Nathalie Huerta © Sylvain Lefeuvre

Nathalie Huerta pour un théâtre monde

À la tête du Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine, Nathalie Huerta défend une programmation tournée vers l’international et le théâtre à forte teneur politique. Ouvrant ses portes à des créations d’ailleurs, permettant ainsi de découvrir d’autres manières de faire du théâtre, elle vient de présenter, du 6 au 14 novembre 2021, un Focus sur la création artistique dans le monde arabe. Une fenêtre ouverte sur les différentes problématiques qui secouent et traversent le monde.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre en place ce Focus ? 

 HASH / Bashar Murkus / Khashabi Theatre  © Khulood Basel

Nathalie Huerta : Quand j’ai pris la décision de lancer ce nouveau projet autour de la création artistique dans le monde arabe, j’avais dans l’idée que ce serait une étape de transition. Après l’année d’empêchement que nous venons de traverser, qui fut aussi une période de réflexion pour la plupart des directeurs de lieux, je souhaitais modifier l’essence même des transversales, écritures mélangées de Méditerranée, un des temps fort du théâtre. Fondé en 2015, le Festival n’avait pu voir le jour en avril 2020. Après cinq éditions, j’ai senti le désir de faire un petit bilan sur la notion même de festival, de ce que cela implique pour le lieu, mais aussi sur l’impact que cela à sur les spectateurs. Je voulais redéfinir le modèle, revoir la manière dont nous mettons en place des partenariats avec les autres structures de la ville et du département. Il me semblait aussi important de questionner la façon dont le public s’empare des pièces que nous présentons dans ce cadre, en dépassant l’objet pour voir les coulisses, les conditions de travail loin de chez nous. J’avais la volonté que nous puissions mettre en place un forum autour de la création arabe et créer un collectif autour des artistes arabes afin de leur donner une tribune, une possibilité de montrer leurs œuvres. Malheureusement avec la covid, je n’ai pas eu ne temps de mettre cela en place. J’ai donc tenté une autre approche, ce qui a donné naissance à ce focus. 

Comment l’avez-vous pensé ? 

 Hmadcha / Taoufiq Izeddiou / Cie Anania  © Abdelmounim El Alami

Nathalie Huerta : Tout simplement en m’appuyant sur les bases des transversales et de leur évolution. Dans ce cadre, J’ai travaillé avec Ahmed El Attar, metteur en scène directeur du Festival D-Caf au Caire en Égypte. Depuis longtemps, il avait le désir de faire un focus en Ile de France autour de la création arabe. Malencontreusement, la covid est passé par là. Ensemble, on a donc tenté de regrouper sur un temps fort, un certain nombre de spectacles et de performances, sans pour autant le défendre comme un festival. Le focus, qui vient de se dérouler du 9 au 14 novembre 2021, s’est imposé, devenant aussi pour moi le meilleur moyen d’expérimenter une coopération avec un directeur artistique du monde arabe. 

Qu’est-ce qui vous a guidé ? 

Cultural Exchange Rate de Tania El Khoury © Ziad Abu-Rish

Nathalie Huerta : Il était important d’œuvrer en collectif et que les artistes internationaux continuent de circuler. Plutôt que de se refermer, il me semble nécessaire de continuer encore et toujours à ouvrir nos scènes, nos théâtres aux troupes étrangères. Il ne faut absolument pas empêcher la circulation des artistes internationaux. Cette question doit d’ailleurs se poser comme une nécessité et un travail qui doit se faire en collectif. Le focus est né de cela, est lié à ça.  Par ailleurs, c’est aussi une manière de réaffirmer des fidélités avec des artistes du monde arabe, que je suis certaine depuis le début de leur carrière comme le marocain Taoufiq Izeddiou et la libanaise Christel Khodr.

Comment s’articule le focus ? 

The Love behind my eyes d'Ali Chahrour © Kassim Dabaji

Nathalie Huerta : De plein de manières différentes. C’est vraiment pour moi un terrain d’expérimentation pour de futurs projets. Ainsi, j’ai proposé à Tania El Khoury, une plasticienne anglo-libanaise, qui vit à New York pour investir les lieux avec une installation qui traite de la question de l’exil. Ce qui m’intéressait dans son travail c’était sa vision globale sur le monde. Pour l’occasion, j’ai aussi mis en place des ponts avec la Briqueterie, le CDCN du Val-de-Marne qui coproduit certains spectacles de danse comme The love behind my eyes d’Ali Chahrour, mais aussi avec le studio théâtre de Vitry qui a accueilli deux pièces de théâtre dont Hash de Bashar Markus auteur metteur en scène palestinien. J’ai souhaité que la programmation soit dense et exigeante en termes de contenu, tout particulièrement pour mettre en exergue ces formes artistiques singulières. 

Pourquoi ce titre ? 

Nathalie Huerta : tous les participants viennent du monde arabe ou en sont originaires, mais avant tout ce sont des artistes, qui créent dans cette région-là. Je crois que c’est important de faire découvrir leur travail, leur rapport au monde, leur problématique, bien différentes de celles des artistes occidentaux. Ils sont particulièrement connectés au monde qui les entoure. 

Comment ressentez-vous cette saison que l’on peut qualifier de pléthorique ? 

Nathalie Huerta : il était important de soutenir la création, de ne pas lâcher les compagnies. J’ai donc eu beaucoup de mal à annuler des spectacles. Comme beaucoup de mes collègues, j’ai préféré reporter, à quelques exceptions près. C’est donc oui une saison importante, dense, riche, qui a, en effet, quelque chose de gargantuesque, de pléthorique, mais il était impensable et impossible de faire autrement. J’ai déjà pas mal de choses sur 2022-2023. Je pense aussi qu’il faut inventer d’autres formes avec les artistes. Il faut des respirations, ne pas les pousser à créer tout le temps. Il est important d’inventer encore plus d’espaces de partage pour permettre à tous, qu’ils soient habitués des théâtres ou non, à découvrir, s’approprier l’outil artistique.

Propos recueillis par Marie Gicquel et Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

FOCUS SUR LA CRÉATION ARTISTIQUE DANS LE MONDE ARABE
Théâtre Jean Vilar
1 place Jean-Vilar
94400 Vitry-sur-Seine

Crédit photos © Sylvain Lefeuvre, © Khulood Basel, © Abdelmounim El Alami, © Ziad Abu-Rish, © Kassim Dabaji

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