Ineffable de Jann Gallois. Montpellier Danse. Chaillot. © Gaëlle Astier-Perret

Ineffable, l’outre-danse de Jann Gallois

À Montpellier Danse, avant de conquérir Chaillot fin septembre, l’artiste pluridisciplinaire, Jann Gallois, invite à un voyage transcendantal et vertigineux au plus près de ses émotions, de son moi intérieur. Invoquant l’art de la musique, de la danse, des cérémonieux japonais, elle signe avec Ineffable, une œuvre patchwork à l’image de sa personnalité autant complexe que simple. Une balade sensible profondément radicale. 

Devant le Studio Bagouet, une foule se masse en nombre. Aujourd’hui, finis les jauges, en théorie du moins. Prudent, Jean-Paul Montanari, président de Montpellier Danse préfère augmenter le nombre de représentations, plutôt que de remplir à 100 %. C’est tout à son honneur. Toutefois, il est impossible de maîtriser le phénomène Jann Gallois. D’œuvre en œuvre, la jeune artiste attire et touche un public de plus en plus nombreux. La salle se remplit vite, chacun s’efforçant de garder les distances sanitaires toujours de rigueur. Les portes se ferment. Devant un rideau noir, tous attendent dans un silence presque religieux la dernière création de celle qui maîtrise aussi bien l’art chorégraphique qu’un grand nombre d’instruments de musique. 

Une prière païenne
Ineffable de Jann Gallois. Montpellier Danse. Chaillot. © Gaëlle Astier-Perret

Accroupie, dos au public, Jann Gallois médite, cherche la paix intérieure, prie quelques divinités chères à son cœur. Face à elle, un étrange soleil rougeoie dans la pénombre. Il est le centre de son attention. Lentement, elle se relève, déploie sa fine silhouette. A pas feutrés, elle se place devant l’astre qui brille de plus en plus. Se pliant au rituel extrêmement codifié du wadaiko, art multiséculaire du tambour japonais, elle ajuste ses mouvements, suis une gestuelle précise et frappe le premier coup. Plusieurs suivront, résonneront dans l’espace clos, formeront un chant, une mélodie proche de la transe. 

L’art du mouvement

Avec une grâce infinie, la jeune femme passe d’un instrument à l’autre. Elle mixe les sons, s’amuse à créer une ambiance envoûtante autant que spirituelle. La danse se fait attendre. Mais Jann Gallois ménage joliment ses effets. Préférant enchaîner les tableaux de manière décousue, plutôt que de suivre un fil linéaire, elle met au fur et à mesure son âme à nu. Abandonnant un temps tambours, baguettes, synthé, elle glisse au centre de la scène surélevée qui lui sert de décor, et se laisse emporter par les musiques éclectiques de Beethoven, de Yom, d’Arvo Pärt, de Taufiq Qureshi, entre autres de son ensorcelante playlist. Sa virtuosité, la perfection de ses gestes, son corps ondulant suivant chaque note de musique au tempo prés, attrape le public, qui retient son souffle, pour mieux s’abandonner à ce moment suspendu où tout est beauté, volupté.  

Artiste totale

La forme d’Ineffable peut surprendre. On passe sans transition d’un partition imaginée et jouée en direct par Jann Gallois, à une pièce chorégraphique, à un numéro circassien. Elle n’est que le reflet des pensées, des émotions qui traversent l’esprit lumineux, ténébreux de l’artiste. Souriante, grimaçante, elle incarne chaque geste, chaque sentiment. Elle joue avec les spectateurs, les touche, les émeut, les fait rire. 

Le voyage à cœur et à corps proposé par cette extraordinaire et insaisissable femme orchestreest d’une rare puissance, d’une profondeur mystique qui ne peut laisser indifférent tant il parle d’être à être, d’esprit à esprit. Derrière le visage angélique, humble, presque enfantin de Jann Gallois se cache un grand talent, une virtuose de l’Art. 

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé spécial à Montpellier

Ineffable de Jann Gallois
Montpellier Danse
Studio Bagouet
Agora – Cité internationale de la Danse
34000 Montpellier 
Du 30 juin au 2 juillet 2021
Durée 1h20

Du 22 septembre au 1er octobre 2021 à Chaillot – Théâtre national de la Danse

Cie BurnOut
Chorégraphie, scénographie, costume et interprétation : Jann Gallois
Ingénieur son : Julien David aka « Léo »
Lumières : Cyril Mulon
Réalisation scénographie : Nicolas Picot et Cédric Bach
Regard complice : Frédéric Le Van

Crédit photos © Gaëlle Astier-Perret

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut