en scène de Christophe Lidon qui a eu l’excellente idée de transposer l’action dans les années 1950. Avec lui Feydeau prend des airs de comédie américaine en Technicolor à la manière de Billy Wilder ou George Cukor. Cela fonctionne parce que l’époque s’y prêtent avec son luxe, son glamour, sa soif de vivre dans le tourbillon de la paix retrouvée et de l’essor économique. On porte des belles robes, on s’habille pour sortir ! Qu’ils sont beaux les costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian. Les soirées mondaines, les cabarets et les théâtres connaissent leurs heures de gloire. On fait la fête ! Et d’un autre côté, les anciennes valeurs sociétales et éducatives sont encore ancrées dans le carcan du passé que Mai 68 fera exploser. Donc le monde de la fin du XIXe siècle trouve encore un écho à ce milieu du XXe.

Une mise en scène qui swingue

Un fil à la patte de Feydeau - Mise en scène de Lidon ©Laurencine Lot

Christophe Lidon s’en est donné à cœur joie pour régler une mise en scène au cordeau, qui ne laisse aucune place à l’ennui. Le metteur en scène se révèle maître de la comédie. Rien n’est laissé aux hasards, tout s’enchaîne et virevolte aussi subtilement et gaiement qu’un bon air de swing. En nous faisant passer du salon de Lucette, puis à celui de la baronne, pour finir dans la cage d’escalier de Bois d’Enghien, il relie avec une belle ingéniosité les actes. Sa scénographie, avec une utilisation très pertinente de la vidéo, est de toute beauté. Avec de sa direction d’acteurs, toujours précise et efficace, il embarque les comédiens et comédiennes dans une cadence démoniaque. Des petits aux grands rôles, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes et dessinent des personnages fortement tenus.

une troupe endiablée

Un fil à la pattée Feydeau - mise en scène de Lidon  ©Laurencine Lot

C’est le beau Jean-Pierre Michaël qui endosse le smoking de Fernand de Bois d’Enghien. Possédant l’élégance et la folie d’un Cary Grant, il ne cesse de nous surprendre et de nous séduire tout au long de la pièce. Tout en vivacité coquine, pleine de charme, Noémie Elbaz pétille comme du champagne dans le rôle de Lucette. Catherine Jacob est inénarrable en baronne coincée, secrètement folle de son futur gendre. Sylvain Katan est impayable en Bouzin lunaire qui ne comprend rien à ce qui lui arrive. Patrick Chayriguès est truculent en Fontanet, l’homme qui sent mauvais. Avec ses accents et ses mimiques, Bernard Malaka est irrésistiblement drôle en Général d’opérette, amoureux fou de Lucette. Quel comédien !

Des rôles à foison

Lidon a choisi de distribuer des comédiens dans plusieurs personnages. Un exercice qui demande beaucoup de talent. Donc dans le rôle des valets de Lucette, de la Baronne et de Fernand, on trouve Jeoffrey Bourdenet qui donne à tous de belles couleurs. Pour le personnage de Cheviette (le père de l’enfant de Lucette) et de Miss Betting on retrouve Stéphane Cottin, impayable en gouvernante anglaise. La révélation de ce spectacle est la jeune Emma Gamet qui excelle dans l’art de changer de registre. Elle est délicieuse en jeune fille romanesque (Viviane), délirante en vieille fille coincée (Marceline) et séduisante en vedette rangée (Nini). Il ne faudrait pas oublier les invités de la noce qui dévalent l’escalier de Bois d’Enghien, mais on vous laissera le plaisir de découvrir qui se cache derrière chacun d’eux. Vous l’aurez compris, n’hésitez pas à prendre ce Fil à la patte, vous ne le regretterez pas.

Marie-Céline Nivière

Un fil à la patte de Georges Feydeau
Théâtre Hébertot
Du 5 avril au 26 juin 2022
Du mardi au samedi à 21h, dimanche à 15h
Durée 1h45

Mise en scène et scénographie de Christophe Lidon
Avec Catherine Jacob, Jean-Pierre Michaël, Noémie Elbaz, Bernard Malaka, Jeoffrey Bourdenet, Patrick Chayriguès, Stéphane Cottin, Emma Gamet, Sylvain Katan.
Lumières de Florent Barnaud
Costumes de Chouchane Abello-Tcherpachian
Musiques de Cyril Giroux
Chorégraphie de Sophie Tellier
Vidéos de Léonard
Assistante à la Mise en scène Valentine Gal
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Crédit photos © Laurencine Lot

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