Pneuma, un voyage onirique au pays des songes

Aériens, légers, les corps, portés par un souffle de pureté, volent, virevoltent dans un décor blanc, épuré. Ils dessinent des diagonales, glissent sur le sol, s’étreignent, et s’unissent. Les gestes sont fluides, élégants, gracieux. Les mouvements poétiques, lyriques, entraînent le public dans un rêve éveillé, dans un monde renouvelé où Dame Nature a repris les rênes. En allégeant la grammaire chorégraphique à sa plus simple expression, Carolyn Carlson réinvente la danse contemporaine et signe un ballet en noir et blanc d’un esthétisme et d’une beauté rare… Hypnotique !…

Le rideau se lève sur un espace blanc, immaculé. Au fond, des cubes de différentes tailles en plexiglass transparent, renferment de grandes herbes. Un arbre en suspension domine l’ensemble. Tout respire la légèreté, la pureté, la nature. Une ombre plane pourtant. Un silhouette noire, obscure, tragique, trouble le tableau. Ses ailes repliées laissent penser à un ange démoniaque ou à la mort elle-même. Dans un mouvement lent, elle se meut. Au premier plan, un jeune homme tout de blanc vêtu, danse avec ventilateur. Il se laisse porter par le mouvement de l’air. Il tourne, virevolte, ignorant la sombre menace. Rapidement, il est rejoint par une jeune femme, vêtement noir, cheveux longs châtain clair détachés. Commence alors entre eux une parade amoureuse. Les corps se cherchent, se rapprochent, s’étreignent et s’éloignent pour mieux se retrouver. L’image est intense, rare. Elle saisit le spectateur au vol, ému par tant de beauté, de simplicité.

Pneuma_1_Carolyn_Carlson_©Sigrid_ColomyEs_@loeildoliv

Ce n’est que le début d’une succession de tableaux qui entraînent le public dans un monde de songes et de « zénitude ». De ces mouvements amples, fluides, de ces gestes légers, souples, se dégagent quiétude et sérénité. Tels de magnifiques oiseaux, les danseurs semblent voler en nuée au gré des vents. Leurs corps en apesanteur glissent avec virtuosité sur le sol et emplissent l’espace de leur présence spectrale. Qu’ils soient vêtus de noir ou de blanc, anges de pureté ou démons lascifs, ils sont mus par le même élan, la même force, et offrent une vision quasi irréel du monde.

En s’inspirant de l’ouvrage L’Air et les Songes de Gaston Bachelard, Carolyn Carlson imagine une rêverie mêlant grâce, poésie et spiritualité. Poussant l’esthétisme jusqu’à l’épure, elle esquisse un ballet d’une étonnante beauté qui touche le cœur et l’âme. Le public, ainsi porté sur un nuage doux et délicat, oublie un temps la dureté du monde extérieur, sa violence, sa saleté. La musique onirique et enlevée de Gavin Bryars souligne l’effet, plongeant la salle dans une bulle de ouate.

Pneuma_3_Carolyn_Carlson_©Sigrid_ColomyEs_@loeildoliv

Porté par 22 danseurs fantastiques du Ballet de l’Opéra national de Bordeaux, Pneuma réinvente l’avenir et imagine un monde meilleur. Loin de la pollution, des guerres, cette partition chorégraphiée dessine une société où domine l’amour, l’entraide et la compassion. Subjugués par autant de beauté, les spectateurs tentent de saisir en vain cet éphémère moment, espérant garder encore longtemps en mémoire ce songe éveillé… Si on peut reprocher l’aspect trop linéaire du propos, on n’en est pas moins saisi par son authenticité et sa sincérité. Mêlant habillement candeur de jeune fille et fulgurance d’artiste accomplie, Carolyn Carlson signe un ballet hors du temps où chacun peut se fondre et laisser son imagination galoper … Fascinant !…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


Pneuma_5_Carolyn_Carlson_©Sigrid_ColomyEs_@loeildoliv

Pneuma de Carolyn Carlson
Théâtre national de Chaillot – salle Jean Vilar
1 place du Trocadéro
75116 Paris
jusqu’au 20 février 2016
mercredi, vendredi et samedi à 20h30
jeudi 19h30
durée 1h20

Chorégraphie de Carolyn Carlson assistée de Sara Orselli (avec la complicité des danseurs)
Musique de Gavin Bryars, Philip Jeck
Lumières et scénographie de Rémi Nicolas
Maître de ballet, responsable des répétitions Éric Quilleré
Maître de ballet Aurélia Schaefer
Décors, costumes et accessoires réalisés par les Ateliers de l’Opéra National de Bordeaux
Avec 22 danseurs du Ballet de l’Opéra National de Bordeaux
Direction Charles Jude
Production Opéra National de Bordeaux

Crédit photos © Sigrid Colomyès

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