Chambre 2 d’après le roman de Julie Bonnie Adaptation de Catherine Vrignaud Cohen et Anne Le Guernec © Huma Rosentalski

Histoire(s) humaine(s) d’une puéricultrice au cœur d’or

Au théâtre de la Reine Blanche, Chambre 2, adapté du roman de Julie Bonnie, explore les méandres de ce qui nous fait femme. Mis en scène avec une grande sensibilité par Catherine Vrignaud Cohen, Anne Le Guernec déroule avec maestria le road movie intérieur d’un être en quête de sens. 

On pourrait penser, encore une adaptation d’un roman ! Mais, voilà, le texte de Julie Bonnie, s’y prête. L’auteur est artiste, musicienne, et son écriture possède une musicalité qui sied bien au plateau. Catherine Vrignaud Cohen a su y trouver toute la dramaturgie nécessaire, pour en extraire un monologue d’une belle intensité. Elle sillonne ce passage délicat, magique mais si souvent brutal, qu’est l’instant de la maternité. En abordant, l’enfantement, ce texte nous questionne sur la femme. Comment, comme l’a dit De Beauvoir, on le devient. Comment se construit-on avec les épreuves que la vie ne manque jamais de nous faire subir. Comment devient-on mère ? Possédons-nous toutes cet instinct maternel ? Comment ne pas perdre de vue nos rêves, nos espérances ? Comment trouver un sens à notre existence ? Il ne faut pas avoir peur de se perdre pour pouvoir se retrouver.

La vie à la maternité

Chambre 2 d’après le roman de Julie Bonnie
Adaptation de Catherine Vrignaud Cohen et Anne Le Guernec
© Huma Rosentalski

Béatrice est auxiliaire de puériculture dans le service maternité d’un hôpital. Ce travail, elle l’a pris le jour où elle a dû faire face à un changement de vie. Son homme est parti la laissant seule avec ses deux enfants. Cela signifie beaucoup cet abandon ! Elle se retrouve seule, avec derrière elle son passé et cet avenir en lequel elle avait cru ! Elle était artiste. Elle était aimée. Elle était heureuse. Aujourd’hui, elle n’a plus que ses enfants et il faut les faire vivre. Alors, elle a pris ce métier parce qu’elle est plutôt douée avec les nouveau-nés qu’elle considère comme une personne et non pas comme un tas de chiffons rougeaud et hurlant. Tous les matins, elle passe de chambre en chambre. Chacune à son histoire ! Il y a la femme qui a perdu un enfant et se laisse mourir, celle qui ne sait que faire, celle qui n’a pas de problème, celle qui a peur et même panique, celle qui découvre, celle qui doute… Son travail est de les rassurer, de les accompagner et de leur expliquer comment faire avec ce bébé qui apprend lui aussi. Personne n’est parfait ! 

Un rôle en or

Le rôle de Béatrice est beau. Elle est toutes les femmes ! Quel que soit notre parcours, elle parle de nous, de nos mères, de nos sœurs, amies où connaissances. C’est un miroir dans lequel, il fait bon de se regarder. Que les hommes ne prennent pas peur. Vous êtes fils, mari, amants, pères, frères, amis et donc loin d’être exclus de ce qui nous est raconté. Après cette journée harassante, due aux conditions de travail, à toutes les émotions rencontrées dans chaque chambre, lâchant enfin prise, faisant résilience, Béatrice va enfin pouvoir renaître et vivre pour elle. Par la grande sensibilité de son interprétation Anne Le Guernec donne à ce personnage une aura qui ne peut que nous toucher. Explorant les prismes des sentiments qui la traversent, elle fait ressurgir les blessures, les interrogations, les fatigues, les joies aussi d’une femme qui cherche désespérément un bien-être à défaut de bonheur.

De la belle ouvrage

Chambre 2 d’après le roman de Julie Bonnie
Adaptation de Catherine Vrignaud Cohen et Anne Le Guernec
© Huma Rosentalski

La mise en scène de Catherine Vrignaud Cohen nous a totalement conquise. Nous sommes dans l’épure de l’espace vide cher à Peter Brook. S’emparant de tout l’espace, et du seul objet présent, un petit fauteuil blanc en forme d’œuf, situé au centre, la comédienne inscrit le cheminement de son personnage. La metteuse en scène fait démarrer la pièce sur Béatrice allongée sur le sol, vêtue juste d’une culotte et d’un soutien-gorge. Il est intéressant ce rappel au corps de la femme, de celui qui n’est pas exposé dans les magazines de mode, mais dans le quotidien. Tout comme le fait que Béatrice n’enfile pas une blouse rose, mais un bleu de travail. Elle ne soigne pas, elle répare. Une naissance, c’est aussi une renaissance et c’est bouleversant.

Marie-Céline Nivière

Chambre 2, d’après le roman de Julie Bonnie
Théâtre de la Reine Blanche, scène des arts et des sciences
2 bis passage Ruelle
75018 Paris
Du 23 novembre 2021 au 15 janvier 2022
Les mardis, jeudi et vendredi à 21h
Durée 1h20

Adaptation de Catherine Vrignaud Cohen et Anne Le Guernec
Mise en scène de Catherine Vrignaud Cohen
Avec Anne Le Guernec
Scénographie de Huma Rosentalski
Création lumière de Huma Rosentalski et Grégori Carbillet
Chorégraphie de Stéphanie Chêne
Création sonore de Sylvain Jacques

Crédit photos © Huma Rosentalski

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