Sandrine Molaro @Lou Sarda

Sandrine Molaro, l’éclatante

Créée en 2019 au Festival d’Avignon Off au théâtre Girasole, Les Romanesques, la comédie d’un jeune auteur nommé Edmond Ronstand, dans l’excellente mise en scène de Marion Bierry a ensuite été repris au Théâtre du Ranelagh en octobre. Covid oblige, les théâtres ferment et la pièce après quelques représentations doit s’arrêter. Pour cette rentrée, elle est actuellement à l’affiche de ce beau théâtre du 16e arrondissement. Rencontre avec Sandrine Molaro qui incarne avec tout le talent qu’on lui connaît le personnage de Sylvette.

Les Romanesques d’Edmond Ronstand - Sandrine Molaro © Ben Dumas

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Une opérette, au théâtre du Châtelet. J’avais entre six et sept ans, je suis revenue le cœur chaviré. J’ai découpé plus ou moins soigneusement la photographie de José Villamor dans le programme. Je l’ai accrochée au mur, et debout sur mon lit, j’ai reniflé, pendant plusieurs jours, sa signature au marqueur bleu. Un héros à pattes d’eph était présent dans ma vie et je dansais et chantais à ses côtés !

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Je n’en vois pas un précisément, il s’agit plus d’un souffle continu qui se dirige vers…
Depuis la caméra super 8 de mon père qui semblait capter tous nos instants vivants.
Le cinéma en plein air chaque été, avec ses glaces Miko, ses chaises en toiles fleuries, ses héros populaires. Les westerns « spaghettis » du dimanche soir où les filles fumaient des cigares et buvaient du whisky… Jusqu’à ce samedi où, au conservatoire d’arrondissement, après avoir lu à voix haute un passage des Mémoires d’une jeune fille rangée, j’ai déclaré devant une petite assemblée d’élèves que moi aussi, je voulais devenir actrice ! J’ai senti ce jour-là que je ne reviendrai pas en arrière, qu’il allait en être ainsi de ma vie !

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ?
Avoir un rendez-vous chaque soir où je n’aurai pas à être fidèle qu’à l’anarchie de mon enfance ! Le voyage ! M’extraire, partir de « chez moi » ! Explorer l’existence, habiter d’autres vies et voir de l’autre côté, faire partie des « nomades », traverser les frontières intimes, sociales et politiques. Mais aussi la précieuse « tranquillité » des mots choisis.
Savoir qu’ils vont être dits, à voix pleine, et que les choses vont être entendues.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
Le malade imaginaire, dans le gymnase du collège ! Les rires entendus ce soir-là…
L’espace d’une soirée cet endroit s’est transformé en terrain joyeusement subversif loin des normes sportives. J’y faisais des farces et la journée piteuse que j’avais passé la veille à tenter vainement un saut en hauteur ciseau sous l’œil désespéré de mon professeur disparaissait soudainement dans le bruit heureux de ce public !

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Sopro de Tiago Rodrigues. Certains spectacles vous reconvoquent sur votre chemin d’artiste. Dans ce spectacle, Tiago Rodrigues affirme avec une grande délicatesse sa croyance fondamentale en la capacité du théâtre à transmettre la vie. J’en suis sortie bouleversée avec un amour renouvelé pour mon métier, de la force… À un moment où je doutais.

Les Romanesques d’Edmond Ronstand - Sandrine Molaro © Ben Dumas

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
J’ai l’impression d’avoir eu la chance de faire beaucoup de belles rencontres, certaines éphémères et d’autres qui se sont inscrites dans le temps. Je pense à mes amis rencontrés au cours Périmony, ils sont présents dans ma vie d’aujourd’hui et c’est doux d’être ensemble dans cette traversée. À tous ceux qui m’ont fait une place dans leur univers, pour porter une partie de leur rêve. Ces rencontres sont toutes singulières et précieuses. Je pense aussi à tous ceux avec qui j’ai ri du bonheur d’être sur un plateau !
Ceux avec qui j’ai fait équipe ! C’est un lien rare et fraternel qui m’est très cher.
Quand nous jouons, nous sommes vulnérables et voir chaque soir cette fragilité chez son partenaire, donner à voir la sienne, crée un lien qui pour moi n’a pas d’équivalent dans la « vraie » vie.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
 C’est mon endroit, une façon de me placer hors de la vie sociale pour mieux la raconter.
Mon lieu de résistance… Je peux y transformer les choses, faire de la poésie, du drôle, du chagrin, de l’ironie… Et mes pas y trouvent un sens dans la confusion de notre monde.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Les autres, nos petites maladresses, les trajectoires foutraques, ce qu’on ne dit pas, nos gestes improbables… Les traces que certains personnages laissent dans votre cœur… Certaines de leurs audaces… Les visages, nos humanités douces… Le Cinéma, quand Saraghina danse la rumba dans 8 et demi. Les aventures de Guille y Belinda postées par Alessandra Sanguinetti sur Instagram. La Photographie. Les plages d’Agnès. Toutes ces musiques qui me sont chères et que j’écoute souvent beaucoup trop fort ! Et une infinité de choses encore…

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
Instinctif et joyeux ! J’ai toujours en tête le côté périlleux et sans filet d’une représentation, mais dès que ça commence, je m’appuie sur mes jambes et c’est parti ! J’aime beaucoup cette phrase de Colette dans L’envers du music-hall qui évoque cette «…Illusion de vivre très vite, d’avoir chaud, de travailler, de ne penser guère, de n’emporter avec soi ni regret, ni remords, ni souvenir… ».

Madame Bovary reprend vie sous les traits de la lumineuse Sandrine Molaro   © Brigitte Enguerand

À quel endroit de votre chair, de votre corps situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Mes jambes ! Je les laisse faire ! Elles font tout mieux que moi : …l e mur, déambuler avec désinvolture, ou encore prendre de l’énergie dans le sol, pour porter une parole…

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Tous ceux qui m’emmèneront encore un peu ailleurs !

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
PLATONOV ON ICE, un spectacle rêvé « à gorge déployée » avec mes deux amis de la compagnie C’est bien agréable : Mademoiselle Lebert et Monsieur Talbot. Orchestre au milieu de la piste, triple axel, paillettes, chutes et patinoire !

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Peut-être un potager partagé où certains légumes poussent à folle allure et d’autres dans une joyeuse lenteur !

Marie-Céline Nivière

Les Romanesques d’Edmond Ronstand
Th
éâtre du Ranelagh
5 rue des Vignes
75016 Paris

Du 9 septembre au 7 novembre 2021
Du jeudi au samedi 21h, matinées samedi et dimanche à 16h30 
Durée 1h25

Adaptation et mise en scène de Marion Bierry
Avec Sandrine Molaro, Alexandre Bierry, Gilles-Vincent Kapps, Serge Noël et Thierry Ragueneau
Scénographie de Nicolas Sire 
Costumes de Marion Bierry
Lumières de Pascal Noël

Crédit photos © Lou Sarda, © Ben Dumas, © Brigitte Enguerand

Print Friendly, PDF & Email

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

*

Dernièrement

Aller à Haut