Noces de corail, l’écume des jours

Au Funambule Montmartre, Laure Loaëc nous propose, dans un style remarquable, de commémorer les Noces de Corail d’un couple confronté à l’épreuve de la maladie de leur fille. Mis en scène avec poésie, par Zakariya Gouram et Frédéric Thibault, interprété avec délicatesse, ce spectacle touche en plein cœur.

Lorsque la maladie paraît, le monde autour de soi rétrécit et fait se finir mal les histoires d’amour. Boris Vian a bien su mettre de la poésie sur ce sujet. La pièce de Laure Loaëc s’inscrit dans la lignée de L’écume des jours. Ici, c’est le corail qui envahit, se développe, dressant, devant deux êtres qui se sont aimés à la folie, une barrière contre laquelle leur bonheur se fracassera. On est saisi par la qualité de cette première œuvre qui aborde d’une écriture singulière l’histoire d’un couple devant faire face à la calcification osseuse dans le cerveau de leur petite fille. Cette maladie est comparée au corail, cet organisme vivant qui se distingue par sa beauté et sa solidité face à la mer déchaînée. Or ici, ce corail se transforme en menace pour la petite fille et finit par dresser une barrière entre ses parents, deux êtres qui se sont aimés à la folie.

Une construction étonnante

Noces de corail ©DR

De la salle, une jeune femme interpelle deux comédiens au bord du plateau, leur demandant d’improviser sur la rencontre entre deux inconnus, puis sur leur coup de foudre qui se terminera par une union et la naissance d’un enfant. La jeune femme monte finalement sur la scène et l’on comprend qu’elle n’est autre que leur petite fille. La vie est alors une joyeuse comédie. Si l’on est un peu dérouté au début, très vite on se laisse prendre au jeu. La petite fille se fait à la fois observatrice et narratrice. Sous son regard, on voit comment, en prenant de plus en plus de place, sa maladie resserre les liens entre ses parents, puis détruit leur relation, pour finir par les séparer.

Enchaînant les tableaux, dans lesquels se mélangent humour, poésie et fantaisie, l’auteur et les metteurs en scène, Zakariya Gouram et Frédéric Thibault, ont su éviter l’écueil du pathos pour aborder le sujet. C’est fascinant d’observer toute l’énergie qui est développée sur scène pour donner à la pièce un rythme soutenue, plein de vie. La mise en scène est parfaitement réglée sur ce fil fragile de la vie, fait de bonheurs  et de malheurs. Chez Vian la maison rétrécit au fur et à mesure que le nénuphar grandi, ici ce sont des ballons blancs qui apparaissent et finissent par envahir la scène.

Le tourbillon des sentiments

Noces de corail ©DR

Les comédiens portent le texte avec une grande sincérité de jeu. Il n’est jamais facile d’incarner une enfant sur scène. D’une grande sensibilité, Alice Berger est bouleversante dans le rôle d’Agathe, cette petite fille qui ne grandira pas. Les personnages des parents sont joués en alternance. Le soir de notre venue, ils étaient remarquablement interprétés par Amandine Deswasnes et Aymeric LecerfThomas Drelon représente finement, à travers plusieurs rôles, le corps médical, seul interlocuteur des parents qui se sont refermés sur eux-mêmes. Qui peut comprendre ce qu’elle traverse ? Ce spectacle chamboule, remue, émeut mais surtout enchante par ce qu’il nous dit de la vie.

Marie-Céline Nivière

Noces de corail de Laure Loäec
Funambule Montmartre
Jusqu’au 26 juin 2022
Du mercredi au samedi à 19h ou 21h, dimanche à 16h
Durée 1h

Mise en scène de Frédéric Thibault et Zakariya Gouram
assisté de Laure Loäec
Avec Alice Berger, Amandine Dewasmes ou Amandine Pudlo, Zakariya Gouram ou Thomas Drelon, Aymeric Lecerf, ou Yannik Mazzilli
Lumières de Bastien Gérard et Arthur Gauvin
Scénographie et costumes de Sarah Bazennerye

Photos © DR

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