Michalik, un retour sur scène fracassant

C’est avec certaine impatience que l’on attendait la nouvelle création d’Alexis Michalik. Nos espoirs ont été comblés par cette très belle et émouvante « Histoire d’amour », qui vient d’éclore à la Scala Paris. Longue vie à l’artiste et à ses spectacles !

Alexis Michalik est incontestablement l’artiste qui aura marqué ce début du XXIe siècle, avec son Porteur d’histoires, Le cercle des illusionnistes, Intra-muros et Edmond. Mais il ne faudrait pas oublier ses premières créations La mégère à peu apprivoisée et Roméo & Juliette. Reconnaissons-le, car à chaque fois ses spectacles nous ont procurés beaucoup de plaisir et de joie, nous faisons parties des inconditionnelles. Et ils sont nombreux.

Michalik a son style. Il écrit bien et inscrit sa narration dans notre société. Son sujet de prédilection demeure la construction de l’être humain. Comment faire avec ce qui nous vient de l’enfance ? Comment se forger un présent avec ce que nos origines nous ont laissées comme trace ? Comment devient-on adulte ? Comment apprend-on à aimer ? Voire à s’aimer. Des thèmes que l’on retrouve dans son excellent roman Loin, paru à l’automne 2019 aux Éditions Albin Michel. Il a également son style en ce qui concerne la mise en scène. Plateau dénudé, dans lequel viennent, voire surgissent, les éléments du décor, poussés par les acteurs, dans un mouvement vif, des séquences traitées comme des plans de cinéma. Une direction d’acteurs au cordeau, où le corps des comédiens devient souvent langage.

Le spectacle débute par la chanson d’Aznavour, « Et pourtant ». Dont le premier couplet dit « sans un remords, sans un regret, je partirai ». Car il va être surtout question de cela, du départ et de ce que doivent faire ceux qui restent. Car cette « Histoire d’amour » s’appuie sur l’abandon, celle de l’enfance, celle du grand amour. Katia et Justine se sont aimées. Justine a quitté Katia alors qu’elle attendait un enfant. Katia a élevé seule Jeanne. Katia va mourir et demander à son frère William de se charger de sa fille qu’il connaît à peine. William qui n’est capable de rien après la perte de sa femme. Alors une histoire d’amour va naître entre l’oncle et la nièce, cet amour qui nous nourrit, celui d’un parent pour sa progéniture. L’histoire peut paraître un peu mélo, et cela l’est par moment. Mais au-delà de l’histoire, Michalik s’intéresse avant tout aux sentiments qui traversent les personnages. Les yeux nous piquent souvent et surtout à la fin. C’est magnifique.

Michalik aime s’entourer d’une équipe de choc, pour alimenter son univers. On retrouve au décor Juliette Azzopardi, aux costumes Marion Rebmann, aux lumières Arnaud Jung, aux vidéos Mathias Delfau, au son Pierre-Antoine Durand et cette fois-ci, il y a une chorégraphe, Fauve Hautot. Hormis les toilettes qui ne servent à rien, mais ça, c’est pour faire la fine bouche, visuellement le spectacle est admirable.

Quel plaisir de retrouver Alexis Michalik en comédien. Il donne au personnage de William tant de charme. On éprouve énormément de tendresse pour ses fêlures. Juliette Delacroix apporte au personnage de Katia, une sincérité désarmante. Ce n’est pas un rôle facile, car la jeune femme n’est faite que de failles. Marie-Camille Soyer est d’une grande justesse dans celui de Justine, celle qui a aimé une femme et a eu peur de cet amour trop grand, trop beau. Le soir de notre venue, c’est Violette Guillon qui incarnait la petite Jeanne, enfant précoce et pertinente. La gamine a, devant elle, un bel avenir. Émue, à la fin du spectacle qui est de toute beauté, la salle s’est levée d’un bond dans une ovation des plus méritée. Bravo !

Marie-Céline Nivière


Une histoire d’amour d’Alexis Michalik
La Scala Paris
13, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Jusqu’au 28 mars 2020
Du mardi au samedi 21h00 et le dimanche à 15h00
Durée 1h25


Mise en scène d’Alexis Michalik assisté d’Ysmahane Yaqini et de Clémentine Aussourd
avec Pauline Bression, Juliette Delacroix, Alexis Michalik, Marie-Camille Soyer, et en alternance Lior Chabbat, Violette Guillon et Amélia Lacquemant
décor de Juliette Azzopardi
costumes de Marion Rebmann
assistée de Violaine de Maupeou
lumières Arnaud Jung
vidéo de Mathias Delfau
son de Pierre-Antoine Durand
chorégraphie de Fauve Hautot
perruques de Julie Poulain
régie plateau de Laurent Machefert assisté de Paul Clément-Larosière

Crédit photos © François Fontan

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