Skylight de David Hare. Mise en scène de Claudia Stavisky. Célestins - Théâtre de Lyon © Simon Gosselin

Skylight, la fable post-thatchérienne d’un amour impossible

Aux Célestins, Claudia Stavisky ouvre la saison avec Skylight de David Hare, une pièce sociale qui lui trotte dans la tête depuis plus de vingt ans. Avec justesse, elle éclaire d’ombres et de lumières les amours contrariées de deux êtres en quête d’absolu que portent intensément Patrick Catalifo et Marie Vialle.

Un soir de grand froid, dans le nord de Londres, Kyra (lumineuse Marie Vialle), professeure dans un établissement scolaire pour démunis, ceux en bas de l’échelle sociale, rentre épuisée après plus d’une heure de bus, mais heureuse du travail accompli. Une légère fatigue se lit sur les traits tirés de son visage. Pour se détendre et réchauffer son corps frigorifié, elle se prépare un bain fumant. Habituée à la solitude, à ne vivre que pour ses élèves, elle ne s’attend pas à être visitée par les fantômes bien vivants de sa vie passée. 

Réminiscence insouciante

Skylight de David Hare. Mise en scène de Claudia Stavisky. Célestins - Théâtre de Lyon © Simon Gosselin

Elle n’a pas le temps de se poser qu’un jeune homme entre chez elle. C’est Michael (pétillant Sacha Ribeiro), le fils de Tom (incroyable Patrick Catalifo), son ancien amant, un self-made man de la restauration. Après le choc de la surprise, vient le temps des retrouvailles, des souvenirs, des non-dits. Derrière les mots, les regards, la figure tutélaire du père pour l’un, de l’être passionnément aimé pour l’autre, apparait imposante, omniprésente. Elle empêche le lâcher prise, les confidences, les discussions à cœur ouvert. Vient très vite faute de pouvoir parler, le moment de se séparer sur la promesse de se revoir vite.

Les combattives retrouvailles 

Costume cravate, portant haut et fier sa réussite, Tom, dont la femme est morte, il y a un an environ, fait son entrée. Triomphant, conquérant comme si de droit, il venait reprendre ce qui lui appartient. Pas si simple, Kyra a grandi, muri. Elle n’est plus l’amante insouciante, la jeune femme naïve. Depuis son départ précipité, sa fuite, trois ans plutôt, elle s’est reconstruite ailleurs, dans un monde loin des paillettes, des restos « ricotta, carpaccio ». Elle s’est frottée à la vraie vie, celle de la classe moyenne broyée par le capitalisme à tout crin. Entre eux, un fossé s’est creusé. L’amour qui les unit sera-t-il suffisant pour dépasser leurs différends, pour accepter l’autre tel qu’il est ? Lui devenu vieux réac, elle émancipée, martyre heureuse d’expier les fautes de sa jeunesse, de sa vie avec Tom. 

Une adaptation au cordeau

Skylight de David Hare. Mise en scène de Claudia Stavisky. Célestins - Théâtre de Lyon © Simon Gosselin

Avec beaucoup de cœur, de sensibilité, Claudia Stavisky s’empare de l’œuvre très téléfilmique de David Hare. Après l’avoir montée en chinois pour les comédiens de Shanghai Dramatic Arts Center (SDAC), elle s’y attèle dans la langue de Molière. Dans un décor très stylisé à la Dogville, imaginé par Barbara Kraft, la metteuse en scène, directrice des Célestins – théâtre de Lyon, donne corps à cette histoire d’amour contrariée par les ravages de la mondialisation galopante en ciselant le jeu de ses comédiens. En ce soir de première, la fébrilité, la retenue, le stress gomment quelque peu l’urgence du propos, sa lucide réalité, son ancrage dans le monde d’aujourd’hui. Ce n’est qu’une question de rodage. Tout est là, sous-jacent, prêt à éclore, à questionner nos modes de vie, notre place dans notre société, notre capacité à aider l’autre. 

Des acteurs tout en chair et émotion

Sur scène, Catalifo brûle les planches. Fragile, arrogant, il a Tom dans la peau, dans le sang. Il domine l’arène. Face à lui, Marie Vialle cherche encore quelque peu son rythme, sa place, ses marques. Délicate, elle s’impose dans la détresse, la colère trop longtemps retenue, révélant avec une candeur déconcertante, l’ingénuité et la sincérité de Kyra. Quant à Sacha Ribeiro, il donne au fils rebelle une belle couleur, une sympathique fougue. 

Devant le tout Lyon culturel, Skylight donne le ton à la saison. Elle sera à l’image de Claudia Stavisky, forte, sociale et profondément engagée. Du bel ouvrage qui fait vibrer les cœurs et touchent les consciences !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Skylight de David Hare
Célestins – Théâtre de Lyon
4 Rue Charles Dullin
69002 Lyon
Du 15 septembre au 3 octobre 2021
Durée 1h50 environ

Mise en scène de Claudia Stavisky assistée d’Alexandre Paradis
Adaptation de Dominique Hollier
Avec Patrick Catalifo, Sacha Ribeiro, Marie Vialle
Scénographie et costumes de Barbara Kraft
Lumière de Franck Thévenon
Son de Jean-Louis Imbert 
Construction décor – Artom Atelier
Costumes de Bruno Torres et Florian Emma  

Crédit photos © Simon Gosselin

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