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Lady Magma bouillonne-t-elle ?

Lady Magma, Oona Doherty © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon

Avec Lady Magma, la chorégraphe irlandaise Oona Doherty orchestre un rituel féministe et tantrique joliment interprété par ses cinq danseuses, mais qui sonne un peu creux.

Il faut d’abord passer une ouverture sans grande utilité, sinon celle de nous mettre dans un bain très new age. Il nous est demandé d’ouvrir grand nos chakras et de hurler au vent comme un loup. Soit. Le public n’a pas le temps de se prendre au jeu que nous partons pour une déambulation, alors qu’un air langoureusement rock commence à résonner dans les hauts-parleurs tout au long du chemin. Pile quand la nuit tombe.

Lady Magma, Oona Doherty © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Contorsions

Dans le cloître des morts, lieu sublime de la Chartreuse, de vieux tapis sont étendus au sol, et nous sommes invités à nous asseoir en trifrontal, sur des chaises ou par terre. La sensuelle guitare électrique fait des boucles, et cinq filles en robes de chambre se contorsionnent au sol, mains et pieds crispés assortis de râles, comme dans un intense coït internalisé. On a l’impression d’être replongés dans l’univers de sorcières du Suspiria de Guadagnino que chorégraphiait Damien Jalet en 2018, où la danse trouvait son revers dans des contorsions magiques (tiens, deux des interprètes de Doherty apparaissent au générique du film). Ici, les filles se possèdent elles-mêmes, dans tous les sens du terme : dans l’acception surnaturelle, mais également dans une logique de réappropriation d’une part féminine de monstruosité.

Intelligemment mis en espace, ce rituel est celui d’une communion avec l’autre passant par l’intérieur de soi, et plus particulièrement en allant chercher du côté du bassin. Ce délire hippie tantrique est traversé par de belles intentions chorégraphiques, par exemple dans le surgissement d’ensembles chorégraphiés au milieu de séquences improvisées beaucoup plus instinctives.

Lady Magma, Oona Doherty © Christophe Raynaud de Lage/Festival d'Avignon
Chimère

L’œuvre séduit dans sa capacité à créer son ambiance, sous la chaleur nocturne, devant les lumières roses qui s’échappent des arches du cloître. Le trip seventies est assez séduisant, et le contraste entre cette douceur langoureuse et les figures monstrueuses des danseuses, les visages barrés par des grimaces au-delà du plaisir et de la douleur, crée un tableau envoûtant. Les cinq interprètes, telluriennes, sont capables de merveilles dans cet abandon bauschien, tout en muscles, cris et coups. L’ensemble mérite les applaudissements, et on retiendra en particulier les magnifiques solos de Solene Weinachter et Aoife McAtamney.

Malheureusement, la pièce pâtit d’une construction bancale, et, surtout, d’une forme de superficialité. Intellectuellement plus que dans les sensations, cet hybride de performance artistique et de rituel bien-être laisse le public à l’écart. Même les visions d’union féminine, si elles découlent joliment de l’épreuve à laquelle sont mis les corps, tourneront pour beaucoup en circuit clos. Au-delà du folklore, Lady Magma reste une utopie, une chimère. C’est joli si l’on ferme les yeux sur ses écueils.

Samuel Gleyze-Esteban – Envoyé spécial à Avignon

Lady Magma
Festival d’Avignon
Chartreuse de Villeneuve lez Avignon
58 rue de la République
30400 Villeneuve lez Avignon

Chorégraphie, texte et scénographie Oona Doherty
Musique David Holmes
Lumière Lisa Marie Barry
Avec Olivia Ancona, Aoife MacAtamney, Stephanie McMann, Keren Rosenberg, Louise Tanoto, Solene Weinachter

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon

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