Pourvu que la mastication ne soit pas longue d’Hakim Bah © Christophe Raynaud de Lage

Vive le sujet ! 2021, une seconde vague réjouissante

La 75e édition du Festival d’Avignon est marquée par un excellent cru de Vive le sujet !, programme imaginé en collaboration avec la SACD qui offre des cartes blanches à des artistes qui ne se connaissent pas. Après Johanny Bert et David Wahl, c’est au tour d’Hakim Bah, d’Aina Alegre, de Juglair et Nach d’attraper le public, de le séduire et de le mettre K.O. 

Il y avait bien longtemps que le Jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph n’avait autant emballé le public. Il faut dire que cette année, particulière en raison de la covid et des conséquences qu’elle a engendrées dans les processus créatifs, les artistes choisis pour participer à Vive le sujet ! se surpassent dans l’art de suspendre, d’hypnotiser, d’ensorceler. Après une première vague riche en couleurs et en sensations, les deux programmes, présentés en fin de festival, touchent juste et font carton plein. 

Un uppercut estival 
vu que la mastication ne soit pas longue d’Hakim Bah © Christophe Raynaud de Lage

Après une année marquée par le retour du mouvement Black Lives Matter au premier plan, suite à la mort de George Floyd, le 27 mai 2021 à Minneapolis, Hakim Bah revient sur une autre bavure policière, qui en 1999, a secoué l’Amérique. Le 4 février, dans les rues du Bronx, Amadou Diallo, un jeune guinéen de 23 ans, sans histoire, est abattu de 41 balles par quatre officiers de police new-yorkais. S’emparant de ce drame trop ordinaire, dont un de ses compatriotes a été victime, le dramaturge, nouvelliste et poète imagine une fiction documentée, où chaque mot est une balle qui traverse le corps de spectateur. Accompagné du circassien Juan Ignacio Tula et du musicien Arthur Bartlett Gilette, il donne à son récit une puissance noire, une dimension poétique, tragique. Manifeste contre les violences policières, Pourvu que la mastication ne soit pas longue est un coup de poing en plein été. 

Les danses du martèlement 
ETUDE 4 FANDANGO ET AUTRES CADENCES - VLS Conception Aina Alegre,Conseil artistique Quim Bigas, Capucine Intrup, Avec Aina Alegre, Yannick Hugron. © Christophe Raynaud de Lage

Tout de blancs vêtus, Aina Alegre et son invité Yannick Hugron invitent à s’immerger dans la culture du Fandango, ainsi que dans d’autres danses traditionnelles dont l’une des principales bases est le geste du martèlement. Prenant comme point de départ à son écriture, l’expérience de son comparse, qui fut longtemps interprète des danses populaires Basques, la chorégraphe madrilène déploie, à travers les récits de différents passionnés, une série de pas, d’enchainements où mots et mouvement se répondent et se conjuguent. Se donnant à corps perdus jusqu’à l’épuisement, les deux danseurs offrent une pièce énergique aux lignes épurées, aux tracés dynamiques. On peut regretter l’omniprésence de la bande-son qui diffuse moultes témoignages, offrant peu de place à la suggestion et à l’imagination. La danse d’Aina Alegre et d’Yannick Hugon se suffit à elle-même. Elle raconte le nécessaire autant que l’essentiel. 

Sexual distraction 
Plastic Platon de Juglair © Anna Rizzo

Enlacés, emballés dans du film étirable transparent, deux corps s’offrent sans retenue au spectateur. Liés tels des jumeaux siamois, Juglair et Julien Fanthou font fi de leur genre, de leur sexe. Drag King ou Drag Queen, chacun s’amuse à défier l’autre, à livrer leur histoire, leur parcours, féminin pour lui, masculin pour elle. Dans un jeu de peaux, de gestes, empruntant au pôle dance,s es pauses lascives, les deux artistes invitent à un jubilatoire pas de deux, à un moment suspendu enivrant et puissamment charnel. 

Nach en majesté
7 vies de Nach et Ruth Rosenthal © Christophe Raynaud de Lage

La rencontre entre Ruth Rosenthal, chanteuse et autrice israélienne, qui œuvre avec le duo Winter Family, et la danseuse et chorégraphe Nach est explosive. Conjuguant les arts pluridisciplinaires, leurs sensibilités, leurs’ voix, les deux artistes se font multiples pour dire ce que veut dire être une femme. Chants frêles, phrases chocs, mouvements robotiques, corps décuplés, déformés, sublimés, c’est tout une palette d’émotions, de cris de luttes qui se déploie sous nos yeux. Face à la gracile Ruth RosenthalNach impose l’élégance de ses mouvements, sa gestuelle précise, maîtrisée, une danse sans concession, libérée de toute contrainte. Concluant le quatrième programme des vive le sujet, la nouvelle étoile du krump brûle les planches et transcende son corps de femme. Un bien ensorcelant manifeste féministe et féminin !

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Vive le Sujet !
Festival d’Avignon

Le jardin de la Vierge du Lycée Saint-Joseph
62 rue des Lices 
84000 Avignon

Pourvu que la mastication ne soit pas longue d’Hakim Bah
Conception et interprétation Hakim Bah, Arthur Bartlett Gillette, Juan Ignacio Tula
Texte Hakim Bah
Roue cyr Juan Ignacio Tula
Création musicale Arthur Bartlett Gillette
Regard extérieur Mara Bijeljac

Étude 4, Fandango et autres cadences d’Aina Alegre
Collaboration et interprétation – Aina Alegre et Yannick Hugron
Conseil artistique-  Quim Bigas, Capucine Intrup

Régie générale – Guillaume Olmeta
Production et diffusion – Claire Nollez
Assistanat production – Laura Maldonado

Plastic Platon de Juglair 
Conception et interprétation-Julien Fanthou et Juglair
Regards extérieurs Cille Lansade, François Chaignaud

7 vies de Nach et Ruth Rosenthal
Musique, chant et interprétation Ruth Rosenthal
Régie son Anne Laurin
Régie générale Vincent Hoppe

Crédit photos © Christophe Raynaud de Lage et © Anna Rizzo

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