Yann Verburgh, auteur du sensible

Auteur et dramaturge prolifique, Yann Verburgh travaille en étroite collaboration avec le metteur en scène roumain Eugen Jebeleanu, avec lequel il fonde en Roumanie la Cie 28, et en France, la Cie des Ogres. Il travaille actuellement avec Johanny Bert sur une réécriture de La Ronde de Schnitzler, pièce créée en 2022 au théâtre de La Croix-Rousse. Explorant dans ses pièce, altérités, identités, homosexualité et homophobie, il signe pour Lionel Lingelser, Les Possédés d’Illfurth, un seul-en-scène bouleversant et poignant autour de l’enfance du comédien. La pièce, créée à Huis-clos à Momix, se jouera du 23 juin au 10 juillet dans la région de Mulhouse dans le cadre de la Filature Nomade.

Lionel Lingelser et Yann Verburgh travaillant sur le texte des Possédés d'Illfruth, en septembre dernier à Paris © Louis Arene

Quel est votre premier souvenir d’art vivant ?
J’ai 5 ans, je suis dans la cour de récréation d’une école maternelle, déguisé en soleil. J., 5 ans lui aussi, déguisé en jardinier, arrose les fleurs de son jardin (les autres élèves de ma classe). Les fleurs s’éveillent et viennent danser en cercle autour de moi… J’ai 12 ans, je suis à la campagne près d’Aubusson, dans le jardin d’un moulin, assis dans le public. La nuit tombe, il fait un peu frais, je me colle à ma mère, le spectacle commence. Une troupe amateure nous offre Les Caprices de Marianne de Musset. Je suis fasciné. Plus rien n’existe que ce lien qui se tisse entre moi et les comédiens. À la fin de la représentation, l’amie de ma mère qui nous avait traînés là me demande — Mais tu as tout compris, toi ? Je suis piqué. Je réponds — Oui, poliment, et je lui explique la pièce. L’adulte écoute l’enfant… 10 ans plus tard, je lirai plusieurs fois les œuvres compètes de Musset dans la Pléiade.

Quel a été le déclencheur qui vous a donné envie d’embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant ?
Suite à ma prestation en petit soleil de 5 ans, la directrice de l’école maternelle convoque mes parents pour leur proposer différentes écoles primaires où je pourrais faire du théâtre, leur expliquant que ce serait bien pour mon épanouissement, qu’elle pense que j’ai quelque chose à y faire, que c’est ma voie, mon destin. Mon père lui lance — Le théâtre, c’est pour les pédés ! Une porte se ferme et une double honte naît en moi. Je sais déjà que mon cœur penche du côté des garçons. Je comprends alors que c’est indicible, que ce n’est pas bien et que le théâtre l’est encore mois puisqu’il viendrait le confirmer aux yeux de mon père… La même conversation se reproduit 10 ans plus tard, à la fin du collège, avec ma prof d’arts plastiques qui propose à mes parents de m’orienter vers un lycée artistique. La porte demeure fermée. Et derrière les portes fermées des classes, des vestiaires de la salle de sport du collège, les insultes des autres garçons fusent à mon égard, dans les couloirs, les escaliers, pendant les interclasses, je suis le pédé et je n’ai aucun refuge devant moi, aucune porte ouverte. J’encaisse. Je pense souvent au suicide… À 16 ans, dans le réfectoire du lycée, grâce à un atelier théâtre dirigé par une prof de Français, je joue Michel dans Les Parents Terribles de Cocteau. Une magie salvatrice opère. Les profs, les pions, les autres élèves me « découvrent », « m’apprécient » à mon endroit, et immédiatement me cataloguent, me trouvent l’étiquette qui leur manquait pour définir ma différence, celle de « l’artiste », ça les rassure, ils me laissent enfin tranquille. Les insultent continueront jusqu’à la terminale, mais à leurs yeux, j’aurais trouvé ma place. Elles se lisseront, se feront plus discrètes, me toucheront moins. À 19 ans, je tomberai amoureux d’un homme, je ferai mon coming out à ma famille et il me faudra encore attendre trois ans avant de m’accepter totalement. C’est alors seulement que je me déciderai à embrasser une carrière dans le secteur de l’art vivant, que j’en aurai le courage, mon identité intime allant de pair avec une possible identité artistique.

Yann Verburgh et des lycéens lors du Prix Scénic Youth 18 dont j'ai été lauréat au CDN de Béthune - © Thomas Faverjon

Qu’est-ce qui a fait que vous avez choisi d’être auteur ?
Le chemin qui m’a mené à l’écriture a été long, j’ai d’abord joué, expérimenté les plateaux, ceux des théâtres, des tournages. J’y ai eu du travail assez rapidement, mais jamais l’impression d’y trouver totalement ma place, de pouvoir exprimer pleinement ce que j’avais en moi. À 29 ans, ma mère meurt. Je commence à écrire pour moi, tous les jours, mes pensées. Cela m’aide à faire mon deuil. Je rêve d’une autre vie. Je veux fuir le théâtre. Je n’ai plus envie de jouer, de faire « semblant » d’être autre chose que moi-même. Je ne m’y reconnais plus. Alors que j’engage cette fuite à Londres, un mois après la mort de ma mère, une rencontre bouleverse ma vie. Il s’appelle Eugen Jebeleanu, il est roumain, vit à Bucarest, il est comédien et me fait découvrir un autre monde, un autre théâtre. Il est passionné et sa passion m’emporte. Je découvre à Bucarest des autrices, je les rencontre, je vois leur travail, Alexandra Badea, Nicoleta Esinencu, Mihaela Michailov, Gianina Carbunariu. Elles m’inspirent. Je découvre le théâtre roumain indépendant. J’y apprends énormément, en voyant travailler les autres avec trois fois rien. J’en fais mon école. Je continue à expérimenter, à jouer dans des performances, à tenter de monter des projets, je me cherche toujours. En juin 2013, au Festival de Sibiu, en Roumanie, je vois La Réunification des deux Corées de Joël Pommerat. Je suis ému aux larmes. C’est un choc. En sortant du spectacle, je me dis à moi-même — Écris, écris, toi aussi, une pièce comme celle-ci. Un mois plus tard, au Festival d’Avignon, les mêmes chocs devant Tragédie d’Oliver Dubois, devant Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castelluci. Quelque chose se précise en moi. Je me charge. À l’automne, je commence à me documenter pour écrire Ogres, ma première pièce en tant qu’auteur. En début d’écriture, l’hiver 2014, je fais de courts stages avec Caroline Giuela Nguyen à la Colline, les Ricci Forte à la MC93. Cela me donne des outils, des idées, une liberté, de la confiance et j’écris. J’écris pour exprimer ce que je porte en moi. J’écris sans savoir où cela va me mener. J’écris pour m’occuper. J’écris pour trouver du sens. J’écris pour exister. J’écris pour trouver ma place.

Le premier spectacle auquel vous avez participé et quel souvenir en retenez-vous ?
En tant qu’auteur, d’autres pièces que j’ai écrites après Ogres ont rencontré le public avant ce premier texte, notamment en Roumanie. Le processus de production de Ogres a été plus long. Nous avons créé une compagnie en 2015 avec Eugen Jebeleanu, en France, pour porter ce spectacle, avons décidé de retarder la création pour qu’elle soit la plus confortable possible, avons mis du temps à constituer notre équipe… Mais je garde en mémoire la joie immense de rencontrer le public avec cette pièce-ci, lors de la première, le 28 janvier 2017, au Tinel de la Chartreuse. Un lieu de résidence qui est rapidement devenu une deuxième maison quand j’ai commencé à écrire et dont la directrice Catherine Dan a été l’une des bonnes fées de ma carrière d’auteur. Elle m’a beaucoup soutenu, ouvert beaucoup de portes. Je lui en suis indéfectiblement reconnaissant. J’étais très heureux que la première ait lieu à la Chartreuse où j’avais fini deux ans plus tôt l’écriture de ce texte, parce que le théâtre est aussi pour moi un lieu, une maison où l’on se sent bien. Ce ne sont pas mes mots écrits que je garde le plus en mémoire de ce spectacle, mais la voix de Clémence Laboureau y chantant l’amour et les images créées par Eugen Jebeleanu dans la scénographie magique de Velica Panduru.

Eugen Jebeleanu et Yann Verburgh, à Bucarest en novembre dernier -© Adi Bulboacā

Votre plus grand coup de cœur scénique ?
Les spectacles, les découvertes, les hasards, les rencontres qui ont jalonné ma vie et m’ont mené à l’écriture, et que je citais précédemment : Alfred de Musset, Jean Cocteau, Eugen Jebeleanu, Alexandra Badea, Nicoleta Esinencu, Mihaela Michailov, Gianina Carbunariu, La Réunification des deux Corées de Joël Pommerat, Tragédie d’Olivier Dubois, Sur le concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castelluci, Caroline Giuela Nguyen et son sublime Saïgon, les Ricci Forte… Je pourrais évoquer le cinéma aussi et la découverte d’Almodovar par l’adolescent moqué que j’étais et dont les films m’ont profondément boulversé et ont nourri en moi l’envie de faire ce métier, le cinéma de Stephen Daldry également (Billy Eliott, The Hours, The Reader), ou encore celui de Lars Von Trier, de Ken Loach, des frères Dardenne, de Laurent Cantet, de Robin Campillo, de Michael Haneke, de Jane Campion, de Wong Kar-Wai, de Keneth Lonergan, les scénarios d’Alan Ball (American Beauty, Six Feet Under)… La liste est longue et non exhaustive.

Quelles sont vos plus belles rencontres ?
Indéniablement Eugen Jebelanu qui est un artiste de grand talent avec qui je partage ma vie, mais aussi ma passion, mes doutes, mes recherches, mes questions, mes coups de gueule, mes peurs, mes frustrations, ma mauvaise humeur, ma mélancolie, mes joies, mon amour et le même besoin inlassable de mouvement, des voyages et de créations toujours nouvelles. Il est mon premier lecteur. Sans lui, je serais quelqu’un d’autre. À un moment clef de ma vie, sans doute celui où j’étais le plus fragile, il m’a révélé à moi-même. Nous nous sommes construits ensemble, l’un à côté de l’autre, l’un avec l’autre, l’un contre l’autre et aussi loin l’un de l’autre parfois, mais toujours liés.

En quoi votre métier est essentiel à votre équilibre ?
La liberté. Même s’il n’est fait que de contraintes, même si souvent (puisque subjectif) il nous soumet à des regards et expertises de personnes absolument non qualifiées pour donner leur avis et décider de l’avenir d’un projet, même si le chemin est long, injuste, semé d’embuches, d’égos aliénants, d’inconséquence magnifiée, de paradoxes, de faux-semblants, d’hypocrisie, de « politique », d’une bien pensance de classe suffisante, de statuts illusoires, d’un élitisme désuet et suranné, et aujourd’hui de quotas et de nouvelles cases à cocher, ce métier m’apporte la liberté nécessaire à mon équilibre. Je peux écrire partout, dans un café bruyant d’une grande ville, dans un train à grande vitesse, dans un hôtel de province miteux, dans un parc, au bar d’un aéroport, sur une plage du bout du monde, dans un bateau entre deux îles… Partout, où je veux, quand je veux.

Les livres de Yann Verburgh ©Yann Verburgh

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Le présent, les voyages, le mouvement, les conversations volées à une terrasse de café, ce que je vis et ce que j’ai vécu, les personnes que j’ai connues et celles que je rencontre, mon époque, son actualité, ce qui me révolte, ce que je ne comprends pas et que l’écriture m’aide à comprendre… Puis les actrices et les acteurs, car c’est pour elles et pour eux que j’écris avant tout, pour qu’elles et ils ne soient pas que de simples vecteurs d’une parole ou d’un message, mais qu’elles et ils puissent exprimer leur art dans ce qu’il a de plus beau, dans sa virtuosité, son émotion, sa magie propre. Les actrices et acteurs sont des créatrices et des créateurs et non des points relais. Je m’attache, en écrivant, à leur donner la matière nécessaire à réveiller en elles et en eux cet endroit authentique, intime et mystérieux d’où jaillit leur art. Ils écrivent au même titre que moi quand ils jouent un spectacle, tout comme le fait la mise en scène, la scénographie, la musique, la lumière, le chant, la danse… Tout comme le fait le public, il écrit dans son corps, en recevant une histoire, sa propre histoire. Le texte n’est qu’un point de départ, une pierre à l’édifice, pas une fin en soi.

De quel ordre est votre rapport à la scène ?
C’est une maison. Je me rappellerai toujours la première fois que j’ai posé le pied sur un plateau de théâtre, il y avait quelque chose d’aussi effrayant qu’enivrant, de presque mystique. La scène est un révélateur, on voit tout d’un être lorsqu’il est sur scène, ses mensonges, sa gêne, ses secrets. On plonge dans son intimité, on est chez lui. Le corps
ne ment pas, et quand il a été formé à mentir, ça se voit aussi. La scène le révèle. J’aime être proche du plateau, ne jamais trop m’en éloigner, pour ne pas perdre cette vérité, cette authenticité, cette familiarité, pour ne pas me perdre dans les « ornements », les « concepts » et la « littérature » — qui me tomberaient des mains, en écrivant. Mon travail d’auteur ne repose pas sur la recherche d’une « langue originale et inventive », il repose sur la recherche d’un langage scénique qui unit public et interprètes sur un pied d’égalité, sur la recherche de l’architecture d’une dramaturgie qui creuse le sillon de l’empathie, pour parvenir à une compréhension charnelle et sensible qui s’inscrive durablement dans le corps du spectateur.

À quel endroit de votre chair, de votre corps, situez-vous votre désir de faire votre métier ?
Dans le plexus solaire, le siège des émotions, le cerveau primitif.

Clémence Laboureau chantant dans Ogres de Yann Verburgh, mise en scène par E. Jebeleanu - ©  Adi Bulboacā

Avec quels autres artistes aimeriez-vous travailler ?
Découvrir des acteurs et des actrices encore inconnu.e.s et qui débutent. C’est toujours un cadeau de les voir dans la pureté de leur potentiel, non conditionné.e.s par l’expérience du métier. La nouvelle génération me paraît merveilleuse et pleine de promesses. Elles et ils vont nous offrir de grands moments de théâtre, c’est certain. Elles et ils sont l’avenir et ont beaucoup à nous apprendre. Je pense notamment à Niko Becker, en Roumanie, que j’ai eu la chance de voir travailler ces derniers mois dans le rôle principal du Bouc de Fassbinder, mis en scène par Eugen Jebeleanu au Théâtre allemand de Timisaoara. À tout juste 22 ans, il est bluffant et extrêmement inspirant. Je pense aussi à Nicolas Dupont et Sophie Claret que j’ai rencontrés récemment, lors d’une audition à l’ERACM et que nous avons choisis avec Frédéric Fisbach pour créer une performance dans les lycées sur la liberté d’expression, l’an prochain à Cannes. Je suis friand de ce genre de rencontres et collaborations, elles nourrissent et renouvellent mon écriture et ma vision de ce métier. Elles sont un bain de jouvence, le meilleur soin anti-âge qui soit 😉

À quel projet fou aimeriez-vous participer ?
Malgré la pandémie, on m’a proposé un certain nombre de projets fous auxquels je ne rêvais plus. Me voilà déjà comblé pour les années à venir avec des allers et retours entre le théâtre, le cinéma et l’opéra, mais pourquoi pas une comédie musicale. J’ai récemment été amené, dans le cadre de l’écriture d’un livret d’opéra commandé par Richard Brunel et qui sera créé en novembre prochain à Lyon (Zylan ne chantera plus), à écrire des chansons pop, en collaboration avec la compositrice Diana Soh. Nous avons beaucoup ri avec Diana, en écrivant ces chansons, et même si c’était très loin de mon univers à la base et que je n’y connaissais rien, j’ai éprouvé un certain plaisir face à cet exercice qui m’a donné du fil à retordre mais aussi l’envie d’aller plus loin.

Yann Verburgh sur scène au salut de Ogres à Bucarest © Adi Bulboacā

Si votre vie était une œuvre, quelle serait-elle ?
Les larmes de Romy Schneider dans L’important c’est d’aimer d’Andrzej Zulawski. J’ai vu ce film très jeune et cette scène s’est inscrite en moi. J’y pense souvent… — Ne faites pas de photo, s’il vous plaît. Non, je suis une comédienne, vous savez, je sais faire des trucs biens. Ça ici, je le fais pour bouffer, c’est tout. Alors ne faites pas de photo. S’il vous plaît. Ne faites pas de photo… Je crois qu’en fait, j’aurais aimé être une comédienne…

Olivier Frégaville-Gratian d’Amore

Les possédés d’Illfurth d’Yann Verburgh en collaboration avec Lionel Lingelser
Munstrum Théâtre

Tournée
Altkirch : mercredi 23 juin à 20h – la Halle au Blé- Lautenbach : vendredi 25 juin à 20h – Salle de l’ancienne gare-Petit-Landau : mardi 29 juin à 20h – Salle polyvalente- Illfurth : mercredi 30 juin à 20h – Maison des œuvres- Berrwiller : mardi 6 juillet à 19h30 – Foyer ACL- Koetzingue : mardi 7 juillet à 20h  – Salle polyvalente Edouard Kessler – Ensisheim : jeudi 8 juillet à 20h – Médiathèque Espace Liberté-Uffoltz : samedi 10 juillet à 20h30 – Foyer Saint Erasme
ET côté Festivals…. -RENNES au Festival Mythos le 21 JUIN à 21H au Théâtre de l’Air Libre , Mythos / CPPC Rennes-CHATILLON parc des Sarments, le 3 JUILLET à 22H15 Théâtre de Châtillon, Festival Play Mobile XXL-MULHOUSE, Festival Scènes de rue les 16&17 JUILLET à 18h Ville de Mulhouse

Rémission de Yann Verburgh
mise en scène E. Jebeleanu,
Comédie de Caen CDN & Cie des Ogres
Les 17 et 18 juillet, 23 h, en Nightshot à la Manufacture, Festival d’Avignon OffLes 29 et 30 septembre à la Comédie de Caen, Théâtre des Cordes 

Zylan ne chantera plus, opéra de Diana Soh, mise en scène Richard Brunel
Livret de Yann Verburgh
Du 6 au 13 novembre au Théâtre du Point du Jour, à Lyon dans la programmation hors les murs de l’Opéra national de Lyon 

ITINÉRAIRES un jour le monde changerade Yann Verburgh
mise en scène E. Jebeleanu, Cie des Ogres
Le 23 août au Festival de Sibiu, Roumanie Les 11 et 12 février 2022 au Domaine d’O, Montpellier 

Crédit photos © Avril Dunoyer, © Louis Arene, © Thomas Faverjon, © Adi Bulboacā, © Yann Verbrugh

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