Jaques Sereys, l’adieu à un grand comédien

Jacques Sereys © J.Stey (Si Guitry m’était conté, Petit Montparnasse)

L’année 2023 démarre tristement, le 1er janvier Jacques Sereys, Sociétaire honoraire de la Comédie-Française à tirer sa révérence à l’âge de 94 ans. Avec sa diction irréprochable, son sens aigu du drame comme du comique, la maîtrise parfaite de son art, il était un de nos derniers monstres sacrés.

Il possédait une voix particulière, dont il savait moduler toutes les nuances, une élégance naturelle qu’il promenait à son aise sur les scènes de théâtre et à la télévision. C’était un Monsieur. Je garderais en mémoire, son regard facétieux et son large sourire, qu’il a toujours arboré dans la vie, mais encore plus ce jour de 2015, où le Brigadier d’honneur lui fut remis.

Jacques Sereys et Marie-France Boyer © DR (Comment ne pas épouser un milliardaire, feuilleton de Louis Velle et Frédérique Hébrard)

Le comédien était un habitué du poste de télévision, à l’époque de l’ORTF, lorsque le service public signifiait encore quelque chose. Il a participé régulièrement à l’émission Au Théâtre ce soir. Pour moi, il est définitivement le prétentieux et ridicule Archibald Canfield (Archie) du délicieux feuilleton, Comment ne pas épouser un milliardaire, de Louis Velle et Frédérique Hébrard. Il les retrouvera des années plus tard, pour être Tancrède de Foy, dans Le mari de l’Ambassadeur. Mais sa véritable raison d’être, était le théâtre, qu’il a servi avec un immense talent.

La Comédie-Française pour demeure

Le parcours de ce Marseillais d’origine est assez étonnant. Entré à la Comédie-Française en 1955, nommé sociétaire en 1959, il a appartenu à la grande époque où la troupe comportait dans ses membres, Louis Seigner, Pierre Dux, Jacques Charon, Robert Hirsch, Jean Piat, Georges Descrières, Jean-Paul Roussillon, Yvonne Gaudeau, Lise Delamare, Denise Gense, Claude Winter, Catherine Samie… Il y rencontre Philippine Pascal, nom de scène de Philippine de Rothschild, qui fut son épouse.

En 1965, il quitte le Français pour se promener sur les boulevards. On retiendra de cette période Nina d’André Roussin, pièce qui fut captée pour l’émission Au Théâtre ce soir. En 1977, il revient dans la maison de Molière, comme pensionnaire avant de retrouver sa place de sociétaire, trois ans plus tard.

Jacques Sereys © Laurencine Lot (« Moi »de Labiche mise en scène de Jean-Louis Benoit Comédie-Française, 1996)

En 1997, il quitte la Comédie-Française avec le titre honorifique de Sociétaire honoraire. Durant ces vingt années, le comédien nous a régalé à chacune de ses apparitions. Comment ne pas oublier sa prestation délirante de Muserolle, dans Doit-on le dire ? de Labiche, mis en scène par Jean-Laurent Cochet. Tout comme son exceptionnelle interprétation du pique-assiette Fernando dans La Trilogie de la villégiature de Goldoni, dans la cultissime mise en scène de Giorgio Strehler. Lorsqu’on est adolescente, cela marque l’esprit.

Une vie bien remplie après le Français

Son premier spectacle après son départ fut un classique, L’Avare, montée par l’iconoclaste Jérôme Savary, en 1999 à Chaillot. Il y fut un Harpagon très « de Funèsien ». Mes neveux se souviennent encore de l’excellence de son interprétation, plein de folie et de subtilité. En 2003, il est avec Georges Wilson et Maurice Chevit dans Le vent des peupliers de Gérald Sibleyras, mis en scène par Jean-Luc Tardieu. Ces trois grands acteurs nous avaient régalés par la finesse de leur jeu et leur irrésistible sens de l’humour.

Les seuls en scène

Le comédien s’est ensuite lancé dans la grande aventure des seuls en scène. Son auteur de prédilection était Marcel Proust. L’artiste savait si bien faire vivre cette belle langue et faire naître les images qui vont avec. Son travail remarquable fut récompensé par le Molière du Meilleur comédien, en 2006, pour son Du côté de chez Proust. Il y eu aussi Sous le soleil de Daudet, Cocteau-Marais et Si Guitry m’était conté. Avec malice, sans jamais tomber dans l’imitation, il incarnait magistralement le Maître. Le regarder jouer était un plaisir. On admirait avec gourmandise l’art d’un grand comédien. Alors, adieu Monsieur, merci pour tout ce que vous nous avez offert.

Marie-Céline Nivière

Crédits photos © J.Stey (Si Guitry m’était conté, Petit Montparnasse).
© DR (Comment ne pas épouser un milliardaire, feuilleton de Louis Velle et Frédérique Hébrard).
© Laurencine Lot (« Moi »de Labiche mise en scène de Jean-Louis Benoit, Comédie-Française, 1996).

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