Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte. théâtre du Rond-Point © Jeanne Didot

Pierre Notte porte caustiquement sur scène l’affaire Weinstein

Pour la réouverture du Rond-point, Jean-Michel Ribes offre la grande scène de la salle Renaud-Barrault à Pierre Notte, auteur associé de longue date du théâtre. Dans un esprit totalement déjanté, Je te pardonne (Harvey Weinstein) est un cabaret-foutraque qui fustige les violences faites aux femmes. On grince des dents et l’on rit beaucoup.

Bien sûr, il n’est pas question de pardonner à cet homme-prédateur qui représente tout ce qui irrite notre sensibilité féminine. La place de la femme dans ce monde n’a jamais été de tout repos et elle n’a eu de cesse de lutter contre une liste de maux qui datent de la nuit des temps. Si les temps changent, merci au mouvement #Metoo, ce n’est pas encore gagné. N’oublions pas, comme le dit Pierre Notte, qu’une femme qu’on insulte, c’est une pute ; un homme qu’on insulte, c’est un fils de pute ; c’est toujours la femme qui trinque !

Des femmes à la barre
Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte. théâtre du Rond-Point © Didot

Dans un grand fourre-tout qui pourrait ressembler à un beau n’importe quoi, Pierre Notte fustige les violences faites aux femmes. Il convoque la tragédie avec ses rois et ses reines, la mythologie grecque, Peau d’âneChristiane TaubiraÉlisabeth Badinter, mais aussi des victimes comme la célèbre femme de chambre de l’hôtel Sofitel, une adolescente, une actrice abusée. Toutes ces figures vont s’attaquer à un homme qui représente à lui tout seul la figure de l’homme-prédateur, Harvey Weinstein, magnat déchu d’Hollywood. Ce qui pourrait être un procès devient sous la plume de Pierre Notte un réquisitoire drôle et insensé qui touche autant qu’il peut parfois surprendre. La punition, mais en est-elle une vraiment, est que l’accusé voit son corps se féminiser et devenir Catherine Deneuve, évidemment ! 

Un tourbillon scénique à en perdre pied

Pierre Notte est un auteur dont on aime l’univers, au point où on lui pardonne tout. Alors même si ce spectacle possède des faiblesses, il comprend de très beaux moments. C’est osé, iconoclaste et dérangeant. Cela fait du bien d’être dérangé, non ? Il alterne textes et chansons. Comme on les aime les ritournelles de Notte. Ici nous avons des reprises (et on ne va pas s’en plaindre) et des créations. Dans une scénographie ingénieuse, sa mise en scène est un tourbillon où chacun investit l’espace dans une belle énergie. Un brin moqueur, il ira même jusqu’à faire des crêpes sur scène, tout comme Marlène Saldana dans Les Idoles d’Honoré ! C’est sans aucun complexe, assumant tout, qu’il endosse le rôle de ce monstre, nous réjouissant par ses provocations scéniques.

Trois contre un
Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte. théâtre du Rond-Point © Jeanne Didot

Pour lui tenir tête et le pousser dans ses retranchements, on peut compter sur les multiples talents de Marie Notte et Pauline Chagne. La petite sœur et complice de bien des spectacles, elle est celle qui rugit, invective, rappel à l’ordre. Le passage où elle remémore à son grand frère combien il a pu lui pourri sa jeunesse avec le film, Peau d’âne avec ce vieux roi qui voulait épouser sa fille, est d’une irrésistible drôlerie. Pauline Chagne, avec ce petit air de Barbara, dans son beau costume noir, usant de son charme et d’un caractère bien trempé, nous rappelle qu’il ne faut pas se fier aux apparences et qu’une femme n’est pas un objet. Ces deux sorcières, c’est ainsi que bien des hommes nous surnomment, sont formidables. Il ne faudrait pas oublier Clément Walker-Viry, l’ange du piano, mi femme-mi homme, qui les accompagne. Cette fable provocatrice a au moins le grand avantage de nous faire réfléchir sur un monde que l’on voudrait vraiment voir changer ! 

Marie Céline Nivière

Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte. théâtre du Rond-Point © Jeanne Didot

Je te pardonne (Harvey Weinstein) de Pierre Notte
Salle Renaud-Barrault
Théâtre de Rond-Point
2bis av Franklin D. Roosevelt
75008 Paris

Du 1er au 26 juin 2021
Du mardi 1er au jeudi 17 juin, 19h et du vendredi 18 au samedi 26 juin, 21h – relâche : les lundis et dimanches
Durée 

Texte, musique et mise en scène de Pierre Notte
Avec Pauline Chagne, Marie Notte, Pierre Notte, Clément Walker-Viry
Costumes deAlain Blanchot
Arrangements musiques de Clément Walker-Viry
Création lumières d’Antonio de Carvalho
Son de Adrien Hollocou
Assistanat à la mise en scène Jeanne Didot

Crédit photos © Jeanne Didot

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