Eldorado, un Festival lorientais tout public  

Au théâtre de Lorient, le coup d’envoi de la sixième édition du festival Eldorado, rendez-vous consacré à la jeunesse, vient d’être donné. Jusqu’au 30 avril 2022, une dizaine de propositions artistiques, qu’elles soient théâtrales majoritairement ou ouvertes à d’autres disciplines, questionnent le passage à l’âge adulte, les grands bouleversements qui traversent l’adolescence. Reportage. 

Faisant mentir la réputation pluvieuse de la Bretagne, le soleil brille de mille feux sur le parvis devant le Grand théâtre de Lorient. Des tables, des transats sont installés. Un glacier offre aux festivaliers quelques rafraichissements. Des tables de jeux en bois, des boîtes à sourire, un atelier photo permettent aux spectateurs de tout âge de patienter entre deux propositions artistiques. En maître des lieux, Rodolphe Dana, visage affable, souriant, se fait un plaisir de passer de groupe en groupe, pour discuter, prendre le pouls de cette première journée de festivités. Clairement, l’ambiance est chaleureuse, bon enfant. Il n’y a plus qu’à embarquer, errer dans les coursives pour découvrir le projet participatif de Marie-Hélène Roig, se réapproprier le mythe de Robin des Bois avec le Collectif le Grand cerf bleu, plonger dans l’univers sylvestre et alternatif imaginé par Antoine Kahan d’après le film Captain Fantastic de Matt Ross ou se laisser porter par le flow du dance floor au côté de Marinette Dozeville

Un retour en fanfare

Après deux années d’absence, le festival Eldorado, manifestation très attendue par la jeunesse lorientaise, fait son grand retour. Pour cette dernière édition en tant que directeur, Rodolphe Dana a souhaité que l’événement soit une belle fête, un moment de partage, de communion. Tous les spectacles programmés ont comme point commun de questionner les émois, les troubles, les engagements, les prises de conscience politique, environnementale ou sociétale traversés à l’adolescence. L’objectif est non seulement d’aller à la rencontre de nouveaux publics mais aussi de permettre aux jeunes « de s’approprier le théâtre ». C’est d’ailleurs dans cette optique que les membres du club Eldo du théâtre – ouvert aux jeunes de 14 à 25 ans – sont directement impliqués dans l’organisation de cette sixième édition afin de se faire une idée de l’organisation d’une structure culturelle, tel qu’un CDN, d’autres participent à certains spectacles comme Et nos enfants seront des philosophes rois d’Antoine Kahan ou Errance de Marie-Hélène Roig

Éducation alternative

Et nos enfants seront des philosophes rois, librement inspiré du film Captain Fantastic de Matt Ross - Mise en scène d4antoine Kahan

Pour sa première mise en scène, Antoine Kahan, comédien fidèle depuis 2009 de Rodophe Dana et du collectif Les possédés, que l’on a pu voir notamment dans Price en 2017 et dans Scrooge cet hiver, adapte librement à la scène pour neuf adolescents amateurs le scénario de Captain Fantastic de Matt Ross. Dans une forêt américaine, Ben et Leslie vivent en autarcie coupés de tout et élèvent leur enfant en communion avec la nature grâce à une éduction alternative peu conventionnelle. Malade, Leslie meurt laissant sa famille orpheline et obligeant son époux a quitté ce nouvel Éden. Confrontée au monde extérieur, la fratrie perd ses repères. Ben n’a pas d’autres choix que de questionner ses idéaux, son choix de vie et ses méthodes éducatives radicales pour le bien de sa progéniture, totalement inadaptée à la société moderne. Foisonnante d’idées la proposition d’Antoine Kahan cherche avant à tout conjuguer les arts, à faire du plateau une sorte de grande fête de la vie. Rien n’est figé tout est mouvant, comme le rapport aux autres, comme le lien que nous avons avec la faune, la flore. L’idée est bonne, intéressante, mais, malgré tout, on sent en cette deuxième représentation journalière, une dissipation, un manque de concentration chez les plus jeunes qui empêchent d’entrer totalement dans cette fable contemporaine. Resserré notamment au niveau du jeu, le spectacle devrait gagner en force, en intensité. 

Et je danse 

Ma vie est un clip de Marinette © Alain Julien

Un peu plus tard, au CDDB, l’autre salle du théâtre de Lorient, Marinette Dozeville fait « péter » le son et met le « dawa » dans la salle, avec Ma vie est un clip. Vous pensiez finir la soirée tranquille assis confortablement dans un fauteuil, c’est mal connaître la chorégraphe rémoise. Investissant scène et salle, elle accueille les spectateurs, les place, les mets en confiance, leur conseille de se mettre à l’aise, d’enlever leurs chaussures. Ce soir, on danse, on se laisse porter par les beats et le flow. De Queen à Rage against the machine, c’est debout que le spectacle se joue. À travers une série d’entretiens, plus d’une centaine, Marinette Dozeville interroge le besoin vital de chacun de danser, de bouger, d’abandonner toute raison pour sentir son corps libre des aléas du quotidien, de la morosité ambiante. Sur le fond, l’idée est bonne, libératrice, salvatrice, mais faute d’une dramaturgie ciselée, d’une véritable proposition artistique, d’une construction plus aboutie, la performance participative fait flop, ne dépasse pas l’anecdote. Bien sûr, on s’amuse – la séance d’ouverture donnant les clés d’une chorégraphie de groupe en est le parfaite exemple -, mais à trop tirer le fil, à trop vouloir compiler les témoignages qui souvent disent la même chose, le spectateur reste de côté, n’attendant qu’une chose que l’artiste ouvre le grand bal et donne le top pour danser à perdre haleine. Le moment est tellement fugace que l’on se dit, tout ça pour ça. Quel dommage ! 

Un festival de l’inattendu 

Un peu frustré en ce premier jour, on oublierait presque qu’Eldorado est avant tout un moment de rencontre, de partage, de création. Un certain nombre de propositions sont en rodage ou tout simplement en cours d’élaboration. L’important, ici, n’est pas tant l’aboutissement, que l’immersion au cœur du processus créatif, dans les rouages et les coulisses de l’art vivant, qui comme son nom l’indique est forcément imparfait, mouvant, changeant, évolutif. Et c’est ce qui en fait sa force, son intensité, son intérêt. Alors, n’hésitez pas, laissez-vous tenter pour les spectacles à venir, le Sherwood du Collectif le grand cerf bleuLa Chanson [reboot] de Tiphaine Raffier ou Ne pas finir comme Roméo et Juliette du collectif hybride entre théâtre et cinéma La Cordonnerie de Métilde Weyergans et Samuel Hercule qui clôturera en beauté cette édition festive et chaleureuse. 

Olivier fregaville-Gratian d’Amore

Festival Eldorado
Théâtre de Lorient
Jusqu’au 30 avril 2022

Et nos enfants seront des philosophes rois, librement inspiré du film Captain Fantastic de Matt Ross
Grand théâtre de Lorient 
durée 1h25
Mise en scène d’Antoine Kahan
Adaptation d’Antoine Kahan et Valérie Sigward
Collaboration artistique de Valérie Sigward
Avec Mélan Auffret, Cécile Bikoï, Léonard Blais, Charlotte Bonnaffons, Jeanne Chavrial, Julien Chavrial, Camille Coatrieux, Rodolphe Dana, Elio Kerijaouen, Axel Lemaire, Yann Pompidou, Gustave Rivoallon Rose
Composition et accompagnement musical de Yann Pompidou
Scénographie de Karine Litchman
Lumières de Jérôme Le Dimet
Son d’Yannick Auffret

Ma vie est un clip de Marinette Dozeville 
au CDDB
Durée 1h plus ou moins 30 minutes
Chorégraphie, interprétation, collectage de Marinette Dozeville 
Vidéaste, regard chorégraphique, collectage de Do Brunet
Composition sonore, collectaged’Hubert Michel
Regard plastique de Frédéric Xavier Liwer

Crédit photos © Agathe Poupeney et © Alain Julien

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