Le doux vent de folie d’Isabelle Lafon 

Je pars sans toi d’Isabelle Lafon et Johanna Korthals Altes Crédit photos © Laurent Schneegans

À la Colline, dans la petite salle, la comédienne, autrice et metteuse en scène, poursuit son artisanat théâtral. Avec la complicité de Johanna Korthals Altes, fidèle entre les fidèles, elle se glisse avec une sensibilité extrême et respectueuse dans les mots, les vies de femmes, d’enfants différents, revisite la psychiatrie du XIXe siècle à l’aune de ceux qui ont voulu en révolutionner les fondamentaux, appréhender autrement la folie et ses multiples composantes. Une porte blanche posée là, au milieu de nulle part, un tabouret, et l’imaginaire des comédiennes et du public s’envole… 

L’enfance tout d’abord, ce papou tant aimé, leur manière d’appréhender les autres, puis cette galerie de personnages, de sensations, qui, un temps, investissent le plateau. Il y a mademoiselle M., cette femme élégante à la plume courant sur tous les supports, qui entend des voix et qui n’a presque pas eu le temps de faire une petite valise, avant d’être amenée dans un asile, Madame Babatte, cette couturière marié de force, follement amoureuse d’un prêtre, et qui ne recule devant rien, ni sacrifice, ni scandale, pour être à ses genoux, pour enfin toucher son fruit défendu, la petite Madeleine qui, croisée au bois de Vincennes, voit le monde autrement, à travers le prisme de son incapacité à croire en la méchanceté, et en la bêtise de l’être humain, ou François Tosquelles, ce psychiatre espagnol qui a toujours cru que l’enfermement n’était pas la solution. 

Traversant ces vies contrariées, en se les appropriant, Isabelle Lafon et Johanna Korthals Altes, deux artistes intenses,se font tour à tour hésitantes, habitées, fatales, enfantines. Elles sont toutes ces personnes, ces folles, ces aliénées, ces douces heureuses qui ont vécu mille vies, ont raconté avec leurs mots leur histoire, ont donné mille couleurs à leur existence morose.

Encore une fois, Isabelle Lafon nous attrape, nous saisit, nous entraîne avec une grâce infinie vers d’autres horizons. Humaine, irradiante, lumineuse, elle tutoie ces anges fracassés, leur donne sensiblement la parole. C’est tout simplement sublime. Un moment de grâce rare, unique, un intermède d’une rare délicatesse, une bulle ouatée dans notre quotidien de plus en plus brutal et agressif !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Je pars sans toi d’Isabelle Lafon et Johanna Korthals Altes
Petit théâtre
La Colline – Théâtre national 
1 rue Malte-Brun
75020 Paris 
du 17 janvier au 12 février 2023
Durée 1h10 environ

conception et mise en scène d’Isabelle Lafon
texte inspiré des œuvres du psychiatre Gaëtan de Clérambault et des écrits de Fernand Deligny
avec Johanna Korthals Altes & Isabelle Lafon
lumières de Laurent Schneegans
costumes d’Isabelle Flosi
assistanat à la mise en scène – Jézabel d’Alexis

Crédit photos © Laurent Schneegans

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