Cabaret de l’Exil, une création du Théâtre équestre Zingaro. Bartabas. © Alfons Alt

Bartabas rouvre son cabaret sur fond de musique Yiddish

Trente-sept ans après la création de son tout premier « Cabaret équestre », Bartabas revient à ses premières amours, un monde de fêtes tragicomiques. Déclinant la notion d’exil en une succession de tableaux, il signe un spectacle kaléidoscopique inspiré de la culture Yiddish, où se conjuguent burlesque et poésie, nostalgie et folle espérance

À deux pas du fort d’Aubervilliers, dans un quartier dit sensible, Bartabas a élu domicile depuis plus d’une trentaine d’années. Caravanes, chapiteau en bois, boxes, écuries en bois également, font de Zingaro – nom du plus connu des chevaux de la troupe et ami équin du célèbre cavalier, depuis disparu – un lieu atypique, bohème, où il fait bon s’attarder, boire un verre ; grignoter quelques agapes, se laisser emporter dans quelques rêveries, quelques songes bien loin du bitume, de la banlieue et de la vie parisienne. Chaudement installé dans le foyer du théâtre équestre, les spectateurs attendent que le maître de cérémonie, perché sur sa chaise haute donne les consignes et invite à entrer dans la danse de l’exil. 

Un cabaret à l’orée des mondes 

Cabaret de l’Exil, une création du Théâtre équestre Zingaro. Bartabas.  © Alfons Alt

À l’intérieur du chapiteau, éclairé à la bougie, maintenant le lieu dans une pénombre énigmatique, tout a été repensé. Les premiers gradins ont laissé leur place à des tables, des chaises. Un bar a été aménagé. L’illusion est parfaite. Ici, pas de cirque, pas de spectacle, de grandes fresques, mais du cabaret à l’ancienne, avec petits verres, boudoir et possibilité pour quelques garçons de café, barmaids de circuler à leur guise. Ingénieusement, malicieusement, Bartabas cultive le mystère, la magie, le sens du décorum. Tout est possible, mais tout ne le sera pas. L’important s’est laissé l’imaginaire s’envoler, inventer sa propre histoire, plonger dans des univers mâtinés de cultures d’ailleurs, de légendes d’antan.  

Des numéros à l’envi

De l’ADN tzigane de Zingaro aux us et coutumes yiddish, il n’y avait qu’un tout petit pas, que Bartabas franchit avec beaucoup de sensibilité et de respect irrévérencieux. Passionné de cultures nomades, nostalgique d’un monde de bohème, il s’intéresse aux écrits d’Isaac Bashevis Singer, son regard sur le monde d’hier, sur ses racines, les traditions judéo-polonaises qui ont baigné son enfance. Utilisant la réflexion tragicomique de l’écrivain sur la langue de ses ancêtres, celle de l’exil, comme fil rouge à son œuvre protéiforme, le cavalier invite à une balade mélancolique faite de rêveries fantasmagoriques, de chimériques odyssées, de folles cavalcades, de tableaux à la beauté sauvage où hommes et animaux ne font plus qu’un. 

Visions d’hier, cabaret d’aujourd’hui

Convié à boire du vin chaud tout le long du spectacle, le public se laisse emporter par les musiques  de type klezmer jouées en direct par le groupe  le Petit Mish-Mash, par la chevauchée fantastique et débridée d’un tout jeune étalon, par la majestueuse valse de Tsar – Hanovrien immense – monté par le maître des lieux, par  pas de deux de jeunes mariés semblant sortir tout droit d’un film de Kusturica, ou par la détonante danse traditionnelle hassidique à trois cavaliers, fortement inspirée de celle exécutée par Louis de Funès dans Les aventures de Rabbi Jacob, etc.

Cabaret de l’Exil, une création du Théâtre équestre Zingaro. Bartabas.  © Alfons Alt

Naviguant entre hier et aujourd’hui, entre référence et inspiration plus noire, plus poétique, Bartabas revient aux sources de son art. Entouré de vieux amis et d’artistes ayant croisé sa route plus récemment, il propose avec le Cabaret de l’Exil, une œuvre noire, drôle, touchante, où le partage, l’échange, la joie des retrouvailles sont au cœur du geste créatif. Un moment délicat, suspendu, où s’entremêlent passé et présent.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Cabaret de l’Exil, une création du Théâtre équestre Zingaro
176 avenue Jean Jaurès
93300 Aubervilliers
jusqu’au 31 décembre 2021
Durée 1h45

Scénographie, conception et mise en scène de Bartabas assisté d’Emmanuelle Santini
Musique originale du Petit Mish-Mash
Mihai Trestian : cymbalum, percussions
Adrian Iordan : accordéon, percussions
Marine Goldwaser: clarinette, flûtes, direction musicale
Rejoints par :Ariane Cohen-Adad : violon, alto, chant
Laurent Clouet: clarinette (en alternance)
Comédien – Rafaël Goldwaser
Figurante – Marina Viallon
Pour la conférence : Texte du monologue d’ouverture de Isaac Bashevis Singer Copyright 1978.
Chant « El Moleh », joué par Shalom Katz (NI7906) avec la permission de Nimbus Records. www.wyastone.co.uk
Cavaliers : Bartabas, Yassine El Hor, Nolwen Gehlker, Emilie Jumeaux, Calou Pagnot, Emmanuelle Santini, Hervé Vincent, David Weiser, Messaoud Zeggane
Micos : Laurent Dupré (Bill), Stéphane Drouard, Paco Portero, Bernard Quental, Henri Carballido, Vladik
Chevaux : Angelo, Conquête, El Cid, Famine, Guerre, Islands Bay, le baudet Joli Cœur, Lucifer, Misère, la mule et l’âne, Noureev, Posada, Raoul, Rustik du Boncoin, Tsar, Ultra, Vasco de l’Effrayere, Victor, Zurbaran
Responsable des écuries : Bérenger Mirco
Soins aux chevaux : Lola Cournet, Aurore Houdelette, Caroline Viala
Création costumes : Marie-Laurence Schakmundès assistée de Sophie Manac’h
Réalisation : Yuma Cefelman, Antonio Fernandes Baptista de Jesus, Sofia Galateau, Sophie Manac’h, Marie-Laurence Schakmundès
Accessoiriste : Sébastien Puech
Masques de bélier et corbeau :  Cécile Kretschmar
Autres masques : prêt de l’Opéra National de Lorraine
Directeur Technique : Hervé Vincent
Son : Serge Rantonnet
Lumières : Clothilde Hoffmann

Techniciens plateau : Max Belland, René Betschart

crédit photos © Alfons Alt

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Les cinq fois où j’ai vu mon père de Guy Régis Jr. © Nathalie Lux

Père en défaut

À théâtre ouvert, avec la complicité du Théâtre Nanterre-Amandiers, Guy Régis Jr
Aller à Haut