My body is cage de Ludmilla Dabo. théâtre de la Tempête. © OFGDA

Dans les coulisses du cabaret de Ludmilla Dabo

Au théâtre de la Tempête, Ludmilla Dabo répète My Body is Cage. Pour la première fois, la comédienne, auréolée du prix du syndicat de la Critique dramatique 2020, se frotte à l’écriture et à la mise en scène. Généreuse, sensible, lumineuse, elle entraîne sa troupe toute féminine dans un monde où derrière les paillettes, la trivialité de la vie apparaît crue et brute. Un spectacle musical en devenir, touchant et humain. 

L’été indien s’est installé sur la capitale. À la Tempête, la frénésie de l’ouverture prochaine est palpable. Cartons envahissant le foyer, comédiens répétant leur texte, répétitions en cours, tout donne un air de rentrée au lieu. Salle Copi, Ludmilla Dabo donne ses dernières instructions à la technique. Dans les coulisses, les autres artistes se préparent. Elles enfilent leur tenue pailletée, leur perruque. Tout est prêt, un dernier bol d’air frais, avant d’entrer dans la touffeur du théâtre. Le top est lancé, le filage de la première partie peut commencer. 

Strass et clair-Obscur
My body is cage de Ludmilla Dabo. théâtre de la Tempête. © OFGDA

Côté cour, derrière une table de mixage, Aleksandra Plavsic chauffe les platines, met l’ambiance. Cet après-midi, c’est clubbing. Boule à facettes, spots pleine face, tout est fait pour permettre aux spectateurs de glisser dans le monde de la nuit, celui dans lequel on pénètre après une journée harassante de travail. Les corps sont moites, fatigués. Les lumières virent au rouge. Les yeux s’habituent à la pénombre. Des silhouettes apparaissent en fond de scène. Anne Agbadou MassonAlvie Bitemo et Malgorzata (Gosia) Kasprzycka prennent des poses sensuelles, subjectives. La température déjà élevée monte de quelques degrés. La balade au cœur de ce cabaret très seventies a commencé. Le voyage est autant sonore que visuel. Tout est fait pour entraîner le public vers une torpeur ouatée. 

Une évocation faussement pailletée du monde d’aujourd’hui

Alors que la magie noctambule vampirise la salle, les mots viennent percuter la rêverie savamment concoctée par Ludmilla Dabo. Les tableaux strass et paillettes volent en éclat, libérant la parole de ces corps de femmes fatiguées, épuisées par le quotidien, la routine, par la frénésie de la vie moderne. Mouvements lascifs, presque ralentis, chants jazzy, tout un univers fait de contrastes, de contradictions se dessine peu à peu. Perruque blonde « choucroutée », tenue moulante, dorée, la metteuse en scène fait son entrée. Nimbée de lumières, elle se glisse dans la peau d’une meneuse de revue d’un cabaret en perdition. Modulant sa voix, passant en un clin d’œil du grave au doux le plus sucré, elle ferre son auditoire, interpelle le petit démon fourbu qui se cache en chacun de nous. 

Vers la reconquête du soi
My body is cage de Ludmilla Dabo. théâtre de la Tempête. © OFGDA

Imaginant des histoires d’hommes, de femmes refusant d’affronter la dureté de la vie, d’un quotidien sempiternellement identique, Ludmilla Dabo souffle le chaud, le beau et le triste. Titubant, s’effondrant, avec ses complices, elle esquisse un entre-deux, un espace allégorique du temps présent, qui n’est ni la réalité, ni un songe. Petit à petit, les artifices tombent, les artistes font tomber masques et faux semblants. Une autre temporalité fait jour. Nous n’en serons pas plus. La répétition s’arrête. Sereine, la metteuse en scène a besoin d’un temps pour fixer certaines choses en modifier d’autres. 

Rayonnante, Ludmilla Dabo a ce je-ne-sais-quoi qui attrape et envoûte. Nous laissant quelque peu sur notre faim, sur un dernier sourire, elle nous abandonne au cœur de la nature luxuriante de la Cartoucherie, plein de belles promesses, de mélodies envoûtantes en tête.

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

My body is cage de Ludmilla Dabo 
Salle Copi
Théâtre de la Tempête
Route du champ de manœuvre
75012 Paris
Première le 10 septembre 2021
Jusqu’au 3 octobre 2021
du mardi au samedi à 20h30, le dimanche à 16h30  
Salle Copi
Durée 1h30

Mise en scène de Ludmilla Dabo assistée de Jézabel d’Alexis 
Avec Anne Agbadou Masson, Alvie Bitemo, Ludmilla Dabo, Malgorzata (Gosia) Kasprzycka, Aleksandra Plavsic 
collaboration artistique de Catherine Hirsch
chorégraphie de Mai Ishiwata 
lumières de Kévin Briard assisté de Zoë Dada 
son d’Aleksandra Plavsic

Crédit photos © OFGDA

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