Arletty, comme un œuf dansant au milieu des galets de Koffi Kwahulé. Mise en scène et scénographie de Kristina Frédric Lavoir Moderne Parisien © Yann Slama

Arletty, une sacré gueule d’artiste esquissé par Koffi Kwahulé

Le Lavoir Moderne Parisien offre un magnifique écrin à Arletty, comme un œuf dansant au milieu des galets, de Koffi Kwahulé. Un texte ciselé comme un joyau, mis en scène brillamment par Kristian Frédéric, dans lequel Julia Leblanc-Lacoste rayonne.

Plateau nu, à cour une malle de cinéma, à jardin un paravent rouge dont le centre est orné d’ampoules, cela suffit pour donner cette impression de loge. Ce lieu sacré, sorte de sas entre la scène et la vie. On y entre avant de jouer et on en sort pour revenir au quotidien. Ce n’est pas gratuit, évidemment, et bien pensé. Car Koffi Kwahulé raconte une jeune comédienne qui se prépare à jouer Arletty. Cherchant à ne pas perdre son rôle, à garder l’énergie nécessaire, elle répète son texte. Mais, trouvant écho dans les mots qu’elle va devoir interpréter, ses préoccupations personnelles s’interfèrent. 

Arletty en temps de guerre 

Arletty, comme un œuf dansant au milieu des galets de Koffi Kwahulé.
Mise en scène et scénographie de Kristina Frédric
Lavoir Moderne Parisien
 © Yann Slama

Le récit de la vie d’Arletty, centré sur la guerre et la libération, répond aux interrogations de la jeune femme d’aujourd’hui. Celle qui dessine des portraits de femmes, de celles qui veulent vivre pleinement leur identité et leur liberté. Comment vivre ses passions malgré les autres, leurs regards, leurs avis et leurs opinions ? Avec un grand courage, et Arletty n’en a pas manqué. C’est peut-être pour cela qu’à la libération, à la différence de bien des femmes, de certaines de ses collègues comme Mireille Balin, qui fut mise plus bas que terre, Léonie Bathia, véritable nom de l’artistea su faire face à ses juges inquisiteurs. Mon cœur est français, mais mon cul est international ! On ne peut que lui reprocher d’avoir eu l’insouciance des gens heureux dans une période faite de souffrances. L’amour peut rendre aveugle et égocentrique. Mais qui sommes-nous pour juger l’attitude amoureuse des uns et des autres ? Rappelons qu’Arletty n’a pas été arrêtée pour collaboration, mais pour avoir couché avec l’ennemi. Et comme elle l’a dit dans sa Défense, Il ne fallait pas les laisser entrer ! 

Une Garance incomparable

La grande force de l’auteur, très documenté, est de rappeler également quelle femme était celle qui sublimera l’amour avec son personnage de Garance dans les Enfants du Paradis de Marcel Carné. Et c’est là que le personnage de la comédienne trouve sa place. Point de forme narrative pour elle, juste des émotions qui sortent, des réflexions qui se fondent dans celle de son modèle, comme des parenthèses poétiques. On comprend qu’elle attend un enfant, qu’elle gardera, qu’elle aime quelqu’un qu’il ne faut pas où ne plaît pas, que son corps et sa vie lui appartiennent. Elle veut qu’on la laisse tranquillement mener sa barque. Qui a le droit de la juger, elle aussi ? Les mots de l’auteur bondissent faisant ressortir une pléiade de sentiments. 

Un écrin pour une artiste hors-norme

Arletty, comme un œuf dansant au milieu des galets de Koffi Kwahulé. Mise en scène et scénographie de Kristina Frédric Lavoir Moderne Parisien  © Yann Slama

Dans la très belle mise en scène et scénographie, remplie de clins d’œil subtile aux grands rôles qu’incarna au fil de sa carrière la comédienne, de Kristian Frédéric, la jeune et talentueuse Julia Leblanc-Lacoste s’empare de l’espace scénique et du texte, les faisant vivre par l’intensité de son interprétation. Vêtue d’un combiné-gaine des année 1950, sans jamais forcer le trait, avec ses dents du bonheur, sa frimousse malicieuse, sa gouaille, elle a une sacrée gueule d’Arletty. Et elle nous a bouleversé !

Marie-Céline Nivière

Arletty, comme un œuf dansant au milieu des galets de Koffi Kwahulé
Dans le cadre du CYCLE KOFFI KWAHULÉ organisé par le Lavoir Moderne Parisien
Le Lavoir Moderne Parisien
35, rue Léon
75018 Paris
Du 6 octobre au 14 novembre 2021
Du mercredi au samedi à 21h, matinée à 17h dimanche
Durée 1h15

Mise en scène et scénographie de Kristian Frédric
Avec Julia Leblanc-Lacoste
Assistante écriture et mise en scène Marie Lecocq
Stagiaire mise en scène Cassandra Le Riguer
Conception vidéo d’Univers Transmédia Soo Lee et Youri Fernandez
Conception sonore d’Hervé Rigaud
Conception lumière et régie de Yannick Anché
Régie son et vidéo de Frank Harriet
Accessoiriste Sarah Brousse-Martinez
Construction décor Atelier Lasca

Crédit photo © Yann Slama

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Inventions de Mal Pelo - María Muñoz & Pep Ramis © Tristan Perez-Martin

Bach dans le sang

Avant de présenter Highlands à Points Communs, le 1er décembre 2021, à
Aller à Haut