Almanach sexennal d’Hugues Duchêne

Je m'en vais mais l'État demeure Hugues Duchêne © Simon Gosselin

Au Phenix de Valenciennes avant de se frotter au public parisien du théâtre 13, Hugues Duchêne présente en intégralité Je m’en vais l’État demeure, une expérience immersive, qui malheureusement se fracasse sur un dernier épisode problématique et malaisant. 

En 2016, après avoir fait ses armes à l’Académie de la Comédie-Française comme la plupart de ses camarades — Juliette DamyVanessa Bile-AudouardThéo Comby-LemaîtreMarianna GranciLaurent Robert et Robin Goupil en alternance avec Gabriel Tur, qui ont rejoint cette étonnante aventure —, Hugues Duchêne s’attèle à un travail monstre. Alors qu’il s’apprête à devenir tonton d’un petit garçon merveilleux, il retranscrit à la manière d’un feuilleton théâtral les six années de vie judico-socio-politique de ce charmant bambin aux yeux bleus et au visage d’angelot. De ce cadeau bienveillant et caustique, témoignage de tout ce dont l’enfant ne se souviendra pas, nous avions vu les premiers épisodes à Avignon en 2018. Le comédien, auteur et metteur en scène a joué durant tout ce temps les apprentis reporters, s’y est jeté à corps perdu, quitte à se brûler les ailes dans les arcanes du pouvoir.

Décryptage caustique de l’actu
Je m'en vais l'état demeure de Hughes Duchêne © Simon Gosselin

La forme est assez potache, pleine d’humour décalé et d’analyses mordantes. On se laisse vite séduire par une troupe complice et particulièrement virtuose. Les imitations d’Éric Ruf, de Jean Michel-Ribes, de Benjamin Griveaux ou de Gaspard Gantzer, lors des élections municipales parisiennes, sont des petits bijoux de finesse, de drôlerie. Tout pourrait rouler sans problème, si un certain systématisme ne venait pas, sur le long cours, quelque peu étirer le propos, lui faire perdre par moment un peu d’éclat à trop se resserrer sur le personnage principal. Mais bon, l’ambiance bon enfant, la satire amusante, que sert avec fougue Hugues Duchêne, charme et amuse. Les cinq premiers épisodes, qui racontent le quinquennat d’Emmanuel Macron, se laissent suivre sans déplaisir.

Un dernier épisode à haut risque

Tout se gâte quand, en voulant aborder l’année exécutive, le protagoniste s’immerge dans la campagne électorale en devenant plus ou moins le photographe officiel de Reconquête et en s’attachant à suivre Z dans ses déplacements, ses meetings, etc. Les minutes défilent, longues, et le malaise s’installe. Certainement à son corps défendant, Hugues Duchêne, plutôt de gauche comme il aime à le répéter, a pactisé avec le diable et se retrouve coincé dans une posture complaisante — photos avantageuses, entre autres —, difficilement admissible, à l’égard du candidat de l’extrême droite. Pris à son propre piège de pseudo-journaliste, l’artiste manque d’un cruel recul. Sans entrer dans les détails, le spectacle écrit au fil de l’eau devrait encore se transformer avant son exploitation parisienne. Imaginée par son auteur et concepteur comme une œuvre évolutive, la pièce a vocation à changer au fur et à mesure du temps et des réflexions. Pour l’heure, il y a quelque chose de pourri au royaume du Royal Velours. Laissons-lui le bénéfice du doute, et souhaitons que la muse Thalie insuffle à notre jeune dramaturge des vents plus éclairés, moins parcellaires.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Valenciennes

Je m’en vais mais l’État demeure -l’intègrale d’Hugues Duchêne
Festival iTAK
Le Phenix – Scène nationale de Valenciennes
Boulevard Harpignies
BP 39 – 59301 Valenciennes Cedex
Durée 8h entractes compris

Tournée
du 7 au 26 juin 2022 au Théâtre 13 / Glacière
103 A, boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris 
(métro ligne 6 : Glacière)

Episodes 1, 2, 3 les mardis et jeudis à 20h 
Episodes 4, 5, 6 les mercredis et vendredis à 20h 
INTEGRALE (6 épisodes) avec entracte les samedis et dimanches à 15h 

Écriture, conception et mise en scène d’Hugues Duchêne
Collaboration artistique de Gabriel Tur et Pierre Martin
Distribution : Juliette Damy, Vanessa Bile-Audouard, Théo Comby-Lemaître, Hugues Duchêne, Marianna Granci, Laurent Robert, Gabriel Tur/Robin Goupil

Crédit photos © Simon Gosselin

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