Warmup, le rendez-vous montpelliérain des artistes émergents

ou peut-être une nuit de Mélissa Zehner © Maud Gripon

Depuis 2018, afin de soutenir de jeunes compagnies et leur permettre de présenter leur travail en cours, le Printemps des Comédiens organise un Warmup, moment de partage et de rencontre, initié par le metteur en scène Julien Bouffier. Cette année, Maxime Taffanel, Léna Paugam et Mélissa Zehner font partie des heureux élus. 

Lieu convivial par excellence, le festival montpelliérain est l’occasion rêvée pour les jeunes collectifs, les metteurs en scène et auteurs émergents de se faire connaître, de rencontrer des artistes plus aguerris, des programmateurs, des directeurs de salle ou des diffuseurs. Durant deux jours, dans différents lieux partenaires du Printemps des Comédiens, sept compagnies ont dévoilé leur projet en cours, à un public curieux, bienveillant autant qu’exigeant. Cette année, Warmup invite à aller encore un peu plus loin avec trois nouveaux dispositifs, une articulation avec un parcours Liban-Palestine initié par l’ONDA, une CARTographie de La Collaborative et un temps de rencontre avec l’AFDAS sur les enjeux de la formation continue. 

À volonté, la gourmandise gastro-artistique de Maxime Taffanel
Portrait Maxime Taffanel © Simon Gosselin

Après le très beau succès public et critique de Cent mètres papillon, le jeune artiste, passé en 2012 par l’Académie de la Comédie-Française, trace sa route. Amoureux des buffets, de la bonne bouffe, à la manière des épicuriens, Maxime Taffanel s’amuse avec mordant et générosité des petits travers des pique-assiettes, des élus à la culture plus intéressés par leur propre gloriole que par leur mission, des affamés, des gourmands, des gourmets. En étant encore au tout début de son processus créatif, l’auteur, comédien et metteur en scène, a imaginé pour cette maquette un précipité kaléidoscopique très prometteur. Parfaitement à l’aise sur la scène, il embarque, avec un bel appétit, ses trois comédiennes et le public, vers des contrées détonantes autant qu’hilarantes. Cette première mise en bouche fait saliver les papilles et donne l’envie d’en voir plus. 

Ou peut-être une nuit, la plongée en apnée de Mélissa Zehner 

Au théâtre des 13 vents, c’est une tout autre ambiance, qui attend les festivaliers. Alors que la chaleur est de plus en plus harassante, nombreux spectateurs ont fait le déplacement pour soutenir la jeune garde du théâtre français. De la salle de répétition, des notes pop s’échappent, celle du fameux hit de Britney Spears, Baby one more time. Sur le plateau, les cinq comédiennes s’en donnent à cœur joie. Elles dansent à corps perdu, chantent à tue-tête. C’est l’arbre qui cache la forêt. Derrière les paillettes, c’est une autre réalité qui voit le jour, celle de l’inceste. Dégingandée, un peu gauche, Mélissa Zehner donne le ton. Loin de tout pathos, elle tisse à partir de portraits de jeunes femmes, de témoignages, de rencontres, un récit multiple, décalé pour en finir avec la victimisation, l’impunité des bourreaux et pour qu’enfin la justice réparatrice suive son cours. Encore en devenir, le spectacle questionne préjugés et consciences?  et témoigne d’un fait de société que ne doit plus être tu.

Pour un temps sois peu, journal intime et rageux d’une femme trans
Pour un temps sois peu_Crédit photo © Kevin Lebrun

Les premiers mots rompent le silence. Ils sont familiers. C’est ceux de Laurène Marx, autrice trans découverte à la Mousson d’été l’an passé. Ils frappent, cognent, percutent. Ils font état de sa fureur trop longtemps retenue, de la rage qui grandit au plus profond de ce corps dont elle ne veut plus. Style direct, tranchant, la plume de l’autrice fascine, attrape, saisit, retourne. En s’emparant de ce manifeste à l’acide, cette confession intime brulante, ardente, Lena Paugam tente un autre regard plus émotif, plus touchant peut-être, une autre approche plus douce, moins rentre-dedans quitte par moment à perdre un peu de l’intensité, la causticité du propos. Ne présentant ici, qu’une infime partie de l’œuvre, on imagine bien que l’ensemble est plus prégnant, plus troublant. Portée par Hélène Rencurel, la prose de Lauréne Marx se fait main de fer dans gant de velours. Autrement singulière, puissante, elle livre son féroce désir de vivre, de liberté. Préparant la version intégrale qui sera donnée sur un parking face au Théâtre du fil de l’eau à Pantin dans le cadre du Festival Paris l’Été, les 19 et 20 juillet prochain, la metteuse en scène invite à une plongée presque apnéique dans un parcours de vie, un combat de tous les jour pour être soi.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier

Warmup – Printemps des Comédiens

À volonté de Maxime Taffanel
Avec Lucile Rose en remplacement d’Hugues Duchêne, Lou Martin-Fernet, Maxime Taffanel et Pauline Tricot
Dramaturgie et assistanat mise en scène – Lucile Rose
Création lumière – Pascal Noël
Création son – Maxence Vandevelde
Régie générale – Sébastien Marc
Création costumes – Elsa Bourdin

Ou peut-être une nuit de Mélissa Zehner
Avec Maud Gripon, Sara Charrier, Pénélope Avril, Malou Rivoallan et Mélissa Zehner
Œil complice – Clara Bonnet (Collectif Marthe) et Maurin Olles (Cie la Crapule)
 Son – Margaux Robin

Pour un temps sois peu de Laurène Marx
Mise en scène de Lena Paugam
Avec Hélène Rencurel
Mise en scène de Lena Paugam  
Création sonore d’Antoine Layère 
Création lumières de Johanna Tyrole 
Accompagnement chorégraphique – Bastien Lefèvre
Scénographie de Pierre Nouvel

Crédit photos © Maud Gripon, © Simon Gosselin et © Kevin Lebrun

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.