Daouda Keita © KING

Daouda Keita, la pandémie en regard de sa pratique chorégraphique

Dans le Cadre du Festival BAM BAM BAM, qui après Marseille en avril dernier, s’installe du 6 au 11 juin 2021 au TU de Nantes, Daouda Keita exprime à travers son écriture l’effet du premier confinement sur son corps. Dans un décor fait de cartons, le chorégraphe et danseur malien se ré-approprie l’espace qui l’entoure, fait de ce matériel malléable, un cocon, un abri face au danger du monde. En parallèle, il participe à L’Homme rare de Nadia Beugré, créé en octobre dernier au festival Montpellier Danse et présenté les 3 et 4 juin à la Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise.

Ficksion de Daouda Keita © DR

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
C’était en 2007 lorsque j’ai reçu l’invitation de mon cousin Aboubacar Namogo Kone afin d’assister à la pièce Correspondance de Kettly Noel et Nelisiwe Xaba.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Après avoir vu ce magnifique spectacle, j’ai enfin décidé de quitter la Faculté des Lettres Langues Arts et Sciences Humaines où j’étais étudiant en géographie, pour préparer et être admis au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasseke Kouyaté de Bamako en section danse. J’en suis sorti en 2014, avec un DESS.

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être danseur et chorégraphe ?
J’ai toujours été sportif. J’ai d’abord été footballeur et basketteur. puis avec la danse j’ai trouvé un équilibre, car elle va bien au delà de la simple activité physique. Elle aide à la coordination. il y a dans cette pratique, une dimension thérapeutique, esthétique, mais aussi un moyen de communication beaucoup plus efficace qu’on ne peut l’imaginer.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Dès mon entrée au Conservatoire en 2009, j’ai toute de suite été fasciné par la création. À l’époque, le CAMM organisait chaque année un concours interne entre les classes et les danseurs. J’ai sauté sur l’occasion, pris mon courage à deux mains et j’ai écrit un solo, 90 degrés. Cela m’a permis d’être repéré par un bon nombre de personnes. Mes souvenirs sont toujours d’actualités car il s’agissait à travers ce solo de parler ou dénoncer le changement climatique qui n’est pas aujourd’hui un sujet a négliger. 

Quelle est la situation artistique dans votre pays ? 
De mon point de vue, l’art en général, et la danse en particulier, se porte à merveille au Mali, notamment grâce au dynamisme d’une jeune génération d’artistes, comme moi, qui se battent comme il faut. De plus en plus, les  compagnies et des lieux de répétitions, de résidence, se créent via nos initiatives et avec le soutien de partenaires financiers et techniques. Toutefois, même si certains d’entre nous arrivent à exporter leurs créations, il y a tout de même un gros souci de diffusion des jeunes chorégraphes au-delà des frontières.    

L'homme rare de Nadia Beugré © Ruben Pioline

Quelles sont les grands courants chorégraphiques dans votre pays ?  
Depuis une décennie la danse contemporaine a pris et continue de prendre le pas sur les autres danses. Beaucoup de jeune Maliens, même issus d’autres styles, ambitionnent d’apprendre la danse contemporaine malgré des conditions d’exercice peu adaptées.  

Vivant entre Bamako et Zurich, que retenez-vous de chacune des cultures dont vous vous nourrissez?
Je suis un citoyen du monde et pour moi tout est lié. Dans ces sociétés multiculturelles et dans ce contexte globalisé, j’ai accès en permanence à toutes les informations qui me sont nécessaires et me nourissent pour faire mes créations. Alors ma vie, c’est mes créations et mes créations représentent ma vie et mes sentiments. 

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
C’est ma pièce SLOGAN que j’ai créé en 2017 avec 6 jeunes danseurs malentendants que j’ai formés en danse avec amour et conviction.

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Parmi mes plus belles rencontres, j’en retiens trois. D’abord, Chab Touré, professeur de philosophie, critique d’art, écrivain esthéticien, qui m’a vu grandir dans mes activités artistiques, m’a conseillé, guidé. il est un regard extérieur précieux. il a fait l’artiste que je suis aujourd’hui.
Puis, il y a mes 41 élèves, des jeunes filles et garçons malentendants qui suivent des cours dans des écoles spécialisées en langues, situées à Koutiala, Ségou et à Bamako. Ensemble, nous avons mené à bien un projet de recherche, de formation et création autour de la langue des signes justement, de la danse et du théâtre.  
Enfin, Annabel Debakre et sa structure Acampa en France m’ont soutenu et permis de créer, de monter différents projets au sein de ma compagnie Famu Danse et de la Coopérative d’Artistes Malienne, le FIL, dont je suis membre fondateur. Annabel est pour moi une sorte d’œil extérieur pour la gestion administrative et technique, mais aussi comme une protectrice de ma mémoire. 

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
La danse m’a tout donné et je suis à elle pour toujours.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Mon travail artistique a toujours été inspiré du quotidien, de thématiques sociales, économiques politiques ou religieuse. Avec HE ALLAH qui traitait de la notion de frontières et de guerres territoriales, avec Moi Daouda Keita, je me suis intéressé à la confrontation entre tradition et modernité, avec Kumaka-Ca, je questionnais la croyance ou la non croyance, l’influence ou le pouvoir d’une personne ou d’un objet fétiche sur un individu, avec ma pièce Getanztes Glück, j’abordais les petits gestes du bonheur. Pour ma dernière pièce, en cours de création, FICKSION, le sujet s’est imposé à moi par la période étrange que nous vivons tous actuellement. Comme tout le monde, ce nouveau monde pandémique me heurte, me pousse à redéfinir des territoires et des géographies, trouver ou inventer de nouveaux espaces de travail et de réflexions

L'homme rare de Nadia Beugré © Ruben Pioline

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
La franchise et l’honnêteté dans le sens où je considère chaque moments sur scène comme ma dernière danse, ce qui me donner l’énergie d’aller au-delà de mon corps.

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Dans mon cœur, mais aussi dans ma tête, qui me permet de percevoir, de voir et d’entendre.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?  
Je suis très heureux de travailler avec Nadia Beugré sur sa nouvelle pièce L’Homme rare. J’aurai aimé travailler avec Raimund Hoghe mais ce rêve s’est brisé suite à sa disparition.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
Je suis déjà a mon avis dans un projet de fou, avec L’Homme rare de Nadia Beugré. Je ne pense pas pouvoir me dénuder plus que ça.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Ficksion de Daouda Keita
Sortie de résidence – Friche de la Belle de Mai
Avril 2021
Festival BAM BAM BAM

L’homme rare de Nadia Beugré
Création en octobre à Montpellier Danse
Du 3 au 5 juin à Points Communs Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise

Du 16 a 20 juin 2021 au Théâtre de la Ville – Espace Cardin

Crédit photos © King, © DR et © Ruben Pioline



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