Les 50 ans de l'Essaïon - Les directeurs successifs © DR
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L’Essaïon fête ses 50 ans

Niché au cœur du Marais, rue Pierre au Lard, ce lieu porteur d’histoire est devenu en 1974 un théâtre. Sous les voûtes de ces caves médiévales de l’ancien hôtel de Berlize, un demi-siècle de l’histoire du théâtre y a été écrit.

Depuis cinquante ans, l’Essaïon, c’est plus de 10 000 artistes, 75 000 représentations et deux millions et demi de spectateurs. « Un petit théâtre, vous dites ? », blague Michel Laliberté, l’actuel codirecteur, pour lancer les festivités. A 14h, une conférence joyeusement menée par tous ceux qui ont dirigé le lieu lance les festivités. Le premier à prendre la parole est l’un de ses fondateurs, le grand metteur en scène Régis Santon, qui dirigea par la suite le théâtre Silvia Monfort de 1991 à 2009. Comme beaucoup de ces camarades de l’époque, le jeune artiste cherche un lieu pour pouvoir « faire du théâtre ». Pour cette jeunesse de l’après-68 qui avait besoin de s’exprimer, les salles qu’il manquait, ils se les sont bâties.

José Valverde - Essaïon

C’est ainsi qu’à la même période naissent le Lucernaire et le Café de la Gare, situé également dans les parties de l’Hôtel de Berlize. Vendu en plusieurs parties au XIXe siècle, le lieu historique de l’Essaïon avait abrité un relais de poste, une auberge à l’enseigne prestigieuse, L’Aigle d’or, puis un garage. Micheline Carrance et Monique Brami, qui ont hérité le bâtiment de leur père, décident d’en faire un lieu de vie et de culture. Les deux sœurs rencontrent Régis Santon et lui proposent de lui louer les caves des écuries. Tout est à réaménager ! Régis et Marie-France Santon, associés à Patrick Busignies, Alexis Danavaras et Françoise Darne, vont retrousser leurs manches et entreprendre les travaux.

« Sans nous, vous ne seriez pas là ! » ironise Régis Santon, évoquant l’immensité de la tâche qui a transformé ces jeunes artistes en maçons et déblayeurs. « On avait des amis et on a en a perdu beaucoup : ils n’en pouvaient plus ! » Puis il y eut les combats pour que la fameuse commission de sécurité donne son accord. Le 12 juin 1974, L’Essaïon ouvre ses portes. Le fondateur le nomme ainsi en clin d’œil au titre d’un de ses premiers spectacles, Essaïon de théâtre élitoire, un mot qu’il a inventé, et qui inscrit l’idée de faire un théâtre éclectique.

Deux pièces sont à l’affiche. La première est Phèdre de Racine. Santon rappelle qu’à l’époque, où il y avait peu de lieux, la critique, et pas des moindres, venait. Un grand article dans un grand quotidien et la salle se remplissait. Ce fut le cas. L’autre pièce, Comment harponner le requin, est une création d’un jeune auteur contemporain, Victor Haïm. Avec sa bonne humeur et son sourire, le dramaturge souligne qu’il a été l’auteur de toutes les directions !

Il savait que José Valerde cherchait un lieu à la dimension de son désir de monter des pièces d’auteurs vivants. « J’étais un auteur vivant, cela tombait bien, et je lui ai dit que Santon cherchait à vendre. » C’est ainsi qu’en 1978, le théâtre change de direction avec celui qui avait été à la tête du TGP de 1966 à 1975. Il ouvre sa programmation, qui, jusqu’à son départ en 2003, fut exemplaire, par Abraham et Samuel de Victor Haïm. La création contemporaine avait son lieu. Décédé en 2021, Valverde n’est plus parmi nous, mais sa photo trône sur la scène. Alida Latessa, qui l’a accompagné à partir de 1987, est là pour nous rappeler cette période foisonnante. « Nous avons fait 190 créations, quelques reprises et 500 lectures publiques… Nous avons accueilli pour la première fois des textes de Yasmina Reza, Olivier Py, Amélie Nothomb, Yvan Calbérac… Celui qui a été le plus joué a été Jean Bois et bien sûr Victor Haïm ! »

Le rossignol à langue pourrie - Jehan-Rictus - Agathe Quelquejay © Laurent Schneegans
© Laurent Schneegans

En 2003, José Valverde jette l’éponge. La société change et le monde du théâtre aussi. Marie Fabry désire trouver un lieu à l’image de ses rêves. Christian Le Guillochet du Lucernaire et Louise Doutreligne lui parlent de l’Essaïon. De 2003 à 2005, dans l’idée de faire renaître la belle époque des cabarets de la Rive Gauche, elle en fait un lieu musical, où tours de chant et spectacles se succèdent. Il y a quand même du théâtre avec, bien évidemment, un Victor Haïm, La femme qui frappe par Josiane Pinson.

À son tour, elle doit passer la main. Marie-José Thyan, Cécile Moatti et Michel Laliberté, qui co-dirigeaient l’Aktéon et qui cherchaient une salle plus grande. Bruno Perroud leur parle de l’Essaïon. Depuis, ils ont « repris fièrement le flambeau de ce théâtre » et continuent à perpétuer cet esprit de création.

Nous prenons la sortie de secours de la grande salle, qui aurait dû être initialement l’entrée du théâtre, pour accéder à la cour de l’hôtel de Berlize, qui aujourd’hui donne sur le Centre du Marais et le Café de la Gare. Les artistes qui se sont produits sur les planches de l’Essaïon arrivent en nombre pour boire le verre de l’amitié. Dans la salle cabaret, Laurent Viel, Xavier Vilsek, Alain Bernard, Caroline Montier, Annick Cisaruk et David Venitucci jouent et chantent des extraits de leurs spectacles. La journée se termine, dans la grande salle, par un magnifique spectacle autour des textes de Jehan Rictus, Rossignol à la langue pourrie, avec Agathe Quelquejay, mis en scène par Guy-Pierre Couleau. Il est temps de souffler les bougies et de ce lieu qui n’a eu de cesse de défendre la création et de donner la possibilité à des artistes d’exprimer leur art.


Essaïon théâtre
6 rue Pierre au lard
75004 Paris.

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