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Renaissance tout feu tout flamme d’une cinquantenaire en perdition

Adapter une énième fois Shirley Valentine de Willy Russel, pièce de boulevard auréolée de nombreux prix, est un défi difficile qu’ont relevé Catherine Marcangeli et Marie-Pascale Osterrieth. Loin de révolutionner le genre, elle ont misé sur un atout charme de taille : la présence lumineuse de Valérie Mairesse. Par sa pétulance, sa sensibilité et sa générosité, elle éclaire ce « seule en scène » introspectif d’une aura étonnamment humaine et réjouissante… Séduit !…

Dans la cuisine très « eighties » d’un appartement stéphanois, Solange Darru (lumineuse et pétillante Valérie Mairesse), femme de service de son état et ménagère de plus de cinquante ans, prépare le dîner. En attendant le retour de son ouvrier de mari, un brin macho, elle dialogue avec son mur. Enfermée dans une vie banale et ordinaire, il est le seul « être » qui écoute ses doléances, ses envies, ses angoisses, ses petites aventures du quotidien et ses attentes.

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Le regard vide, les gestes automatiques, machinaux, Solange semble s’être éteinte. La vie de couple, la vie de famille, les enfants casés, un mari qui ne parle que par grognements et monosyllabes, l’ont usée. Pourtant, derrière ce tablier informe se cache une femme humaine, volubile, bavarde et prolixe. Prête à sacrifier son repas et celui de son époux pour un chien, elle a pourtant perdu le goût de la vie au service des autres, emprisonnée dans un carcan de contraintes et de dépendances routinières. Son seul réconfort est ce moment intime, ce dialogue à sens unique avec ce mur qui l’écoute sans broncher.

Dans ce monde ni triste ni gai, Solange semble dépérir, jusqu’au jour où sa meilleure amie, Nicole, une féministe devenue intégriste après que son mari soit parti avec le facteur, l’invite à l’accompagner pour un séjour de 15 jours en Grèce. A nouveau, un sourire se dessine sur son visage fatigué. Les freins sont nombreux. Osera-t-elle laisser son Patrick tout seul, livré à lui-même ? Après moult hésitations et une rencontre impromptue avec une ancienne copine d’école primaire, sa décision est prise. En catimini, elle dit au revoir à Saint-Etienne. Un simple mot sur le frigidaire informe son époux qu’elle est partie en Grèce pour 15 jours.

Petit à petit, le soleil aidant, la ménagère de 50 ans va redonner vie à Solange Rossignol, la petite fille qu’elle était. La transformation est éclatante. Finie la déprime, cette femme simple assume enfin ses rêves et ses désirs jusqu’alors cachés, inassouvis. L’envie de plaire, de séduire, d’avoir du plaisir, d’être tout simplement libre refait surface… avec force et espoir.

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Ce rôle était fait pour Valérie Mairesse. La comédienne à la maturité éclatante prend un malin plaisir à incarner cette femme du peuple, cette ménagère authentique qui n’a jamais quitté le lieu de sa naissance. Si elle a le physique du rôle, elle a surtout la pétulance et la joie de vivre de cette femme qui renaît de ses cendres. Abordant sexualité, vie de couple, rapport aux hommes, sans tabou, elle compose une Solange Rossignol touchante et sympathique, une « madame-tout-le-monde » qu’on est heureux de rencontrer le temps d’une soirée.

Cette gentille introspection d’une cinquantenaire de la classe moyenne est la énième adaptation au théâtre de Shirley Valentine, pièce écrite en 1988 par Willy Russel et auréolée d’un bon succès public et de quelques prix. Si la mise en scène de Marie-Pascale Osterrieth, gentiment féministe mais somme tout classique, ne révolutionne pas le genre, elle a le mérite de mettre en lumière la générosité, la gentillesse et l’humanité des gens simples. C’est dans le propos salvateur – cette interdiction de céder à la fatalité, de refuser de s’endormir dans une existence éteinte-, que ce Boulevard fort banal séduit et charme, offrant une bien jolie partition à une comédienne rayonnante, lumineuse…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore


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Partie en Grèce de Willy Russel
Théâtre La Bruyère
5 Rue la Bruyère
75009 Paris
A partir du 16 septembre 2015
du mardi au samedi à 19h
Durée 1h15 environ

Une pièce de Willy Russell
Adaptée par Catherine Marcangeli et Marie Pascale Osterrieth
Mise en scène de Marie Pascale Osterrieth
Avec Valérie Mairesse
Décors : Pierre-François Limbosch
Costumes : Charlotte David
Musique Jacques Davidovici
Lumières Laurent Castaingt

crédit photos © Photo Lot

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