Labiche en toute ivresse

Suite au succès de cet hiver, le Lucernaire programme à nouveau, L’affaire de la rue de Lourcine d’Eugène Labiche. Dans la mise en scène enlevée de Justine Vultaggio, ce very bad trip du XIXe siècle se consomme sans modération.

L ‘affaire de la rue de Lourcine ©Chang Martin

L’affaire de la rue de Lourcine est un des grands classiques des courtes pièces de Labiche. Cette farce attire les jeunes comédiens, car ils y trouvent matière à se frotter à la comédie. L’exercice n’est pas aisé. Il faut bien maîtriser l’art du vaudeville, avec ses ruptures et ses rythmes soutenus. Labiche le disait lui-même : Une pièce est une bête à mille pattes qui doit toujours être en route. Si elle se ralentit, le public bâille ; si elle s’arrête, il siffle ! La joyeuse bande des Modits Compagnie a pris à bras-le-corps ce texte et nous propose un spectacle mené à grande vitesse.

L’abus d’alcool est dangereux

L’ivresse peut amener à faire n’importe quoi ! Voilà la grande ligne de cette histoire totalement loufoque. Lenglumé se réveille avec une sacrée gueule de bois. Il se rappelle être aller en cachette de son épouse, à la fête des anciens de Labadens, qu’il en est sorti ivre et sans son parapluie. Et que fait Mistingue dans son lit ? Aucun des deux ne se souvient de ce qui s’est passé la veille. Et c’est là que Labiche trouve l’idée géniale de les confronter à une machine infernale. La lecture d’un fait divers leur apprend qu’une charbonnière a été tuée pas très loin. Assurés d’en être les assassins et craignant d’être découverts, les deux compères cherchent à se débarrasser de ceux qui pourraient les dénoncer, puis imaginent de se tuer l’un l’autre, jusqu’à ce qu’ils découvrent que le journal relatant le meurtre était vieux de vingt ans.

Un tourbillon de vie

Justine Vultaggio traite ce portrait de la petite bourgeoisie sous le Second Empire comme il doit être. C’est une mécanique théâtrale où s’enchaînent allegro, chansons populaires, quiproquos et péripéties. Respectant les règles classiques du vaudeville, s’autorisant quelques entorses avec les couplets chantés, sa mise en scène est virevoltante à souhait. Ne perdant jamais de vue l’idée du divertissement, elle n’en oublie pas le fond, une critique de la société bourgeoise inconstante et sans scrupule, prête à tout pour sauver ses intérêts. Cela se ressent dans la manière dont elle a dirigé les comédiens.

De sacrés lascars

L ‘affaire de la rue de Lourcine ©Chang Martin

Lenglumé est l’archétype du personnage de vaudeville. Tout tourne autour de lui. Il mène la danse. Possédant l’énergie, la fantaisie et la finesse, Oscar Voisin est formidable dans ce personnage peu recommandable. Reynold de Guenyveau, maîtrisant à merveille, l’ivresse de Mistingue est le comparse idéal. Le duo fonctionne à merveille. Gabriel Houdou est impayable en cousin Potard, comme Gregory Dété en Justin, le valet peu dévoué. Justine Vultaggio, à la voix délicieuse, est une charmante Norine. On a beau connaître par cœur la pièce, ils nous ont surpris et surtout enchantés.

Marie-Céline Nivière

L’affaire de la rue de Lourcine d’Eugène Labiche
Lucernaire
53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris
Du 6 avril au 29 mai
Du mardi au samedi à 21h, dimanche 18h
Durée 1h

Mise en scène de Justine Vultaggio
Assisté par Tom Boucharon
Avec Oscar Voisin, Reynold de Guenyveau (en alternance), Justine Vultaggio, Gabriel Houdou, Maxime Seynave (en alternance), Antoine Léonard (en alternance), Grégory Dété (en alternance).Scénographie et lumière par Les Modits Compagnie, Justine Vultaggio
Costumes par Les Modits Compagnie
Musique Les Modits Compagnie, Johan Barnoin, Matthieu Rannou

Crédit photos ©Chang Martin

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