Orlando, le making of

A l’Odéon-théâtre de l’Europe, l’anglaise Katie Mitchell s’empare du roman transgenre de Virginia Woolf et signe un spectacle trop narratif, trop cinématographique, qui manque cruellement de théâtralité. Galopant d’un tableau à l’autre comme des diables, les comédiens de la Shaubühne ne déméritent pas mais n’arrivent pas donner chair à ce conte fantastique, à cette lettre d’amour.

Fidèle à sa patte, à sa griffe, Katie Mitchell invite les spectateurs de l’Odéon à plonger dans les coulisses de quelques tournages cinématographiques. Un écran géant surplombe une scène où des murs amovibles cloisonnent l’espace de jeu, des fils électriques courent partout sur le sol, une fourmilière de techniciens s’agite dans tous les sens avec une précision d’horloger. En hauteur, côté cour, une cabine insonorisée a été installée pour permettre à une une comédienne-lectrice de conter l’histoire fascinante, fantasmagorique d’Orlando

Jeune noble bien en cour, beau garçon « so british », Orlando séduit les femmes, les hommes, sans se soucier du genre, du sexe. Même la reine Elizabeth Ier succombe à ses charmes. Insouciant, sans attache, ne vivant que pour le plaisir, il refuse de se marier, enchaîne les conquêtes, quitte à créer quelques jalousies. Peu importe, plaisir charnel et désir sensuel sont ses seuls maîtres. D’un règne à l’autre, il traverse le temps sans que celui-ci marque son emprise sur son corps. Éternellement jeune, l’amour le rattrape. Une princesse russe ravit son cœur avant de l’abandonner à son triste sort. 

Accablé, Orlando s’endort. Une semaine plus tard, il se réveille femme. Libre, séductrice, son âme est la même toujours avide de sexe, de luxure et de poésie. Elle vibre, mène une existence fort dissolue. Héroïne transgenre, elle ne s’embarrasse d’aucune règle, d’aucune contrainte. Côtoyant écrivains, politiques, riches nobles, elle passe d’un siècle à l’autre. Elle vibre pour une rime, s’émeut d’un sonnet, se laisse porter par la beauté des mots. 

S’inspirant de son amante, la poétesse Vita Sackville-West, qui aimait se vêtir en homme, Virginia Woolf narre l’histoire d’un être androgyne fait de chair, de sang. Elle esquisse le portrait de cette créature fascinante, envoûtante qui vécut quatre siècles et croque la société anglaise dans toute sa complexité. Féministe, elle fait une analyse fine du rapport entre les sexes et dénonce le patriarcat qui domine le monde occidental. 

Il n’en fallait pas plus pour que la metteuse en scène anglaise engagée Katie Mitchell s’attèle à l’adapter au plateau. Reprenant le même principe que pour ses deux derniers opus, visibles à Paris en janvier 2018, Schatten (Eurydike sagt) d’Elfriede Jelinek et La maladie de la mort, d’après le récit de Marguerite Duras, elle déroule sur grand écran la vie d’Orlando omettant toute théâtralité. Plus narratif que romanesque, le spectacle en allemand sous-titré ne prend pas. L’ennui gagne et ce malgré la virtuosité des techniciens, des cameramen, des comédiens de la Schaubühne. Rien n’y fait, trop linéaire, sans surprise, le récit s’étale deux heures durant. Quel Dommage !

Olivier Fregaville-Gratian d’Amore


Orlando de Virginia Woolf
Odéon – Théâtre de l’Europe
Place de l’Odéon 
75006 Paris
Jusqu’au 29 septembre 2019
du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 15h
durée 1h50 environ


mise en scène de Katie Mitchell
adaptation d’Alice Birch
avec Ilknur Bahadir, Philip Dechamps, Cathlen Gawlich, Carolin Haupt, Jenny König, Alessa Llinares, Isabelle Redfern, Konrad Singer et Stefan Kessissoglou, Nadja Krüger, Sebastian Pircher


collaboration artistique d’Lily McLeish
scénographie d’Alex Eales
costumes de Sussie Juhlin-Wahlen
conception visuelle de Grant Gee
vidéo d’Ingi Bekk
collaboration à la vidéo Ellie Thompson
son de Melanie Wilson
lumière de Anthony Doran
dramaturgie de Nils Haarmann 

crédit photos © Stephen cummiskey

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