L’avantage du doute, un collectif éco et logique

À force d’en demander Encore, plus, partout, tout le temps, l’humanité court à sa perte, c’est à partir de cet apostolat que le collectif L’avantage du doute a conçu son nouveau spectacle. Rire et intelligence font bon ménage sur le plateau du Théâtre de la Bastille.

L’Homme court à sa perte, on ne cesse de le dire et de le constater. L’Homme ! Pour une fois, nous les femmes nous n’allons pas nous plaindre que le masculin l’emporte sur le féminin. Le collectif L’avantage du doute, à qui l’on doit La légende de Bornéo ou le travail sur la scène, pose dans son nouveau spectacle la question de savoir s’il y a un lien entre la crise environnementale et la domination masculine ! Il tente d’y répondre à travers des tableaux qui nous renvoient en miroir, le reflet de notre société et de nos comportements. Que pouvons-nous faire, que devons-nous faire, nous qui sommes issus de ces générations qui ont grandi avec cette idée que le progrès est l’avenir et qui aujourd’hui se rendent compte qu’il tend à creuser notre perte. Comment vivre avec cette idée ?

Recyclage et nouveauté

Encore plus, partout, tout le temps ©Jean-Louis Fernandez

Personnellement, j’ai eu un peu de doute en rentrant dans la salle. Où ai-je mis les pieds ? Un des membres du collectif fait le Jacques dans la salle. Avec son micro, sa voix déformée, il met un joyeux bazar, harangue les spectateurs qui s’installent, les taquine à la manière de certains humoristes. C’est un peu long et pas toujours de bon goût, mais c’est voulu. Puis un comédien apparaît sur le plateau, devant une toile de fond représentant un sous-bois champêtre, un deuxième le rejoint. Ils sont vêtus de toges antiques. Ils expliquent que les décors comme les costumes sont de la récupération glanée un peu partout et qu’ils ont fait avec. Il faut être logique lorsque l’on veut protéger l’environnement, même si le nettoyage des toges à coûter en eau et détergent plus qu’il n’aurait fallu pour rester cohérent. Notre appréhension s’envole et l’on comprend que nous allons partir dans un voyage théâtral pas comme les autres.

Bienvenue à l’ère Anthropocène

Encore plus, partout, tout le temps ©Jean-Louis Fernandez

Construit sur une écriture collective où chacun à apporter sa pierre à l’édifice, le propos de la pièce a de la tenue et du sens. Les cinq acteurs-auteurs se sont inventé des sortes de double d’eux-mêmes. Le résultat fait que l’on touche l’humain dans sa réalité quotidienne, dans ses questionnements, ses contradictions, ses peurs et ses comportements. Du dîner entre amis qui dégénère, à l’apéro entre voisins chez des bobos néoruraux, au fils tuant son père pour le punir de lui laisser un monde pourri, ils abordent notre société actuelle. Ils exposent nos attitudes qui se veulent responsables et qui frisent le n’importe quoi ! Comme on l’aime ce bobo qui veut sauver la planète de tous les maux et qui est incapable de trouver le pot de moutarde sans l’aide de sa femme. Cet autre versant du spectacle, la réflexion sur la condition féminine, est loin de tomber comme un cheveu sur la soupe. C’est une réalité qui va de pair avec ce dérèglement général qui secoue notre monde.

La belle équipe

Tout comme leur décor, le spectacle peut paraître foutraque et décousu. Il n’en est rien et c’est ce qui fait son charme. C’est d’une drôlerie pertinente et d’une efficacité redoutable. On ne cesse d’être surpris par leurs propos et par les images qu’ils ont su faire naître, comme cet ours en perdition sur la banquise. Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas, Nadir Legrand et le nouveau venu Maxence Tual, échappé des Chiens de Navarre, nous ont régalés de leurs esprits créatifs. Alors oui, nous sommes sur une branche que l’on est en train de scier. Autant en rire avant d’en pleurer et agissons.

Marie-Céline Nivière

Encore plus, partout, tout le temps du Collectif L’avantage du doute
Théâtre de la Bastille
Du 9 au 27 mai 2022
Du Lun au samedi à 20h, relâche le 16 mai.
Durée 1h45.

Avec Mélanie Bestel, Judith Davis, Claire Dumas Nadir Legrand Maxence Tual.
Scénographie de Kristelle Paré.
Lumières de Mathilde Chamoux.
Son d’Isabelle Fuchs.
Costumes de Marta Rossi.
Accompagnement du travail vocal de Jean-Baptiste Veyret-Logerias.
Régie générale de Jérôme Perez-Lopez
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Photos © Jean-Louis Fernandez

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