Le petit coiffeur de Jean-Philippe Daguerre. théâtre Rive-Gauche. Charlotte Mazneff, Arnaud Dupond. © Fabienne Rappeneau

Daguerre revisite l’histoire de la Tondue de Chartres au Rive-Gauche

Après Les adieux de Monsieur Hafmann, Jean-Philippe Daguerre repart dans la période trouble de l’occupation allemande. Son nouvel opus, présenté au Rive-Gauche, Le petit coiffeur, trace l’émouvant portrait d’une famille prise dans les tourments de l’épuration. Un spectacle fort.

L’idée de la pièce est venue à Jean-Philippe Daguerre en découvrant la célèbre photo de Robert Capa, La tondue de Chartres. Sur ce cliché terrible, le photographe a saisi un instant dont la fierté nationale se serait bien passée. Après les joies de la Libération, arrivent les temps troubles des règlements de compte. Tous ceux qui ont trahi vont devoir payer et les juges viennent souvent de la rue, de ceux qui durant les années noires sont restés enfermés dans leur quotidien faisant avec ou attendant que cela passe. Rien de pire que la vindicte populaire. Toutes les femmes ayant fait ce que l’on appelle de la collaboration horizontale vont le payer durement. Elles seront tondues, humiliées en public et pour certaines lynchées. La tondue de Chartres a la particularité de tenir dans ses bras son nourrisson et d’avoir été marquée au front au fer rouge. Bon, on le sait depuis, elle n’était pas si n’innocente que cela, mais il n’empêche qu’elle ne méritait pas un tel traitement.

Un conte humain
Le petit coiffeur de Jean-Philippe Daguerre. théâtre Rive-Gauche. Charlotte Matzneff, Arnaud Dupond. © Fabienne Rappeneau

Partant de faits historiques, comme dans Un village français, Jean-Philippe Daguerre va nous conter une histoire, celle que l’on nomme la petite, celle que vivent les gens et qui contribue à construire ce que l’on appelle la Grande Histoire. Car ce sont les hommes qui la créent et la subissent. Nous sommes à Chartres, chez les Giraud, où l’on est coiffeur de père en fils, et communiste catholique. La guerre est terminée, la vie reprend. Les Giraud sont des Résistants. Le père dénoncé par une « bonne âme » en est mort. Quant à la mère, Marie, elle est aujourd’hui une héroïne. Dehors, le désir de régler les comptes bouleverse la ville. Marie ne tient pas vraiment à participer à tout cela. Elle veut le bonheur de ses fils, de l’aîné qui est peintre et du cadet qui ne sortira jamais de l’enfance. Arrive, Lise l’institutrice, avec son passé, celui d’une femme qui a dû faire avec ce que la vie lui a offert. La facture sera lourde à régler.

Des comédiens lumineux 

Daguerre ne porte aucun jugement. Ici il n’y a ni héros, ni traitre. On s’attache énormément à ces personnages dont les actes ne sont que le résultat de ce qu’ils sont et de ce qu’ils ont vécu. Lise, à la différence de celle dont son personnage est inspirée, est une belle personne. Victime des hommes, elle a fait un mauvais choix et puis le cœur a ses raisons….. Charlotte Matzneff est formidable dans ce rôle délicat à jouer. Brigitte Faure, dans une interprétation généreuse et sans faille, donne au personnage de la grande Résistante Marie, une humanité bouleversante. Elle est femme de tête soit ,mais avant tout mère aimante et protectrice. Le sourire toujours rivé aux lèvres, portant un regard d’artiste sur le monde, Pierre est un personnage solaire. Son sacrifice involontaire sublime cela. Félix Beaupérin est lumineux, faisant voir toute la beauté que porte en lui ce personnage touchant. Romain Lagarde offre de belles nuances à Léon, amoureux de Marie, Résistant, FFI, qui doit protéger les Giraud et souhaite que justice soit rendue. Et puis, il y a petit Jean, handicapé mental de naissance, qui restera toujours un enfant. Bien que naïf, il n’est point sot ce petit gars. Arnaud Dupont est absolument génial. Son interprétation d’une grande finesse mérite toute notre admiration. 

Un bel écrin scénique
Le petit coiffeur de Jean-Philippe Daguerre. théâtre Rive-Gauche. Brigitte Faure, Arnaud Dupond. © Fabienne Rappeneau

Dans un décor fort astucieux de Juliette Azzopardi, la mise en scène de Jean-Philippe Daguerre enthousiasmante s’appuie sur les lumières de Moïse Hill, les costumes d’Alain Blanchot, les musiques d’Hervé Haine et les chorégraphie de Florentine Houdinière. Sans jamais nous perdre, passant d’un lieu à un autre, du ton de la comédie au drame, porté par une interprétation au cordeau, il nous entraine dans un tourbillon de vie où l’on rit, s’émeut. Une belle réussite.

Marie-Céline Nivière

Le petit coiffeur de Jean-Philippe Daguerre. théâtre Rive-Gauche.  © Fabienne Rappeneau

Le petit Coiffeur de Jean-Philippe Daguerre
Théâtre Rive Gauche
6 rue de la Gaîté
Paris 75014
A partir du 8 octobre 2020
Du mardi au samedi à 21h et les dimanches à 15h
Durée 1h20

Mise en scène de Jean-Philippe Daguerre assisté d’Hervé Haine
Avec Felix Beaupérin, Arnaud Dupont, Brigitte Faure, Romain Giraud, Charlotte Matzneff
Costumes d’Alain Blanchot
Décors de Juliette Azzopardi
Lumières de Moïse Hill
Musique d’Hervé Haine
Chorégraphie de Florentine Houdinière 

Crédit photos © Fabienne Rappeneau

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