Olivia Corsini, la flamboyante Arkadina de Cyril Teste

Olivia Corsini - crédit Flavien Dareau

Au Théâtre de Nanterre-Amandiers, Olivia Corsini se glisse une nouvelle fois dans la peau de la célèbre actrice russe qui hante les personnages de La Mouette d’Anton Tchekhov.Modèle pour les uns, monstre d’égoïsme pour les autres, la comédienne d’origine italienne habite de sa présence irradiante la mise en scène très cinématographique de Cyril Teste et impose son jeu toute en subtilité et finesse. Rencontre.

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Je crois que mon premier souvenir marquant de théâtre remonte à mes 7/8 ans. C’était La Traviata de Verdi dans le théâtre de ma ville, accompagnée par ma mère passionnée d’opéra. Violetta changeait la fleur blanche entre ses seins en fleur rouge et sans en comprendre la signification, j’étais totalement fascinée par la sensation d’assister à une conversation codée. Un langage se déployait sous mes yeux, fait de corps et d’actions.

La Mouette d'Anton Tchekhov - Mise en scène de Cyril Teste. © Simon Gosselin

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Je crois que très simplement, mon intérêt pour les autres a déclenché mon envie de les raconter. L’amie de ma grand-mère qui fumait clope sur clope et donnait son avis sur tout avec sa voix rauque, ma tante actrice qui faisait virevolter ses mains en parlant, ma vieille tante “vieille fille” avec un pied-bot qui passait son temps à défroisser sa jupe… Une empathie, un intérêt, un émoi provoqué par les gens.

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ? 
Je ne pense pas avoir vraiment choisi. (J’ai choisi peu de choses, j’ai l’impression). La route était là et je l’ai prise.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Ah… Le tout premier c’est une crèche vivante à la maternelle et je jouais la Vierge Marie enceinte sur la route de l’exil. Je me souviens de mon effort pour ressentir le poids du ventre, la fatigue et pour transformer mon corps en conséquence.

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
Les Atrides du théâtre du Soleil et Genesis de Romeo Castellucci en 1997.

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
 Celles que j’ai le courage de déclencher et auxquelles je m’impose de me confronter. Celles qui font grandir, qui déplacent, en somme.

La Mouette d'Anton Tchekhov - Mise en scène de Cyril Teste. © Simon Gosselin

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Ça serait vraiment trop dur de vivre tout ce que je veux vivre sans l’aide de la fiction. Le théâtre donne cette impression que vivre est précieux, parce qu’on peut partager un ressenti, le revivre et le multiplier. Hahaha c’est un miracle ! Comme les poissons et le pain.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Les gens. Nos maladresses, nos élans.

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Physique je pense. La scène est un lieu où, à la différence du quotidien, on est obligé d’être à l’écoute de tous les éléments qui la composent. C’est un lieu de réaction et de réception avant tout. L’esquive n’est pas possible sur un plateau.

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Je crois que ça vient du centre et puis ça se propage partout. Comme quand on sent l’envie d’aller vers quelqu’un.e d’autre.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
Il y en a tellement : Krystian Lupa, les Peeping Tom, et Castellucci, encore et encore … Mais en réalité quand je vois un spectacle qui me touche, quand je rencontre une équipe qui pétille, qui cherche, qui ose, j’ai tout de suite un élan très fort envers eux, au-delà de leur âge, de leur succès, et des « conditions».

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
Un grand spectacle avec des gens de différents âges et nationalités.
Un long projet de recherche, ce genre de projet qui unit les gens à jamais, où les passions du plateau et de la vie se mélangent inévitablement. Mon prochain spectacle, je l’espère.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Une œuvre de Tchékhov, qui parle de nos peines. Une œuvre complexe, sur une femme entourée des siens, qui comme elle, essayent avec le courage de la joie, de ne pas se noyer. Tchekhov nous raconte si bien.

Olivier Fregaville-Gratian d’amore

La mouette d’après Anton Tchekhov
Mise en scène de Cyril Teste
Création juin 2021 au Printemps des Comédiens

Reprise
Du 14 au 30 avril 2022 au Théâtre de Nanterre-Amandiers

Crédit photos © Flavien Dareau et © Simon Gosselin

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut