Julien Guyomard © DR

Julien Guyomard, artiste de troupe

Après une belle tournée sur le territoire et un arrêt, cet été, au Train bleu à Avignon, Julien Guyomard présente Brèves du Futur, les 21 et 22 septembre 2021, dans le cadre du festival Spot #8 du Théâtre Paris-Vilette. Comédien, auteur et metteur en scène, l’artiste à la tête de la compagnie Scena Nostra croque le monde d’aujourd’hui et de demain à travers des pièces courtes. Puisant son inspiration dans ses rencontres sur le territoire, il signe une œuvre anticipatrice inquiétante, troublante autant que questionnante. rencontre.

Brèves du futur de Julien Guyomard © Jean Louis Fernandez

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
Je crois que c’était le conte musical de Philippe Chatel, Émilie Jolie. La chanson m’est resté dans la tête jusqu’à aujourd’hui.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Je n’ai pas eu de véritable déclencheur. Je ne viens pas d’une famille d’artistes. Je ne connaissais personne qui faisait du théâtre. Par ailleurs, j’étais un peu perdu étant jeune sur mon choix de vie. À l’époque, j’avais surtout pour ambition de travailler le moins possible. Pourtant, je n’avais pas envie de faire « comme tout le monde« . Cette voie s’est ouverte par défaut. Et devenir comédien semblait quelque chose d’accessible et d’amusant. 

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédien, metteur en scène et auteur ? 
J’ai fait une école dans un conservatoire d’arrondissement dans le 5e à Paris pour devenir comédien. À l’époque, je ne réussissais pas à trouver de textes qui me correspondent. Je me suis aussi aperçu que je n’aimais pas aller sur scène. Défaut problématique lorsqu’on est dans une école de théâtre. Ce qui m’attirait, c’était le travail de groupe. Et c’est pour retrouver ça que j’ai commencé à écrire et mettre en scène. 

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
Peu de temps après ma sortie d’école, j’ai joué un tout petit rôle dans un spectacle intitulé Le soldat Tanaka mis en scène par Guillaume Lévêque. Je me suis retrouvé à jouer sur la scène du Théâtre de la Colline puis en tournée. J’ai découvert, pour la première fois, ce que c’était qu’une pièce professionnelle. Le souvenir que j’en garde, c’est un nombre de fous rires incroyable et une joie de faire ce métier. Et c’est ce que j’ai toujours souhaité retrouver en répétition comme en représentation. La joie de faire ensemble.

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
J’ai été amené quasiment de force par ma compagne voir La Mouette mise en scène par Lars Noren, pièce présentée au théâtre Nanterre-Amandiers, surtitrée en suédois et durant plus de 3 heures. J’avais 22 ou 23 ans et sur le papier, je m’attendais à passer la soirée la plus longue de ma vie…
Pourtant, pour la première fois, j’ai assisté à ce que je rêvais de faire. Un moment suspendu où des acteurs, sans aucun volontarisme, restaient sur un fil entre histoire et présent de la représentation. Nous étions avec un groupe d’amis au premier rang et nous étions tellement fascinés que ça a dû se voir de la scène. Après les saluts, un des comédiens nous a remerciés. Comme s’il avait senti que nous étions, corps et âme, avec lui.

Brèves du futur de Julien Guyomard © Jean Louis Fernandez

Quelles sont vos plus belles rencontres ? 
Ma première rencontre essentielle a été (et est toujours), Elodie Vom Hofe, dramaturge et comédienne. Elle dirige la compagnie à mes côtés.  » Ma compagne m’accompagne « . Elle fait écho, structure et enrichie une démarche artistique commune. 
Ensuite, il y a eu mon professeur, Bruno Wacrenier, qui m’a appris les notions de groupe, de qualité de présent et de joie au plateau.
Enfin, il y a les acteurs qui m’entourent et me suivent depuis le début. Ils m’ont fait confiance dès mes premiers projets, même les plus « casse-gueules« . Ils m’ont aidé à assumer mon écriture, ma démarche et lui ont donné sa véritable dimension. 
Lorsqu’on connaît la difficulté de se donner à l’autre, de se mettre au service de son univers, je suis à la fois fier, reconnaissant et admiratif de ce groupe d’acteurs qui a accepté de m’accompagner.
Je ne les citerai pas tous, mais toute la bande se reconnaîtra. 

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ? 
Le mot « essentiel » raisonne différemment dans le contexte actuel. Est-ce que l’art est essentiel ? Vaste question. 
Jusqu’à présent, j’ai toujours eu l’impression que je faisais ce métier comme je pourrai en faire un autre. Mais écrire et amener ce que j’écris sur scène, c’est à la fois une chance inouïe, mais aussi la seule manière que j’ai trouvé pour amener ma petite contribution à l’émergence d’un monde que je souhaiterai autre.

Qu’est-ce qui vous inspire ?
La question de savoir si nous allons survivre aux siècles à venir me fascine et me trouble.
Pourquoi avançons nous résolument vers un mur sans réussir à nous en détourner ? Comment réussir à infléchir à un niveau individuel un destin collectif qui semble funeste ?
Comment le système capitaliste, individualiste, concurrentiel a-t-il pu s’inscrire si puissamment dans les imaginaires qu’il en devienne le seul horizon possible ?
Je cherche à travers la littérature politique, sociologique et scientifique des éléments de réponse (que je ne trouverai pas). Et je pense que mon inspiration vient de cet insatiable besoin de remplir cette béance.

Syndrome U de Julien Guyomard © Jean Louis Fernandez

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Les projets que je mène hors-les-murs (comme celui intitulé Immersion) m’ont montré que la scène se situe simplement là où il se passe quelque chose. Que la scène soit un bar, une agence immobilière ou un bout de trottoir, elle attire à elle. Elle devient alors aussi prétexte à créer du lien et quoi de mieux que de traiter de la question des communs collectivement.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
Lorsque se joue des drames sociaux et humains face à un système global qui semble sourd et immuable, lorsque s’accentuent des inégalités qui nous semblent déjà insupportables, ça me met en rage. 
J’ai même pu être enclin à une forme de violence que j’ai appris à canaliser avec le sport et notamment la lutte.
Le corps est donc assez présent dans mon rapport au monde. J’embrasse, j’empoigne mon désir de prise de conscience collective tout comme je le fais avec les gens que j’aime. 
Si je devais situer tout ça, ça irait de la tête aux poings.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
J’aime beaucoup le travail de Gwenaël Morin. J’ai découvert grâce à lui une manière de faire le théâtre qui me correspond où l’humain sur scène prime sur tout ce qu’on pourrait être tenté de mettre autour.

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
J’ai participé à Un Festival à Villeréal où nous vivions ensemble avec pour seule préoccupation de créer.
Nous avions la chance de pouvoir mettre la réalité financière et logistique entre parenthèse l’espace de ce temps de résidence in situ. J’ai écrit et créé des fictions courtes dans l’urgence (qui sont devenues aujourd’hui le spectacle Brèves du futur) et le fait de sortir des temporalités longues des productions habituelles m’a beaucoup plu.
Ça me donnerait bien envie de créer des temps de création avec ce type de modalités pour produire une série politique d’anticipation théâtrale. Chaque semaine, il faudrait avec mon équipe, écrire, répéter et jouer de nouveaux épisodes.
J’adorerai aussi travailler à la réinvention des lieux que sont les théâtres et notamment les CDN, outils de production uniques et pourtant, par certains côtés, rigides. 
Sans pour autant vouloir en diriger un, je trouve excitant la question du positionnement de ces institutions dans la vie sociale et politique de la cité. Ces grosses maisons me semblent être un microcosme représentatif de ce qu’on retrouve un peu partout en terme d’organisation du travail, de hiérarchie, de rapports de pouvoir tout en ayant la nécessité de créer des formes créatives et expérimentales. N’y aurait-il pas la possibilité (la nécessité ?) de chercher à être aussi créatif sur les modalités de production que sur la production elle-même ? 

Naissance de Julien Guyomard © Cha. Corman

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Je ne sais même pas si je pourrai parler d’œuvre en parlant de ce que je fais. Je dirai plutôt que j’ai une démarche et des convictions. Maintenant, qui suis-je au regard de ce que je défends ? Ce que j’aimerai, c’est tendre vers une cohérence entre ces deux aspects « en et hors » scène.
J’ai le sentiment qu’il y a, chez les artistes, un boulot d’introspection assez profond à faire. À porter aux nues l’œuvre, on oublie un peu vite qui est l’artiste. Et il y a parfois de grandes dichotomies entre les réflexions magistrales, profondes et engagées d’artistes dont le comportement dans la « vraie » vie est médiocre, voire toxique. 
Donc on va dire que je fais des va-et-vient entre questions et remises en question pour un jour, enfin et peut-être, pouvoir répondre à cette question…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Brèves du futur de Julien Guyomard
texte paru aux Esse que Éditions
Festival d’Avignon Off
Train Bleu – Salle Etoile Maif Avignon

Reprise
Les 21 et 22 septembre 2021 au Théâtre Paris-Villette
Festival Spot #8

Crédit Photos © DR, © Jean Louis Fernandez et © Cha. Corman

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