Théorème(s) d’après les textes de Pier Paolo Pasolini. mise en scène de Pierre Maillet. © Jean Louis Fernandez

Théorème(s), les anges déchus de Pasolini

Théorème(s) d’après les textes de Pier Paolo Pasolini. mise en scène de Pierre Maillet. © Jean Louis Fernandez

À la Comédie de Caen, dirigée par ses amis de longue date, Marcial di Fonzo Bo et Élise VigierPierre Maillet continue son exploration des figures artistiques emblématiques et homosexuelles du XXe siècle. Fils d’un boucher-charcutier, comme il le raconte dans le spectacle Une Vie d’acteur, il passe son enfance, son adolescence, au cinéma. Il y découvre Dustin Hoffman dans Tootsie, une vraie révélation. Plus tard, les œuvres marquantes de Paul Morrisey et de Rainer Werner Fassbinder creusent dans l’esprit du comédien et metteur en scène, une sorte de fil rouge, de ligne. Avec un zeste de folie, une pincée d’exubérance, il adapte lumineusement certains de leurs scénarii à la scène.

À ce panthéon d’artistes uniques et singuliers, manquait l’italien Pier Paolo Pasolini. Avec Théorème(s), librement inspiré du roman homonyme et du texte autobiographie et inachevé Qui suis-jePierre Maillet comble ce vide et signe un spectacle éclaté, morcelé qui révèle par touches un peu de la personnalité du romancier et cinéaste. Dans un prologue qui contextualise l’état d’esprit de l’artiste italien, le comédien et metteur en scène apparait nu pour mieux se glisser dans la peau de cet homme, attaqué de toute part dans son pays, et qui, à l’aube de ses 44 ans, fait une sorte de bilan de sa vie, tout en préfigurant ses œuvres à venir. Plus vivant que jamais, le bel italien, mort assassiné sur la plage d’Ostie en 1975, revient hanté le plateau, toujours aussi engagé, caustique et dépressif.

En invoquant l’histoire de cet ange exterminateur (éthéré Benjamin Kahn), véritable objet de désir qui annonce la révolution sexuelle de 1969, Pier Paolo Pasolini et son double de théâtre Pierre Maillet dénoncent les petits travers, les hypocrisies, les faux semblants et la morale de façade de la petite bourgeoisie d’hier et d’aujourd’hui.

Portée par une troupe de comédiens complices et espiègles, Marilú Marini en tête, et ponctuée de standards de la pop italienne, allant de Raffaella Carrà à Ricchi e PoveriThéorème(s), encore en rodage, est une pièce surréaliste, corrosive autant que mystique. Construite à la manière d’un objet à multiples facettes, elle est faite d’une succession de tableaux dont certains sont d’une rare beauté – la procession autour de la sainte bonne, l’orgie sexuelle à laquelle se livre la mère de famille en proie au désespoir, etc. -, d’une puissante fulgurance. Pour toucher tout à fait et nous embarquer avec lui dans sa propre vision d’une œuvre, d’un artiste, la dernière création de Pierre Maillet mérite d’être resserrée, recentrée pour donner plus de force au propos, à la plume poétique, réaliste et mélancolique de Pasolini.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Caen

Théorème(s) d’après les textes de Pier Paolo Pasolini 
Création le 4 octobre 2021 à la Comédie de Saint-Étienne
Comédie de Caen 
Jusqu’au 20 octobre 2021
Durée 2h30 environ 

Tournée
du 10/11/2021 au 13/11/2021au TNB, Rennes
du 03/03/2022 au 04/03/2022 à la Comédie de Colmar
du 15/03/2022 au 16/03/2022 au Théâtre de Nîmes
du 12/04/2022 au 14/04/2022 au Théâtre Sorano, Toulouse 

Mise en scène et adaptation de Pierre Maillet assisté de Thomas Jubert
Avec Arthur Amard, Valentin Clerc, Alicia Devidal, Luca Fiorello, Benjamin Kahn, Frédérique Loliée, Pierre Maillet, Marilú Marini, Thomas Nicolle, Simon Terrenoire, Rachid Zanouda
Collaboration artistique – Charles Bosson et Luca Fiorello
Lumières de Bruno Marsol
Son de Guillaume Bosson
Scénographie de Nicolas Marie
Régie générale de Thomas Nicolle
Costumes d’Ouria Dahmani-Khouhli
Perruques et maquillages de Cécile Kretschmar

Crédit photos © Jean Louis Fernandez

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