Robin Auneau © Ryo Ichii

Robin Auneau, le cirque dans la peau

Guerrier ultra sexy dans l’adaptation « queer » de l’Édouard II de Marlowe par Bruno Geslin et de Jean-Michel Rabeux, Robin Auneau est actuellement à Village de cirque, pelouse de Reuilly. Ayant rejoint en 2016 la Cie Rasoposo, il participe à la belle Oraison imaginée par Marie Molliens, un spectacle puissant, hymne au cirque d’hier, d’aujourd’hui et de demain. 

Oraison de Marie Molliens. cie Rasposo. Robin Auneau © Ryo Ichii

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
Je me souviens très bien avoir vu une équipe de trapèze volant à la télévision lorsque j’étais petit et me dire que c’est ce que je ferais plus tard.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Lorsque j’ai terminé ma formation à l’ENCC (école nationale de cirque de Châtellerault), à l’issue de la dernière représentation du spectacle de clôture de la formation, on a fait une grande fête. Lorsque la fête se terminait, au matin, il y a un monsieur boiteux, borgne et saoul ; qui avait vu le spectacle ; qui m’a dit que si je cherchais du travail, je pouvais venir chez lui. C’était le père d’une copine de la formation qui avait un théâtre itinérant sous chapiteau.
Comme à 17 ans, je n’avais pas de projet définitif, je suis allé chez eux deux semaines plus tard et j’ai travaillé plusieurs années chez eux.

Qu’est-ce qui fait que vous avez choisi d’être artiste ?
Artiste… Mais de cirque. Pour vivre en caravane, devenir un voyageur, un itinérant. Aller à l’étranger, rencontrer des drôles d’oiseaux sur la route. Faire des spectacles dans la rue, sur les campements, sous le chapiteau pour « foutre le bordel » partout où l’on passe. Au commencement, c’était bêtement pour être un marginal.

Oraison de Marie Molliens. cie Rasposo. Robin Auneau © Ryo Ichii

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Dans ce premier théâtre itinérant où j’ai travaillé, j’ai tout appris avec le premier spectacle que l’on jouait. Je me souviens que j’aidais les comédiennes à lacer leurs corsets en coulisses, c’était très excitant. J’ai appris à monter et démonter le chapiteau, à rouler les câbles, à rouler en camion la nuit, à gueuler dans la rue pour ramener du public, et surtout à jouer. Je me souviens très bien avoir eu un déclic pour jouer. Dans le sens où, un soir, j’ai arrêté de faire ce que je croyais bien et que l’on m’avait enseigné pour juste jouer comme j’avais envie. C’était merveilleux d’avoir la liberté de tester tout cela en plein spectacle. 

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
Le spectacle Morsure du Cirque Rasposo. Je n’en faisais pas encore parti. J’ai vu le spectacle six fois de suite à Prague. J’ai pu faire l’expérience d’une sensation, de la compréhension viscérale plutôt qu’intellectuelle ; ce qui est la base du travail de Marie (Molliens). Depuis, je cherche à donner cette sensation aux spectateurs en jouant. Et puis il y avait un tigre à la fin du spectacle. Cet engagement total, ce « jusqu’au boutisme », j’étais intrigué, étonné et ravi.

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Il y a eu Thai Lai Knight, qui est la première artiste avec qui j’ai partagé ma vie. Artiste performeuse au style inimitable. Elle avait tant de références que je ne connaissais pas. Elle a travaillé dans le milieu de la nuit, du sideshow, du fakir. Je découvrais tout un monde. Aussi, parce qu’elle m’a appris à tout déconstruire et repenser ce métier. J’ai pu abandonner la technique de cirque un temps pour créer des numéros ou spectacles qui n’avaient besoin pour démarrer que d’une idée ou d’une image.
Et puis bien sûr, Marie Molliens, avec qui je partage ma vie aujourd’hui. Avec elle, a commencé le passionnant travail sur les spectacles « métaphoriques », un travail d’acteur sur l’organique et le viscéral. Un travail d’acteur rigoureux qui demande à s’adapter et à se ré-inventer à chaque nouveau spectacle. Avec elle, j’ai également repris un entraînement de cirque beaucoup plus important. Elle m’a motivé à aller au plus loin de mes capacités acrobatiques. Sans cela, je serais sans doute devenu un vendeur de churros obèse. 

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
C’est mon équilibre. Il m’épuise et me donne de l’énergie.

Oraison de Marie Molliens. cie Rasposo. Robin Auneau © Ryo Ichii

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Les familles de cirque comme Ronaldo Circus
Les comédiens forains comme Burratini
Les clowns de music-hall comme Don Saunders
Les comédiens comiques comme Fred Blin des chiches capons ou Maria-Dolorès
Les acteurs comme Willem Dafoe
Les excentriques comme Pierrot des roulottes du Rideau Attelé
Les performeurs comme Lalla Morte
Toute personne dont on ne saurait pas dire s’ils sont des fous ou des génies
Toute personne croisée dans la rue, assez étrange pour que, si on les mettait tel quel sur scène, les gens diraient : « on n’y croit pas » « ça n’existe pas en vrai » « overacting !!! »

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Paradoxale. Transcendantale, mystique. J’essaie toujours de m’oublier, de ne plus être moi-même. Je suis à la base un traqueux et peut me mettre « en état » plusieurs heures avant de jouer. Aussi, parfois, tout cela est si naturel. Avoir des enfants m’a appris cela. Je peux m’occuper d’eux ou faire de la poussette 10 mn avant de jouer ; cela ne me dérange plus. Ça m’aide même. J’ai appris à tirer du bon pour jouer de choses qui semblent très éloignées d’une préparation d’acteur classique.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Entre le crâne, les poumons, le bout des doigts qui font mal et le sexe, bien sûr.

Oraison de Marie Molliens. cie Rasposo. Robin Auneau © Ryo Ichii

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ? 
J’ai eu et ai encore la chance de travailler avec des artistes, des metteurs en scène et des patrons de cirque que j’admire, toujours pour des raisons très différentes. Si je rêve de travailler avec quelqu’un, je suis toujours capable de demander. Ça ne marche pas toujours, mais ça rend les rêves concrets.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
Avoir un cirque nomade aujourd’hui, c’est un projet fou.

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Je serais la peau d’un homme tatoué de la tête au pied dans une foire foraine d’antan.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Oraison de Marie Molliens
Cie Rasposo

Printemps des Comédiens

Village de cirque 17e édition
Pelouse de Reuilly
Samedi 25 septembre 2021 à 19h 
Dimanche 26 septembre 2021 à 15H30

Le Feu, la fumée et le soufre d’après Édouard II de Christopher Marlowe
Création à huis clos le 12 janvier 2021 au 
ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie en partenariat avec le Théâtre Sorano

Crédit photo © Ryo Ichii

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