L’EHPAD au bout de la vie

Avec Wonder Woman enterre son papa, Sophie Cusset propose, au Théâtre de Belleville, un cabaret gériatrique et glamour d’après une histoire vraie, dans lequel elle aborde, à travers un humour réjouissant et libérateur, des sujets douloureux tels que la fin de vie.

La grande Sophie arrive sur le devant de la scène pour raconter le pourquoi du comment de son spectacle. Déjà les premiers rires fusent. Cette Wonder Woman possède une manière bien à elle pour expliquer que cette idée lui est venue alors qu’elle accompagnait les dernières années de son père, atteint de la maladie de Parkinson. C’est donc en regardant le quotidien de l’EHPAD où il avait été placé, qu’elle a trouvé les matériaux pour concevoir une fresque théâtrale d’une mort annoncée pour immortaliser le vivant et ressusciter les morts. Avec beaucoup d’esprit, d’originalité et d’à propos, elle interroge la vieillesse, la maladie, la mort, les conditions de travail du personnel, le commerce des pompes-funèbres, le chagrin qui déchire le cœur après un décès…

Du rire aux larmes

Wonder Woman enterre son papa de Sophie Cusset  © Mattea Manicacci

A travers une suite de tableaux, nous assistons à la routine quotidienne des résidents et du personnel d’une maison de retraite. Les premiers n’ont souvent plus toutes leurs têtes et s’acheminent doucettement, entre la salle de télévision et celle des repas, vers cette mort annoncée depuis notre naissance. Les seconds, en sous-effectifs, sont totalement débordés et en recherche d’idées pour offrir aux résidents des ateliers récréatifs et éducatifs. Et lorsque la mort surgit, comment écouter, alors que le chagrin vous submerge, le commercial des pompes-funèbres nous proposer le cercueil adéquate ? C’est à la fois drôle et bouleversant.

Une folie régénératrice

Wonder Woman enterre son papa se Sophie Cusset © Mattea Manicacci

Tout ce petit monde est mis en mouvement par une dynamique mise en scène qui ne laisse jamais la place à l’ennui et une interprétation débridée. Delphine Raoult, Sophie Cusset, Audrey Bertrand et Robin Causse se glissent dans la peau de plusieurs personnages avec une belle précision et beaucoup de folie. On a beaucoup rit aux échanges entre les deux vielles comédiennes ayant perdu la raison mais pas leur égo, au Claude François bondissant, à la stagiaire dépassée qui s’empiffre de petits pains aux chocolat. Comme à ce passage à la nouvelle année qui se fera à 19h au lieu de minuit pour que les pensionnaires puissent faire la fête. Car si on fait le minuit à minuit : tout le monde dort. Oui, on peut rire de tout ! Car l’absurdité et le burlesque trouvent naturellement leur place dans la réalité. Nous nous sommes régalés !

Marie-Céline Nivière

Wonder Woman enterre son papa, texte et mise en scène de Sophie Cusset
Théâtre de Belleville
16 passage Piver 75011 Paris
Du 6 au 29 mars
Lundi à 21h15, mardi 19h15, dimanche 17h
Durée 1h05

Avec Audrey Bertrand, Sophie Cusset, Robin Causse, Delphine Raoult
Collaboration à la mise en scène Gilles Ostrowsky
Avec les voix de Anita Ostrowsky et Philippe Bertrand
Collaboration artistique d’Audrey Bertrand
Collaboration à la dramaturgie de Pierre Guillois
Lumière de Sébastien Debant
Costumes de Carole Birling et Sophie Cusset
Création sonore de Dayan Korolic

Crédit photos © Mattea Manicacci

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.