Florian Pâque, d’Artaud à Amazon®

À la Scala-Paris, Florian Pâque met en scène Étienne A., l’histoire pas si banale d’un gars ordinaire, incarné par Nicolas Schmitt. Après avoir été créé en 2020, juste avant le premier confinement, au Lavoir Moderne Parisien, la pièce, critique lucide de notre société contemporaine, prend enfin son envol. De la figure d’Antonin Artaud qu’il incarne dans un spectacle créé en 2019 au portrait de ce jeune homme complètement écrasé par le système capitaliste, le comédien, auteur et metteur en scène, se fraye, par touches, un chemin dans le monde du théâtre. Artiste à suivre ! 

Pour en finir de Florian Pâque d’après l’œuvre d’Antonin Artaud © Mathias Jordan

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Tchantchès, Nanesse, Charlemagne et toutes les autres marionnettes du folklore liégeois. Des batailles, des rires, des cris, des coups de tambour, du wallon, j’en garde une émotion intense.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Un jour, Luc Longton, mon professeur de théâtre à l’Académie César Franck de Visé, m’a précisé que le théâtre, qui n’était pour moi alors qu’un superbe loisir d’après l’école, pouvait aussi être une voie vers un futur métier. Ça peut paraître bête, mais je n’imaginais pas, à l’époque, qu’être comédien pouvait être un métier, et encore moins un métier accessible à un garçon comme moi. C’était une révélation. Il venait – consciemment, je crois – d’éveiller un désir qui ne me quitterait plus.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien, metteur en scène et auteur ?
En 2013, j’étudiais les Langues et Littératures françaises et romanes à l’Université de Liège. J’étais en troisième année. Et sans le dire à personne au départ, je me suis inscrit à un concours de théâtre – le « Carrefour des Comédiens » lors du Festival international du Film Policier de Liège – qui offrait à son vainqueur un cursus complet au Cours Florent. Et je l’ai remporté. En quittant Liège pour Paris, j’ai intimement choisi d’être comédien.
Quant à « Metteur en scène » et « Auteur », je le suis devenu un peu par accident. Je ne l’avais pas prévu, j’ai eu l’occasion d’écrire et de monter des pièces pendant mon cursus à Florent. J’ai adoré ça et maintenant, je continue.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
À 11 ans, alors que j’étais très timide, mon professeur m’a demandé d’être le Maître de Cérémonie de sa « Nuit des Aazar », pastiche d’une cérémonie des César qui s’achevait par la présentation d’un film qu’il avait réalisé en collaboration avec toutes les classes de l’école.
J’étais en queue-de-pie, que ma mère avait loué pour l’occasion, et j’étais mort de trouille. À la suite de cette soirée, beaucoup de personnes se sont étonnées que je ne fasse pas de théâtre. Je m’y suis inscrit l’année d’après.

Étienne A. de Florian Pâque. Avec Nicolas Schmitt © Xavier Cantat

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Les mises en scène de Guillaume Vincent ou de Julien Gosselin. Le génie d’Émilie Incerti Formentini ou de Robert Hirsch. L’univers de Jaco Van Dormael ou de Castellucci. La générosité de Yolande Moreau ou de Lisa Toromanian. L’écriture de Arne Lygre ou de Stefano Massini. Les romans d’Annie Ernaux ou de Charly Delwart. Ceci est une liste bien trop courte.

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
D’abord, mes professeurs, évidemment. Ensuite, tous mes camarades de la Cie Le Théâtre de l’Éclat, qui, en plus d’être des artistes admirables, sont mes amis.
Louis Héliot, qui m’encourage et m’épaule depuis quelques années déjà. L’équipe du Lavoir Moderne Parisien, dont la confiance m’honore. Laurent Bellambe et Julie Laufenbüchler, qui m’ont offert un premier rôle extraordinaire dans N’essuie jamais de larmes sans gants. Enfin, Nicolas Schmitt, mon acolyte, sans qui Étienne A. (et bien d’autres projets) n’aurait jamais vu le jour.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Il vient parer la monotonie des jours. Avec lui, chaque nouveau matin est un matin différent. En scène, certes, on peut mourir plusieurs fois, tromper la mort, tromper le temps, et c’est fascinant. Mais ce qui me fascine davantage encore, et qui me porte, c’est que, dans ce métier, j’ai l’impression de naître régulièrement. Avoir ce goût des naissances, ce n’est pas rechercher un équilibre. Mais je ne crois pas faire du théâtre pour être équilibré.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Le monde. Les actualités du monde. Le traitement des actualités du monde. 
Les hommes et les femmes autour de moi. Ma famille, mon amoureux, mes amis. Les gens que je ne connais pas, que je croise sans parfois leur parler, dont j’entends par bribe les histoires. Les mots qu’ils prononcent. Les mots qu’ils ne disent pas. Leurs regards sur le monde. Leurs rires, leurs larmes, leurs rages. Leurs rêves. Leurs amours. Leurs convictions. Leurs contradictions. Leurs cocasseries. Et aussi comme dirait Étienne A., « ces petits petits riens [qui] ne sont pas des grand-choses, mais [qui] sont tristes quand même quand on se dit qu’on les oublie. »

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Vorace et gourmand.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Au talon. Les pieds sur terre.

Étienne A. de Florian Pâque. Avec Nicolas Schmitt © Xavier Cantat

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
Guillaume Vincent, Julie Deliquet, Lorraine De Sagazan, Maëlle Poésy, Julien Gosselin, Cyril Teste, et cetera. J’aimerais beaucoup travailler avec cet « et cetera ». Et longtemps d’ailleurs.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
Une mise en scène du Cocu Magnifique de Fernand Crommelynck, où comédiens, marionnettes, masques et géants s’uniraient pour créer une véritable sarabande carnavalesque et macabre – façon James Ensor. De la Belgique haute en couleur.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Une chanson de Bourvil.

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore

Étienne A. de Florian Pâque
Création au Lavoir Moderne Parisien
Reprise

La Scala-Paris
Du 4 mars au 30 avril 2022
Durée 1h30

Crédit portait © Jérémy Vitté
Crédit photos © Mathias Jordan et © Xavier Cantat

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