Notre forêt de Julie Berthillot. transvases. © Julie Mouton

Transdanses 2021, une première édition éclectique et foisonnante

À l’Espace des Arts de Chalon-sur-Saône, Nicolas Royer a lancé, le 16 novembre dernier, la première édition d’un festival qui lui tient particulièrement à cœur, Transdanses. La manifestation, qui aurait dû voir le jour l’an passé, est une fenêtre ouverte sur le monde de la création chorégraphique contemporaine allant de (LA) HORDE à Nosfell en passant par Ousmane Sy ou la circassienne Justine Berthillot. Reportage.

Un vent frais, presque glacé souffle dans les rues de la ville. Bientôt 18 heures, la nuit a déjà enveloppé de son noir manteau la cité qui a vu naitre, il y a plus deux cents ans, le célèbre photographe Joseph Nicéphore Niépce. Devant l’Espace des arts, nimbé d’un halo de lumière, c’est encore calme. La première pièce, une carte blanche à une artiste circassienne, qui a fait ses classes au CNAC à Châlons-en-Champagne, que le public est convié à découvrir, se passe dans les coulisses. C’est donc à l’entrée des artistes que les spectateurs sont priés de se présenter. 

Au cœur d’un jungle stylisé

Notre Forêt de Julie Berthillot Transdanses. © Loïc Nos

Un ascenseur mène au plus haut étage du bâtiment de béton et de verre, là où sont logés les artistes en résidence, un casque audio est confié à chaque visiteur. En quelques secondes, chants d’oiseaux, craquements de branches et froissements de feuilles, invitent au voyage, à l’immersion dans le cœur d’une forêt luxuriante, d’une jungle. Des tuyaux vert fluo pendent des faux plafonds, stylisant ainsi arbres, lianes et racines de ce monde végétal autant fantasmagorique qu’ancestral. Dos au public, dans un costume rose pétard, Justine Berthillot attend, rêveuse, absorbée par l’éclairage public, qui donne aux rues, aux bâtiments en contrebas des apparences d’aires de jeux pour vers luisants, lucioles. 

Performance Immersive 

Metteuse en scène et en corps, comme elle se définit elle-même, Justine Berthillot a imaginé Notre Forêt, comme une expérience artistique qui conjugue habilement tous les arts vivants. On est plongé au plus près du cœur battant d’une jungle, grâce aux créations sonores de Félix Blume qui mixe ingénieusement les sons de la forêt avec les mots d’Amazoniens évoquant dans différents récits, une divinité chimérique, une créature mi-humaine, mi-animale, gardienne des forêts, luttant par ses charmes et les peurs qu’elles suscitent pour la préservation de son habitat, si fragile, si menacé. Corps souple, gestes précis, mouvements tout en rondeur, la circassienne, artiste associée du lieu, touche juste. Un moment suspendu de toute beauté. 

La Sévillane décortiquée

Bien Parado du Collectif La Méandre et de la Cie Fernweh
Jane Fournier 
Cédric Froin 
Transdanses
© Pierre Acobas

Un peu plus tard, au studio noir, Jane Fournier et Cédric Froin, membres du collectif chalonnais la Méandre, revisitent une des danses populaires et traditionnelles du sud de l’Espagne, La sévillane. Fort de leur bagage tant chorégraphique que musical, le duo d’artistes confronte dans un spectacle expérimental les gestes précis que l’on se transmet de génération en génération, à des sons mixés en direct, électro-opératiques. Autant dire, que c’est explosif et frictionnel. S’intéressant tout particulièrement au Bien Parado, temps de pose de quelques secondes, qui clôture chaque enchaînement de pas, il interroge théorie et pratique, codes rigides et liberté de mouvement et image de la femme entre coutumes et soif d’indépendance. Plutôt bien ficelé et assez énergique, le spectacle manque cependant de souffle et n’évite pas quelques longueurs et répétitions. Le temps devrait, on l’espère, resserrer l’ensemble. 

Le monde d’après

Cie CHATHA
Conception et chorégraphie aïcha m’barek & hafiz dhaou 
 Trandanses © Blandine Soulage

Enfin, la soirée d’ouverture des Transdanses se clôture par Célébration, dernière création d’Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou, de la Cie CHATHA. Empêché durant un an, de danser, de présenter au public leur œuvre, le duo de chorégraphes imagine un espace blanc immaculé de liberté et de lâcher prise pour les corps. Ambiance clubbing, son à fond les manettes, les trois interprètes investissent le plateau, gesticulent, virevoltent en quête de sensations fortes, d’étreintes, de contacts humains, trop longtemps bridés. S’inspirant du Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, Aïcha M’Barek et Hafiz Dhaou invitent à l’aliénation du geste, l’abandon de toute règle, de toute grammaire chorégraphique. Si les danseurs – Fabio DolceJohanna Madonnet & Stéphanie Pignon – se laissent emporter par le tourbillon de folie, par les sonorités électro et les riifs de guitare joués a priori « en direct » par Jean-Noël Françoise, le public lui n’a pas d’autres choix que de rester assis, frustré de ne pouvoir participer à cette rave party privative et quelque peu narcissique. C’est d’autant plus dommage, que Ces gens-là, pièce généreuse dont la tournée fut interrompue par le confinement invitait à l’inverse au partage.

Une première édition détonante

Après cette première soirée festive, Transdanses continue dix jours durant conviant les festivaliers au partage, au plaisir indicible de retrouver l’ambiance unique des salles de spectacle, à (re)découvrir des pièces phares de la scène contemporaine chorégraphique tel l’explosif A room with a View de (LA) HORDE ou le sensible Queen Blood d’Ousmane Sy, auréolé à titre posthume d’un prix spécial par le Syndicat professionnel de la Critique Théâtre, Musique et Danse.  

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore – Envoyé Spécial à Chalon-sur-Saône

Transdanses 2021
Espace des Arts
Boulevard Nicéphore Niépce

5B Av. Nicéphore Niépce
71100 Chalon-sur-Saône

Notre Forêt de et avec Justine Berthillot 
Installation plastique de Maéva Longvert 
Matières sonores et témoignages de Félix Blume 
Création sonore de Ludovic Enderlen 
Création Lumières d’Aby Mathieu

Bien Parado du Collectif La Méandre et de la Cie Fernweh
Chorégraphie et interprétation Jane Fournier 
Composition et interprétation Cédric Froin 
Dramaturgie Anaïs Blanchard, Lise Messina 
Regards précieux Loulou Carré 
Costumes Julie Honoré 
Scénographie, création lumière Jordan Bonnot

Célébration de la Cie CHATHA
Conception et chorégraphie aïcha m’barek & hafiz dhaou 
Avec Johanna Madonnet, Stéphanie Pignon, Fabio Dolce 

Musique de Jean-Noël Françoise 
Lumières de Xavier Lazarini 
Costumes d’Aïcha M’Barek

Crédit photos © Julie Mouton, © Loïc Nys, © Pierre Acobas et © Blandine Soulage

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