Émilie Cazenave, ange ingénue à l’âme d’airain

Actuellement au Théâtre de l’Union, à Limoges, Émilie Cazenave, comédienne fidèle du travail d’Aurélie van den Daele, nouvelle directrice du lieu, reprend au côté de la metteuse en scène et ses camarades acteur, le très réussi Angels in America, crée en 2015 à l’Aquarium. Rencontre avec un artiste discrètement flamboyante.

Émilie Cazenave © DR

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
La Cerisaie, avec Marie-Christine Barrault, mis en scène par Jacques Rosner en 1992.
C’est un souvenir émotionnel puisque c’est ma grand-mère qui m’a emmené le voir.
À cette époque, je savais déjà que je voulais être comédienne, et je me souviens qu’elle m’avait dit « Si tu veux faire ce métier, il faut commencer par aller voir des spectacles. »
J’avais 11 ans, je n’ai rien compris à cette pièce, mais j’ai tout de même été fascinée par les acteurs. 
Je me souviens aussi très bien de mon émerveillement devant les costumes, les décors et de ma joie d’être dans ce magnifique théâtre rouge et or, il y avait un côté solennel dans ce petit écrin qui me fascinait. 
Un moment magique.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
À 8 ans, quand on m’a expliqué qu’on pouvait être payé pour jouer, j’ai franchement trouvé ça génial comme boulot.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ? 
Tout s’est un peu fait par hasard et, à l’image de ce métier, il s’agit avant tout d’une rencontre. La mienne s’est faite avec une troupe d’enfants acteurs intégrés à l’âge de 8 ans et avec laquelle j’ai cheminé et grandi durant 10 ans.
J’y ai adoré la vie de troupe, les tournées, les répétitions et, puis sans trop le conscientiser à l’époque, je crois surtout que cela m’a permis de trouver un endroit dans ce monde où je me sentais enfin à ma place. Pourquoi ne pas en faire mon métier ?

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Le tout, tout premier ?… j’ai le vague souvenir d’avoir joué le rôle d’une tomate à l’école  primaire… Mais est-ce vraiment nécessaire que je le développe ?…
En revanche, mon premier spectacle professionnel, m’a été proposé par Jean-Louis Martin Barbaz, dans le rôle titre d’Occupe-toi d’Amélie de Feydeau. J’en garde un souvenir très fort.
D’une part, puisqu’il m’a valu une nomination aux Molières dans la catégorie révélation théâtrale ce qui, soyons honnête, flatte toujours l’égo.
Mais aussi parce que ce rôle a été, à la fois une grande responsabilité confiée au sortir de ma formation et une formidable opportunité d’acquérir la rigueur nécessaire pour tenir un rôle très physique sur une longue de série de représentations.

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
By Heart de Tiago Rodrigues
The Encounter de Simon Mc Burney, 
Et plus récemment Le Bruit des Loups d’Etienne Saglio

ÉMILIE CAZENAVE DANS ANGELS IN AMERICA© Marjolaine Moulin

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Il y en a eu beaucoup, j’ai été très chanceuse. La première rencontre à laquelle je pense, c’est évidemment la rencontre avec Aurélie van den Daele (fraîchement nommé directrice au CDN-Théâtre de l’Union à Limoges) et toute la merveilleuse équipe du Deug Doen Group sur le spectacle Angels In America de Tony Kushner, que nous avons crée en 2015 au Théâtre de l’Aquarium et que nous reprenons en Décembre au Théâtre de l’Union. Aurélie est une metteuse en scène que j’admire beaucoup, tant au niveau personnel que professionnel. C’est un bourreau de travail qui ne s’arrête jamais de chercher et de créer. Elle a la faculté de questionner et requestionner régulièrement son travail afin qu’il soit le plus juste possible. Il n’y a jamais de complaisance. L’exigence qu’elle tourne tout autant envers elle-même qu’envers ses interprètes, demande un engagement artistique fort. C’est une des personnes qui m’a fait le plus fait grandir dans ma vision artistique et je l’en remercie.
Zoltan Mayer, est un réalisateur de talent avec qui j’ai la chance de travailler régulièrement. Il a réalisé Le Voyage en Chine, un petit bijou de délicatesse et de sensibilité, à l’image des trainings que nous faisons régulièrement ensemble et qui me permettent de questionner et d’approfondir mon jeu.
Marion Siefert, est une autrice, performeuse et metteuse en scène avec qui j’ai le plaisir de travailler depuis peu sur son formidable «_jeanne_dark_. Ce spectacle traite du harcèlement subi sur les réseaux sociaux. Ayant à cœur d’amener au Théâtre ce qui en est exclu, elle a créé avec _jeanne_Dark_, un double spectacle, puisqu’il se joue en simultané en salle et sur Instagram. C’est prodigieux, fort, drôle (bref tout ce que j’aime) et son interprète principale Helena de Laurens y est éblouissante.
Il y a aussi eu La Nuit des Rois, créé en 2008, par Nicolas Briançon. C’était un spectacle tellement joyeux, j’ai énormément aimé le jouer. Et tout comme avec l’équipe du Deug Doen Group, j’y ai noué de vraies amitiés qui perdurent encore aujourd’hui, Sara Giraudeau, Jean-Paul Bordes, Henri Courseaux, Yves Pignot etc… Mais il y a aussi mes expériences au cinéma auprès de Daniel Auteuil, Cécilia Rouaud qui est une réalisatrice dont j’aime profondément l’univers et la personnalité. Bref, comme vous pouvez le lire, il y a beaucoup de belles rencontres, et je m’excuse d’avance pour tout celles et ceux que je n’aurais pas pu citer.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Je crois qu’il me permet avant tout de me sentir utile au monde et de rester éveillé à lui.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Plein mais plein de trucs ! Il y a d’abord les fêlures, les blessures de la vie qui nous rendent humains, donc imparfaits. Et les « autres », les gens pas à la mode, ceux qui sont maladroits et pas toujours adaptés, les personnes un peu foutraques et qui ne marchent pas droit. Et puis la nature, elle m’inspire beaucoup. Je m’y ressource et y recharge mon énergie, cela me permet de percevoir le monde autrement.
Et enfin, il y a aussi tout ce que je lis, ce que je vois quand je vais au Théâtre, au Cinéma, au musée mais alors là… Si je commence à tout détailler, cette interview ne finira jamais.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Viscéral (mais j’essaye de me soigner)

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Pause grand jeu concours :
Il y en a 2 mais à vous de deviner selon les onomatopées suivantes:
1. Glouglou
2. Boumboum

(ɹnǝoɔ ǝן ʇǝ ǝɹʇuǝʌ ǝן : sǝsuodǝɹ)

Émilie Cazenave dans Angles in America © Marjolaine Moulin

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
J’ai l’impression de faire une liste au Père Noël, mais…: Joël Pommerat, Simon McBurney, Hirokazu Kore-eda, Pedro Almodovar, Catherine Corsini etc, etc… Mais surtout celui ou celle qui aura à cœur de m’emmener dans son univers et de me le faire partager.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
J’y suis déjà. Ce sera la prochaine création d’Aurélie Van Den Daele, « La Fôret Monde » qui sera une saga autour du vivant en 4 parties Racines/Tronc/Cimes/Graines, en écho au roman de Richard Powers, avec notamment les autrices Elsa Grant et Charlotte Lagrange.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Pour la symbolique : Le Château de ma mère de M. Pagnol
Pour ce que je me souhaite : La Vie est belle de F. Capra
Pour la beauté : un jardin au printemps.

Olivier Frégaville-Gratian-Gratian d’Amore

Angels in America de Tony Kushner
mise en scène d’Aurélie Van Den Daele (artiste associée), assistée de Mara Bijeljac
traduction de Gérard Wajcman et Jacqueline Lichtenstein (version écourtée avec l’approbation de Tony Kushner)
Théâtre de l’Union – CDN de Limoges
20 Rue des Coopérateurs
87006 Limoges
jusqu’au 18 décembre 2021
Durée 5h00 avec entracte

Crédit photos © DR

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut