Julie Lesgages, membre actif et lumineux du théâtre déplié

Au T2G, la flamboyante Julie Lesgages retrouve Adrien Béal et sa troupe du Théâtre Déplié dans Toute la vérité, une pièce qui questionne les normes sociétales et morales de la Famille occidentale. Formée au TNS, la comédienne a déjà à son actif un belle « théatrographie ». Après avoir joué sous la direction de Braunshweig, Rauck, Poirée ou Macaigne, elle impose sur les planches, un style, une présence unique. Rencontre.

Toute la vérité d'Adrien Béal - Théâtre Déplié - Julie Lesgages © Martin Argyroglo

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Je me souviens, c’était au Gabon, à l’occasion d’une cérémonie. Il y a eu une performance au milieu des festivités et là j’ai vu des danseurs entrer dans un état de transe assez haut. Ils étaient proches de nous. J’étais très jeune, je n’avais jamais vu ça, j’étais fascinée et apeurée à la fois.Je me rappelle aussi la première fois où j’ai vu un spectacle dans le cadre de mes études. J’étais à la fac de Rennes et on avait un prof assez génial Bruno Tackels (il a vraiment réveillé quelque chose dans mon regard de spectatrice), il nous avait demandé d’aller voir dans la même semaine, Métamorphoses des Métamorphoses d’Ilka Shonbein et Genesi de Roméo Castelluci, les deux ont été des énormes claques pour des raisons complètement différentes. J’ai eu la chance de vivre à Rennes. J’y ai vu beaucoup de choses notamment pendant le festival Mettre en Scène, du théâtre, de la danse, des performances, des expos. La programmation était dingue. L’art vivant avait de la gueule !

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Le déclencheur a été la passion, il n’y avait que ça qui m’agitait réellement donc c’était difficile de ne pas essayer. Et puis les heureuses rencontres et il y en a eu de très fortes.
Mais plus précisément, le tout tout premier déclencheur a été une expérience que j’ai eu adolescente. J’ai travaillé avec une photographe et une styliste pour des photos et des défilés et j’ai découvert un milieu palpitant, des personnes avec une grande créativité, assez rock. Ça a été fort pour moi et ça a nourri mon goût pour cette pulsation particulière du spectacle vivant.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ?
Je me suis sentie très vite assez libre et inventive à cet endroit. Et comme il n’y a pas qu’une façon d’être comédienne, ça m’a tout de suite intéressée, cette perspective de recherche permanente.

Toute la vérité d'Adrien Béal - Théâtre Déplié - Julie Lesgages © Martin Argyroglo

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
C’était L’Aigle à Deux Têtes, mis en scène par Gweltaz Chauviré à Rennes. J’avais (entre autres) comme partenaire Sylvain Levey qui est devenu aussi auteur de théâtre depuis. Je n’avais pas confiance en moi, mais eux m’ont fait confiance. Totalement. Je pratiquais en amateur et ils ont fait grandir mon désir de théâtre en m’intégrant dans leur troupe. C’est un souvenir heureux (même si j’avais très peur) et une période de grande émulation.

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Difficile.
Disons, que s’il faut en citer un : Se protéger de l’avenir dans une mise en scène par Christoph Marthaler que j’ai vu à Avignon en 2010, j’ai eu l’impression de vivre une expérience unique.
Mais il y en a beaucoup d’autres. 

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Je suis friande des rencontres. Artistiquement et amicalement. Je peux en citer deux qui ne sont pas forcément plus fortes que les autres, mais qui ont quelque chose de significatif dans mon parcours. 
Il y a Nicolas Maury que j’ai rencontré sur le parvis du TNS, qui a posé son regard sur moi et qui m’a ouvert les bras en grand. 
Et Adrien Beal, le metteur en scène avec qui j’ai le plus travaillé et que j’estime beaucoup. Il a réuni un groupe de travail et nous a permis de vivre une aventure théâtrale singulière. Travailler avec une autre perspective que la création d’un seul spectacle. De se « pratiquer », de se « patiner » ensemble. Bref de se rencontrer avec le temps. Je trouve cette idée magnifique. 

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Il me préserve d’un ramollissement de la pensée, du corps et du rapport à l’autre.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
D’aller voir dans d’autres formes d’art ce qu’il s’y passe. 
Mes amitiés aussi.
Et de découvrir de nouvelles têtes.
Je ne pourrais rien faire si ma curiosité venait à tomber à sec. Il faut de l’appétit en tout. Pour les petites et les grandes choses. J’aime aussi particulièrement l’énergie des concerts, j’essaie d’y aller le plus souvent possible.

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
C’est un laboratoire et un observatoire.
D’en sortir parfois permet d’y revenir mieux

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
La peau

Toute la vérité d'Adrien Béal - Théâtre Déplié - Julie Lesgages © Martin Argyroglo

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
En ce moment, j’aimerais être stagiaire sur un tournage de documentaire, être dans cette action-là, sur ce terrain-là. Ou dans mes rêves les plus fous, j’aimerais avoir une expérience de cinéma telle que celle que propose Apichatpong Weerasethakul à Tilda Swinton dans son dernier film. J’ai trouvé leur collaboration géniale, du très grand art ! 

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Un tournage de Apichatpong Weerasethakul, je plaisante. C’est ma lubie du moment !

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Ça serait plutôt une bonne brocante !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Toute la vérité – Création collective 
T2G – Théâtre de Gennevilliers
41 Av. des Grésillons
92230 Gennevilliers

Jusqu’au 6 février 2022
Durée 1h30

Mise en scène d’Adrien Béal assisté de Fanny Gayard

Crédit photos © Charlotte Corman et © Martin Argyroglo

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