"Sea of silence" de Tamara Cubas © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage
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« Sea of silence » de Tamara Cubas : l’exil comme destin commun

Au Festival d'Avignon, la metteuse en scène uruguayenne, incontournable en Amérique latine, fait résonner les récits d'exil de sept femmes dans un geste performatif qui échoue à convaincre entièrement.

Nigérienne, indonésienne, brésilienne, égyptienne, uruguayenne, chilienne, ces sept femmes représentent ensemble un globe traversé de conflits, de catastrophes et de violences qui sont autant de motifs d’exil. Au-dessus de la scène flotte une racine nue, symbole de ce dont il est question ici : le déracinement, soit un déplacement par rapport à son endroit d’origine et d’une inadéquation avec le sol que l’on foule. Par terre, une sorte de désert salin, espère de no man’s land n’évoquant rien d’autre que l’absence d’attaches : on ne saurait s’enraciner dans une mer de sel.

"Sea of silence" de Tamara Cubas © Christophe Raynaud de Lage
© Christophe Raynaud de Lage

Ces sept femmes puissantes, Tamara Cubas, figure incontournable du spectacle vivant en Uruguay et au-delà, les a rencontrées dans leurs villes d’exil, sur une période de travail de quatre ans. Sur scène, elles errent comme des âmes en peine ou comme des guerrières, parfois seules et parfois en groupe dans des mouvements chorégraphiés. Mais elles ouvrent d’abord la pièce de leurs lamentations entremêlées, comme pour annoncer qu’elles sont là pour porter haut leur plainte, même si celle-ci devient le prétexte d’une parole plus revendicatrice, batailleuse. Chacune porte la mémoire d’un parcours de migration dont les langues superposées (edo, mapuche, arabe, etc.), ainsi que des parures arrachées à la terre blanche, se font les indices — on n’en saura pas beaucoup plus.

Les témoignages d’exil et de migrations qui nourrissent la pièce, l’artiste n’entend pas les rendre dans leur texture brute, mais les polir en une forme plus abstraite, mêlant le poème au chant et à la danse. Le relief de l’anecdote gommé de toutes ces expériences, celles-ci sont amenées à résonner sur un même plan, décrivant un élan de vie commun à tous ces destins personnels.

À l’arrivée, le spectacle semble tiraillé, justement, entre ces deux tendances : d’un côté, un geste performatif, non-discursif, qui ne parvient pas tout à fait à formuler un sens propre ; de l’autre, une parole dont les accents de manifeste apparaissent parfois convenus et qui en dit finalement peu, hormis quelques passages intéressants — les plus spécifiques, par exemple sur la culpabilité coloniale d’une Blanche d’Uruguay. Paradoxalement, cette mise en scène consacrée à l’émancipation féminine aurait pu laisser un peu plus de place aux singularités de ces sept femmes que les voyages forcés auront miraculeusement fait atterrir sur nos scènes.


Sea of silence de Tamara Cubas
Festival d’Avignon
Théâtre Benoît-XII
12 rue des Teinturiers, 84000 Avignon

Du 4 au 9 juillet 2024
Durée 1h

Tournée
16 et 17 août 2024 à l’International Festival Berlin Tanz im August (Allemagne)
21 au 23 août 2024 au Zürcher Theater Spektakel (Zurich, Suisse)
Janvier 2025 à la Fundación Teatro a Mil 2024 (Santiago, Chili)
Février 2025 à Montevideo (Uruguay)

Conception, mise en scène et scénographie de Tamara Cubas 
Avec Noelia Coñuenao, Karen Daneida, Dani Mara, Ocheipeter Marie, Hadeer Moustafa, Sekar Tri Kusuma, Alejandra Wolff
Collaboration artistique Gabriel Calderón, Vachi Gutiérrez
Assistanat à la mise en scène – Alicia Laguna 
Son de Francisco Lapetina
Lumière d’Ivana Dominguez
Costumes de Brian Ojeda
Collaboration aux costumes – Agustín Petronio
Recherche visuelle – Verónica Cordeiro  
Distribution FITAM, Fundación Teatro a Mil (Santiago)
Traduction pour le surtitrage Joana Frazão

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