Catherine Germain, comédienne puissamment humaine

Après sa prestation époustouflante dans Le rouge éternel des Coquelicots, il y a deux ans au festival d’Avignon le OFF, Catherine Germain, égérie de François Cervantes, revient illuminé le plateau du 11.Avignon dans une pièce chorale, Le Cabaret des absents. De sa silhouette fine, de son jeu virtuose, elle donne à ce conte nostalgique, une délicatesse poétique qui invite à voyager dans l’histoire du théâtre du Gymnase à Marseille.

Le Cabaret des Absents de François Cervantes. avec Catherine Germain © Christophe Raynaud de Lage

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ? 
J’ai douze ans, mes parents sont agriculteurs. Je ne suis jamais allée au théâtre. Un chapiteau est installé dans un village pas loin de la ferme de mes parents. Je me retrouve assise au premier rang sur un banc en bois avec des copines de mon âge. Nos mères sont au fond. La pièce, c’est Cyrano de Bergerac joué par Jean-Claude Drouot.
Il hurle et nous postillonne dessus. Mais je retiens surtout sa puissance et ma fierté d’être si près de l’acteur comme si j’étais devant un animal. Je sais que j’aime profondément ce que je suis en train de vivre.
C’est le chapiteau des Tréteaux de France, dirigé à l’époque par Jean Danet. Dix ans plus tard, je jouerai dans Lorenzaccio sous ce même chapiteau.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ? 
Ajouté à cet épisode de spectatrice aux « Tréteaux de France », le fait d’aimer jouer chez moi sur une charrette en bois dans un champ et de participer à un club de théâtre amateur, je désirais ne faire que ça, mais je ne pensais pas que c’était un « métier » possible. C’est seulement quand j’ai découvert qu’il y avait des écoles pour préparer de jeunes acteurs à devenir des « professionnels » que j’ai convaincu ma mère de la voie que j’avais choisie. Le fait qu’il y ait un enseignement l’a rassurée. À 18 ans, je suis allée à Paris passer des concours et j’ai réussi celui de la Rue Blanche.

Qu’est ce qui a fait que vous avez choisi d’être comédienne ? 
Être une « autre ». Changer de vie. Changer ma vie. Me transformer. Voyager à l’intérieur de moi. Ne pas croire sérieusement à ce que je suis,à ce que je crois être. Me « changer les idées » comme on changerait son sang, 
et trouver ma place dans le monde par un rééquilibrage permanent de mon rapport aux « autres ». Croire profondément que les œuvres et les personnages sont plus vivants que moi. 

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ? 
J’ai joué dans Fourberies de Scapin en classe de 5e avec ma professeur de français. Je jouais Hyacinthe et je devais pleurer. Je ne savais comment faire ça parce que pour moi il n’était absolument pas question de pleurer en vrai. Alors j’avais mis un oignon pris à la ferme chez moi et je l’avais glissé dans mon mouchoir. Je me suis frottée les yeux au moment de la scène des pleurs. Ils étaient rouges, un peu trop peut être, mais pour moi le souvenir que j’en garde c’est cette façon de penser le théâtre que j’ai encore aujourd’hui : être sincère, parce que mon désir d’être en pleurs avec mon oignon était sincère. Ce n’est pas le résultat qui compte c’est ce qui pousse à l’intérieur d’un acteur pour être entièrement là. C’est ça que le public reçoit.

Le Cabaret des Absents de François Cervantes. avec Catherine Germain © Christophe Raynaud de Lage

Votre plus grand coup de cœur scénique ? 
L’Oiseau Vert de Gozzi par Benno Besson. Magique pour mes yeux de jeune actrice. Arlequin de Goldoni par Strelher. Assise sur scène avec d’autres jeunes acteurs à l’Odéon, avec le privilège d’assister à cette place à la passation entre Soleri et un nouvel acteur qui allait jouer Arlequin. Bérénice de Racine par Gruber. La pensée incarnée. Le souffle de Ludmilia Mikael. 

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
François Cervantes, qui m’a ouvert un monde et dont la recherche ne cesse de m’interroger. Le violoniste Gidon Kremer, qui a joué avec le bâton dont je me servais pour jouer sur le violon inventé de mon clown Arletti lors de la création d’un spectacle avec l’orchestre du Kremerata Baltica et Julien Cottereau et qui a réussi à faire « sonner » son violon à lui, bien réel : un Amati du XVII ème siècle. Et d’autres, tant d’autres.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
Je ne le distingue plus. Il est une part de moi.

Qu’est-ce qui vous inspire ? 
Le silence, les visages, le son de la nature…

Le rouge éternel des Coquelicots. François Cervantes. Catherine Germain. © Christophe Raynaud de Lage

De quel ordre est votre rapport à la scène ? 
Le désir et la peur mêlés.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ? 
C’est une respiration précise et présente de mon entièreté.

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Ceux-là même que je côtoie et qui ne cessent de me surprendre, du moins c’est ce j’attends d’eux. 

À quel projet fou aimeriez-vous participer ? 
J’ai ma dose je crois en matière de singularité, alors que cela continue…

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ? 
Le clown Arletti

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Le Cabaret des absents de François Cervantes – Cie L’Entreprise
filage à destination des professionnels au Théâtre du Gymnase, marseille 

Festival d’Avignon le OFF
Le 11.Avignon

11 boulevard Raspail
84000 Avignon
du 7 au 29 juillet – Relâches : 12, 19, 26 juillet
à 22h30

Le rouge éternel des Coquelicots de François Cervantes à partir de conversations avec Latifa Tir
Festival d’Avignon le OFF
11 Gilgamesh Belleville

Crédit photos © DR et © Christophe Raynaud de Lage

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