Couv_STOP-MOTION 04_NDT_©Rahi Rezvani_@loeilodliv

Nederlands Dans Theater, trois pièces saisissantes pour une troupe d’excellence

Entre ombre et lumière, la troupe d’exception du Nederlands Dans Theater (NDT) se jette à corps perdu, avec l’énergie fougueuse du désespoir, dans les tourments de l’âme humaine. Portant haut et beau l’art chorégraphique, fait de phrases épurées et d’élans bouleversants, le duo, Sol León et Paul Lightfoot, et la canadienne Crystal Pite signent trois pièces éblouissantes.

Dans le brouhaha des conversations, au son des sièges qui claquent, trois êtres, portant costumes noirs d’homme, apparaissent sur le sol blanc du devant de scène, qu’un immense voile noir masque au regard d’un public accablé par la chaleur ambiante. Lentement, ils déambulent. Impassibles, ils avancent, puis s’arrêtent avant de tourner le dos à la salle. Doucement, le silence s’installe, l’obscurité envahit le théâtre. Les premières notes de Bach se font entendre. Le rideau se lève, révélant un espace vierge, immaculé qu’une cloison centrale partage en partie. sur le haut des murs, quelques dessins de branchages formant des sortes de cimaises donnent à l’ensemble une tonalité bucolique, propice aux rêves.

SAFE AS HOUSES 02_BDT_©Rahi Rezvani_@loeildoliv

Reprenant leur marche, nos trois danseurs, deux hommes, une femme, investissent l’étrange lieu. Le contraste entre leur tenue corbeau et la blancheur des murs frappe. Leurs silhouettes longilignes se détachent. Mus par des forces invisibles, lentes et rapides, les corps s’attirent, se repoussent. Il se dégage de l’ensemble une intensité bouleversante, une irréalité surprenante que la cloison centrale vient effacer dès qu’elle se met à pivoter sur elle-même. Ainsi, les danseurs en noir s’éclipsent laissant la place à d’autres, en costumes blancs. Dans ce ballet hypnotique que les arias de Bach sculptent, les âmes des hommes, des femmes se laissent porter, emporter avant de disparaître pour mieux réapparaître. S’inspirant du texte religieux et philosophique Yi Jing, ce Safe as houses du duo Sol Leòn et Paul Lightfoot mêle avec virtuosité danse classique et contemporaine pour mieux souligner l’énergique épure de leur écriture chorégraphique.

Après un premier entracte permettant à chacun de se rafraîchir, le rideau se lève sur un singulier tableau. Alors que les notes d’une partition originale d’Owen Belton s’égrènent, un groupe de plusieurs personnes, vêtues de noir, se penche sur le corps inerte d’une jeune femme. Est-elle évanouie ou morte ? Nul ne le sait. Troublés, agités, tous tentent de la ranimer, de lui redonner vie. Le désespoir vient marquer leurs visages, les gestes, de plus en plus inquiets, deviennent saccadés. Obsédée par la perte d’un être cher, une nouvelle fois, Crystal Pite, chorégraphe canadienne que le monde s’arrache, signe, avec In the Event, une pièce chorégraphique sur le deuil et ses conséquences physiques et psychologiques sur l’être humain en souffrance. Dans une danse macabre, magnifique, où les corps s’étreignent et se déchirent, elle invente et réinvente l’écriture chorégraphique. Empreignant chaque mouvement d’une dramaturgie brûlante, elle écrit l’effroi, dépeint la douleur avec une intensité, une beauté rare. Totalement habités par leur rôle, les danseurs du NDT nous entraînent au plus près de la tragédie humaine.

IN THE EVENT 04_NDT_@Rahi Rezvani_@loeildoliv

Pour finir, toujours sur une thématique noire et sombre, le duo Sol Leòn et Paul Lightfoot, qui ont succédé en 2004 à Jiří Kylián au poste de directeur artistique, nous conte l’histoire d’un adieu. Utilisant un écran géant, qui diffuse des images de la chère disparue, ils nous invitent à une danse rituelle, un singulier ballet où les vivants disent un ultime au revoir à celle qui est partie. Avec une virtuosité remarquable, les artistes du NDT se livrent corps et âme se laissant porter par la magnifique partition de Max Richter. Que les mouvements soient lents, ralentis ou dédoublés, ils prennent une élégance folle, une puissance éblouissante quand ils soulèvent la poussière blanche qui recouvre le sol. S’amusant des contrastes entre le noir et le blanc, des tissus, des vêtements, des peaux, nos deux chorégraphes ensorcèlent un public captivé par ce Stop-Motion, sublime et nostalgique poème visuel, qui clôture un programme époustouflant à savourer au plus vite !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


STOP-MOTION 08_NDT_@Rahi Rezvani_@loeilodliv
Stop-Motion de Sol Leòn et Paul Lightfoot © Rahi Rezvani

Nederlands Dans Theater
Théâtre national de danse de Chaillot – Salle Jean Vilar
1, Place du Trocadéro et du 11 Novembre
75016 Paris
Jusqu’au 30 juin 2017
Durée 2H10

Safe as Houses
Chorégraphie Sol León et Paul Lightfoot
Répétiteurs Anders Hellström et Ander Zaballa
Musique Jean-Sébastien Bach
Lumières Tom Bevoort
Décor et costumes Sol León et Paul Lightfoot

In the Event
Chorégraphie Crystal Pite
Répétiteur Ander Zabala
Musique Owen Belton interprétée par Jan Schouten
Lumières Tom Visser
Décor Jay Gower Taylor
Costumes Crystal Pite, Joke Visser

Stop-Motion
Chorégraphie Sol León et Paul Lightfoot
Répétiteur Anders Hellström
Musique Max Richter
Lumières Tom Bevoort
Décor Sol León et Paul Lightfoot
Costumes Joke Visser, Hermien Hollander
Vidéo Sol León et Paul Lightfoot
Réalisation vidéo Rahi Rezvani
Prise de vue Dicky Schuttel

Crédit photos © Rahi Rezvani

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Les cinq fois où j’ai vu mon père de Guy Régis Jr. © Nathalie Lux

Père en défaut

À théâtre ouvert, avec la complicité du Théâtre Nanterre-Amandiers, Guy Régis Jr
Aller à Haut