Les petites rapporteuses prennent le parti d’en rire

L’ORTF, il y a ceux qui l’ont connu et les autres ! C’est une datation carbone qui marque une époque, un style et surtout une télévision qui avait du sens. Enfin, presque ! Léonie Pingeot a puisé dans ce beau miroir aux alouettes un spectacle haut en couleur, déjanté, Les Petites rapporteuses, présenté au Lucernaire.

Ces Petites rapporteuses sont en réalité trois speakerines. Nous sommes à la fin des années 1960. Ces belles dames avaient l’honneur de présenter les programmes et même parfois de les animer. Nous sommes encore dans un monde machiste qui relègue la femme à un rôle de potiche. Donc, on ne leur donne pas des choses intéressantes à faire. Elles ont le droit de parler de cuisine ou de mener des jeux débiles comme le Schmilblick. Définition de ce mot, aussi compliqué à dire qu’à écrire : nom d’un objet rigoureusement intégral, qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. L’objectif du jeu est de trouver, sans aucun détail, quel est l’objet mystère.

Il faut voir du côté d’ailleurs

Les Petites rapporteuses de Léonie Pingeot ©Alexandro Janonato

Si Coluche avait remis en goût du jour ce fameux Schmilblick, il faut rappeler que son créateur n’était autre que Pierre Dac. Ce roi du Loufoque à qui l’on doit de magnifique tranche de rire. Léonie Pingeot lui rend un vibrant hommage. Ne vous attendez pas à entendre ses grands classiques. On retrouve le sens de l’humour du Maître du rire dans l’esprit et le ton du spectacle. C’est peut-être pour cela que l’on met un petit temps à entrer dans sa proposition. Est-ce un spectacle sur la télévision de papa ? Est-ce un spectacle sur Pierre Dac ? Mais très vite, heureusement, dès que l’on comprend que ce ne sont que des prétextes, on se laisse emporter.

Et la couleur fut

Les Petites rapporteuses de Léonie Pingeot © Ville du Canet en Roussillon

Ces Petites rapporteuses, en clin d’œil à son masculin, Le Petit rapporteur de Jacques Martin, sont là pour bousculer les conventions et rappeler combien ce ne fut pas toujours facile d’être une femme qui parle dans le poste ! Nos trois donzelles, choucroutées et souriantes, ont la belle tâche d’animer ce beau jour où la télé passa du noir et blanc à la couleur. Nous sommes en 1967, une ère où les TV étaient une denrée rare dans les foyers, alors la couleur, ce n’était pas pour tout le monde. D’autant qu’il fallait posséder un téléviseur qui puisse la recevoir. Donc, elles sont là pour ce moment historique. Un problème technique va alors tout dérégler ! C’est ce petit accident qui fait le charme de ce spectacle, qui n’en manque pas. Comme c’est inénarrable, nous n’en dirons pas plus.

Pampam pili pili pam

Puisant son inspiration dans ces années 1960, Pingeot s’en donne  à cœur joie, avec le style vestimentaire et les musiques de l’époque, jouées en direct par un pianiste. De la télévision, elle en retient surtout les singles publicitaires, la bêtise des jeux et cette volonté d’alors de faire croire que les femmes se devaient d’être belles et nunuches. Leurs analyses du film Jules et Jim de François Truffaut sont impayables. Choisir un film en noir et blanc pour célébrer le passage à la couleur est loufoque à souhait, comme dirait Pierre Dac. Ce trois drôles de dames, Jacqueline, Catherine et Suzy sont incarnées par Julie Badoc (en alternance avec Kim Schwarck), Lisa Garcia et Léa Dauvergne, trois fantasques comédiennes qui nous ont fait hurler de rire. Ce qui est toujours bon pour la santé !

Marie-Céline Nivière

Les Petites rapporteuses, avec des textes de Pierre Dac et la musique des années 60, par la Comédie Framboise
Lucernaire
53, rue Notre-Dames-des-Champs 75006 Paris
Du 20 avril au 12 juin 2022
Du mercredi au samedi à 19h, le dimanche à 16h, les mardis 26 avril et 3 mai à 19h
Durée 1h

Mise en scène de Léonie Pingeot
Avec Julie Badoc (en alternance avec Kim Schwarck), Léa Dauvergne, Lisa Carcia, accompagnées au piano par Didier Bailly ou Daniel Glet.
Scénographie de Mickaël Horchman
Création musicales de Raphaël Bancou
Lumières d’Olivier Drouot
Création sonore de Caroline Dene

Crédit photos ©Alexandro Janonato ©Ville de Canet en Roussillon

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