Amala Dianor © Benoîte Fanton

Amala Dianor, maître de chœur chorégraphique

De Suresnes cité danse à Faits d’hiver, Amala Dianor fait les beaux jours des festivals en ce début d’année 2022. Après un parcours de hip-hopeur et une formation en danse contemporaine, le chorégraphe franco-sénégalais revendique une écriture métissée qui se nourrit au fil des rencontres, des collaborations. Plaçant la transmission au cœur de son art, il invite, dans les trois pièces visibles en région parisienne en ce mois de janvier, au partage. 

Pouvez-vous nous présenter vos trois dernières créations ?

Siguifin 
Mise en scène et chorégraphie d'Amala Dianor
Chorégraphie d'Alioune Diagne, Naomi Fall et Souleymane Ladji Koné © Anne Vorey

Amala Dianor Ce sont trois œuvres très différentes. Dans le cadre de Suresnes Cité Danse, les 15 et 16 janvier, Siguifin, montré en avant-première à l’Institut français de Dakar en 2020, puis à l’automne au Palais de la Porte dorée avec l’Atelier de Paris CDCN, verra enfin le jour. C’est un projet que j’ai eu la chance de coordonner et qui a été initié en 2019, bien avant la crise de la covid, par le burkinabais Ladji Koné, afin de mettre dans la lumière internationale de jeunes interprètes africains, particulièrement prometteurs. En parallèle, au théâtre de la Ville, en partenariat avec le festival Faits d’hiver, un diptyque, composé de deux de mes pièces courtes, Wo-Man et Point Zéro, est programmé du 25 au 29 janvier. La première est un solo féminin, inspirée de Man Rec, l’autre un trio où je retrouve au plateau deux complices street-artistes de longue date, Johanna Faye et Mathias Rassin

Comment est né Siguifin ? 

Siguifin 
Mise en scène et chorégraphie d'Amala Dianor
Chorégraphie d'Alioune Diagne, Naomi Fall et Souleymane Ladji Koné © Anne Vorey

Amala Dianor : Cette œuvre chorale entre en continuité avec un projet que j’avais initié, il y a plusieurs années, dans la région des Pays de la Loire. En effet, chaque année je proposais, à de jeunes danseurs en devenir, basés sur le territoire angevin, de découvrir le métier à travers une création cosignée avec trois autres chorégraphes. Avec mon compatriote, Ladji Koné, nous avons décidé de l’élargir à l’Afrique de l’Ouest dans le cadre de la Saison Africa2020 et de proposer à Alioune Diane et Naomi Fall de nous rejoindre. Ensemble nous avons sélectionné neufs jeunes artistes. Ensuite, chaque chorégraphe a travaillé pendant trois semaines avec l’équipe artistique, ce qui a été sportif car chacun était dans un pays différent. Une fois la matrice du spectacle établie à la manière d’un cadavre exquis chorégraphique, je me suis occupé d’articuler l’ensemble de faire que cela fasse spectacle, que le tout soit cohérent sans gommer pour autant l’identité de chacun. Heureusement, grâce à un réseau solide, des partenariats à travers l’Europe, ce projet, qui aurait pu être un dommage collatéral de la crise sanitaire, a tenu bon. La tournée à travers le continent va permettre à ces jeunes danseurs de se faire connaître. C’est très important. 

Qu’en est-il de Wo-Man ? 

Wo-Man d'Amala Dianor © Romain Tissot

Amala Dianor : Aprés de plus d’une centaine de représentations, j’étais arrivé à la fin d’un cycle avec Man Rec, soloque j’ai créé en 2014. Depuis un moment, je réfléchis à une manière de le faire évoluer, de le transmettre. C’est dans cet état d’esprit que je l’ai proposé à Nangaline Gomis, une jeune soliste que j’ai rencontré lors de sa formation au Conservatoire national supérieur de danse de Lyon. Ensemble, nous avons réécrit la pièce au féminin. Ce n’est pas une reprise de rôle, mais une vraie (re) création. Man Rec signifiait « seulement moi » en wolof, une des langues les plus parlées au Sénégal, Wo-Man – jeu de mots avec l’anglais – est la version féminine de ce «moi » choral. 

Et pour Point-Zéro ? 

Amala Dianor : c’est un spectacle que nous avons conçu à trois avec Johanna Faye et Mathias Rassin. Le point de départ était d’imaginer une écriture contemporaine qui puiserait son énergie dans le hi-hop.  

Dans votre travail, deux notions importantes se dégagent le partage et la transmission… 

Wo-Man / Point Zéro d'Amala Dianor © Romain Tissot

Amala Dianor : C’est vrai. C’est très important pour moi, ça nourrit mon processus créatif, cela me permet d’être à l’écoute du monde, de continuer à apprendre, à évoluer.Par ailleurs, ce goût de la transmission est inhérent au hip-hop, courant dont je suis issu. J’ai grandi avec une culture de gauche, sociale, participative et collaborative. Cela m’a construit. Du coup, mon travail n’est que le reflet de ce que je suis en tant qu’individu hier, aujourd’hui et demain. Alors, oui ancrée dans mes valeurs, la transmission aux nouvelles générations est constitutive de mon métier de chorégraphe. Cela me tient à cœur. Par ailleurs, je continue de croire que, la conjugaison des styles, des genres est nécessaire, identitaire de mon travail. L’important, c’est l’individu, l’artiste, ce qui fait de lui sa particularité, sa singularité. Ensemble, en discutant, en partageant nos ressentis en évoquant nos différences, en confrontant nos connaissances, il est possible d’inventer de nouvelles connexions sur scène. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de Siguifin, avoir réussi à travailler en communion. Certes, il a fallu trouver un moyen de se coordonner, de fonctionner ensemble, de mettre les égos de chacun de côté, afin d’être uniquement au service du projet. 

À l’avenir, avez-vous toujours le désir de créer vos propres pièces tout en continuant à participer à des projets collaboratifs ? 

Wo-Man / Point Zéro d'Amala Dianor © Romain Tissot

Amala Dianor : Tout simplement, je pense que mon parcours est collectif. Il n’y a donc pas de raison que cela change. Mais ce qui m’intéresse avant toute chose, c’est d’aller vers la diversité, la pluralité. Chaque projet est un prétexte, une occasion pour faire de nouvelles rencontres. Dans cette logique, j’ai commencé une collaboration avec le plasticien Grégoire Korganow. Nous travaillons depuis un an à un une série de capsules vidéos sur la danse qui s’appelle Ciné-Danse.
En parallèle de cela, je prépare un nouveau spectacle. Ce sera une grande forme, sans doute avec musique en direct. L’objectif est d’aller à la découverte des danses émergentes, des formes encore « underground ». J’ai aussi très envie, quand cela sera possible, de voyager, d’aller à la rencontre d’autres cultures, de dénicher à travers le monde de nouveaux talents.

Propos recueillis par Olivier Frégaville-Gratian d’Amore 

Siguifin
Mise en scène et chorégraphie d’Amala Dianor
Chorégraphie d’Alioune Diagne, Naomi Fall et Souleymane Ladji Koné
Suresnes Cité Danse

Théâtre Jean Vilar
16 place Stalingrad
92150 Suresnes
Les 15 et 16 janvier 2022

Wo-Man / Point Zéro d’Amala Dianor
2 programmes
Festival Faits d’Hiver

Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville
31 Rue des Abbesses
75018 Paris

Du 25 au 28 janvier 2022

Crédit photos © Benoîte Fanton, © Anne Vorey et © Romain Tissot

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