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, le poème tragico-burlesque en noir et blanc de Baro d’Evel  

Ici, la couleur n’a pas droit de cité. Uniquement, des costumes noirs et des murs blancs viennent s’harmoniser avec le magnifique ramage du corbeau pie, Gus, muse et héros de cette étonnante et gauche complainte. Mixant les styles allant du cirque à la pantomime en passant par le burlesque,  de Baro d’Evel invite à un voyage onirique, nostalgique, hommage aérien au film de Chaplin.

La scène est toute blanche, fraîchement peinte. Les coups de pinceau sont encore visibles. Un bruit tonitruant, grondant, résonne dans l’espace vide, comme si un marteau frappait un des murs. Côté cour, la cloison vibre, se déchire en son bas, laissant apparaître des chaussures, puis des jambes. Lentement, se dandinant, rampant au sol un homme hirsute apparaît. Costume noir, maculé de peinture, silhouette dégingandée, Blaï Mateu Trias traîne derrière lui un micro dont le frottement contre le sol fait une étrange musique. Emprunté, maladroit, il tente tant bien que mal d’imposer sa présence. Chaque geste, chaque grimace, chaque onomatopée prononcée déclenchent des salves de rires.

La_baro d evel_c_©FrancoisPasserini_3-1_@loeildoliv

Gus, le corbeau pie, compagnon du duo d’artistes, interloqué par ce qui se passe sur scène, vient faire un tour. Curieux, surpris, il vient perturber le peu d’assurance, d’équilibre, du grand homme timide, lui arrache ses papiers, les déchire avant de disparaître. Puis c’est au tour de Camille Decourtye, second membre du Baro d’Evel, de faire son entrée fracassante. Traversant le mur, elle apparaît, telle une magicienne, une passe-muraille. Entre les deux artistes, les rapports sont empreints de tendresse, de maladresse. Fait de running gags, de pantomimes, de singeries burlesques, leur romance s’éveille sous le regard amusé du volatile.

Ovni théâtral, séduit par son incongruité, ses chants opératiques, ses vocalises décalées. Jouant sur les jeux de lumière, sur le contraste graphique du noir et blanc, le duo Baro d’Evel invite à une ballade onirique, nostalgique entre passé et présent. Refusant les modes, il esquisse un monde hors du temps et de l’espace, un univers qui n’a rien à envier à Buster Keaton ou à Charlie Chaplin. Empruntant un graphisme qui n’aurait pas déplu à Basquiat, il entraîne le public conquis dans une ronde en noir et blanc, à contretemps.

La_baro d evel _c_©FrancoisPasserini_1-1_@loeildoliv

Bien sûr le spectacle tragique autant que cocasse manque d’une dramaturgie plus affirmée et mériterait d’être resserré çà et là, mais son onirisme suranné enchante et envoûte. Un pas de deux, de trois touchant et singulier !

Par Olivier Fregaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier


Là de Baro d’Evel
Festival de Montpellier Danse 2018
Théâtre de la vignette
Avenue du Val de Montferrand
34199 Montpellier
les 28 & 29 juin 2018
Durée 1h15

Auteurs et artistes interprètes : Camille Decourtye, Blaï MateuTrias et le corbeau pie Gus
Collaborateurs à la mise en scène : Maria Muñoz, Pep Ramis – Cie Mal Pelo
Collaboratrice à la dramaturgie : Barbara Métais-Chastanier
Scénographie : Lluc Castells assisté de Mercè Lucchetti
Collobaration musicale et création sonore : Fanny Thollot
Création lumières : Adèle Grépinet
Création costumes : Céline Sathal
Musique enregistrée : Joel Bardolet (arrangements des cordes), Jaume Guri, Masha Titova, Ileana Waldenmayer, Melda Umur
Construction : Jaume Grau et Pere Camp
Régie générale : Cyril Monteil
Régie plateau : Flavien Renaudon
Régie son : Brice Marin
Production – diffusion : Laurent Ballay, Marie Bataillon

Crédit photos ©François Passerini

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