Je m’appelle Momo, l’enchanteur

L’ensemble Jeux de quatre nous offre au Guichet Montparnasse une excellente version de La vie devant soi de Gary-Ajar ! Un bonheur !

Le roman de Romain Gary signé sous le nom d’Emile Ajar, La vie devant soi, se prête bien à la théâtralisation. On se souvient de la version de Xavier Jaillard, mise en scène par Didier Long, avec Myriam Boyer, une aussi magnifique Madame Rosa que le fut Simone Signoret dans la version cinématographique de Mizrahi. Cela fonctionne par la grâce du verbe de Gary, la puissance de ses phrases, son humour et son style. C’est un clown lyrique, un mangeur d’étoiles !

On ne peut vivre sans quelqu’un a aimer
Je m'appelle Momo - Ensemble Jeux de quatre © Néo Michaud

Elle est très émouvante, cette histoire d’amour filial entre Rosa, vieille dame juive, ancienne prostituée, et Momo, petit Arabe abandonné des siens. C’est son petit homme, il la protège. Car Madame Rosa a peur des Allemands, de ses fantômes et du cancer. Momo découvre la vie et dit au revoir à l’enfance. Dans cette version proposée par l’ensemble Jeux de quatre, Momo redevient, comme dans le livre, le narrateur. Les trois artistes, comédien et comédiennes, l’incarnent à tour de rôle, se passant le fil narratif. C’est une excellente idée. Casquette vissée sur la tête, chacun dans sa sensibilité donne beaucoup de vie à ce môme qui regarde, observe, s’interroge… Les autres personnages prennent parfois vie, surgissant comme des images, des apartés. L’adaptation du texte est intelligemment et même joliment réalisée. Il y a beaucoup de poésie dans la manière dont ces jeunes artistes se sont emparés du roman.

Le poète a toujours raison

L’autre bonne idée de ce spectacle est d’avoir adjoint aux mots de Gary, à travers le chant, ceux d’autres poètes. Cet entrelacement fonctionne très bien. Il y a La complainte des filles de joie de Brassens, Les cœurs tendres et Sur la place de Brel, Nuit et brouillard de Ferrat, Le p’tit bal perdu de Verlor et Nyel. Ces chansons se glissent admirablement dans le petit monde de Momo. Mais aussi celui de Debussy, Fauré, Verlaine, Arvo Pärt. Sans oublier les émouvants Jewish song et la prière Hashivenu qui clôturent le spectacle. D’autres musiques se glissent entre les mots, prenant le relais des sentiments non exprimés, comme des ritournelles qui tournent dans la caboche de cet enfant perdu qui se cherche. Cela donne une couleur et de belles émotions.

La fraîcheur de la jeunesse

La mise en scène de Cédric Bécu est de toute beauté. Un décor sobre et quelques accessoires font exister le petit appartement, la cave de Madame Rosa, la rue, le quartier où traîne Momo. Comme dans une ronde, celle de la vie, les trois artistes évoluent avec aisance et nous entraînent dans leur univers. Rémi Guirimand (guitare), Marie-Estelle Hassaneen (flûte) et Caroline Michel (quelle voix !) nous ont enchantés par leur jeu, tant dramatique que musical. Il se passe quelque chose dans ce spectacle qui lui donne une grande fraîcheur. C’est comme un gros câlin qui fait du bien à l’âme et au cœur.

Marie-Céline Nivière

Je m’appelle Momo, d’après La vie devant soi de Romain Gary (Emile Ajar).
Guichet Montparnasse.

15 rue du Maine 75014 Paris.
Du 20 mai au 26 juin 2022.
Vendredi, samedi à 19h, dimanche à 15h.
Durée 1h10.

Adaptation par l’Ensemble Jeux de quatre.
Mise en scène et lumières de Cédric Bécu.
Avec Rémi Guirimand, Marie-Estelle Hassaneen, Caroline Michel.

Photos © Noé Michaud.

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